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L’éternelle foire aux bonis

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc et capture d'écran, TVA Nouvelles GND a demandé à François Legault de mettre fin au « party des bonis », cette semaine au Salon bleu.

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Dans l’opposition, les caquistes se scandalisaient des bonis accordés aux heureux cadres des sociétés d’État. Pourquoi François Legault a-t-il attendu qu’on lui serve la même médecine, à quelques mois de l’élection, pour annoncer une chancelante intention de couper dans le buffet ?

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« [C’est] illogique que les cadres et dirigeants puissent obtenir des bonis, à même l’argent des contribuables, pour avoir réussi à leur vendre ce qu’ils sont obligés d’acheter à la SAQ », disait le député François Bonnardel au mois d’août 2015, en dénonçant un « non-sens ».

Le Journal venait de révéler qu’ils se partageaient 9,2 millions $.

Est-ce que les choses ont changé avec la CAQ au pouvoir ? Non.

En 2019-2020, 9,9 millions $ en bonis à la Société des alcools.

Pour 2020-2021, toujours la tirelire chromée à 9,5 millions $.

La PDG Catherine Dagenais a confirmé lors de son passage annuel devant les élus mardi qu’une cagnotte de même envergure serait distribuée cette année. 

Et que les prix des bouteilles augmenteraient à nouveau dans les prochaines semaines, après trois hausses consécutives dans la seule année 2021.

Ce sont les Québécois qui casquent à la caisse, et qui paient en plus pour le gâteau que se partagent les bonzes du monopole.

Leur job de vente n’a pourtant pas été particulièrement éreintante l’an dernier alors que les bars et restaurants ont été fermés pendant de longs mois.

Du côté de Loto-Québec, il n’y en avait pas eu en 2020-2021. Les huit membres de la haute direction ont choisi de passer leur tour encore cette année, mais les cadres et employés se partageront entre 4 et 5 millions $

Effet miroir

Alors cette fois, c’est Gabriel Nadeau-Dubois qui a pris la part des gagne-petit au Salon bleu.

« C’est une insulte aux familles qui ont de la misère à arriver à la fin du mois », a-t-il lancé, implorant François Legault de « mettre fin au party ».

Le premier ministre s’est alors avancé timidement et a dit qu’il préférerait « qu’on élimine, éventuellement, les bonis ».

En précisant qu’il fallait absolument respecter les contrats des personnes embauchées, il a ajouté « qu’on devrait graduellement, quand les contrats vont venir à échéance, cesser de payer ces bonis-là ». 

Le lendemain, le chef caquiste a donné l’impression qu’il regrettait ce demi-pas en avant. 

Regarde qui parle

Alors que le solidaire l’interpellait sur un autre sujet, il a choisi de lui reprocher sa question sur les bonis, insinuant qu’il était mal placé pour en parler en raison de son salaire annuel de 129 000 $.

« Il le sait, c’est payant, politiquement, dire ça, là, que les gens dans les sociétés d’État gagnent beaucoup trop d’argent », lui a lancé le PM.

François Legault est justement un exemple vivant du gain politique lié à ce positionnement, puisqu’en juin 2015, en dénonçant dans l’opposition les 22 millions $ partagés chez Hydro-Québec, il parlait de « bonis sur le dos des contribuables qui ont eu des augmentations de tarifs ». Il disait que c’était « scandalisant ».

Aujourd’hui, il est premier ministre. Il n’a pas été possible de connaître davantage ses intentions. Une source gouvernementale parle d’une « réflexion » particulièrement pour la SAQ et Loto-Québec.

Appelé à commenter, le péquiste Martin Ouellet a bien résumé le cycle perpétuel de ces primes pour bien-nantis en lançant que c’est « boni as usual ».

Le député suggère d’en faire un enjeu électoral. 

Bonne idée.

Il faudra des engagements clairs. 

Parce que même si elle dénonçait à grands cris dans l’opposition, la CAQ n’a pas fermé le robinet dans son premier mandat. 

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