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Quand doit-on revoir son plan de retraite?

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Illustration Adobe Stock

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Permettez-moi de rabattre ici un débat qui fait jaser dans les médias financiers, que j’écume juste pour vous. C’est un prétexte pour aborder la question du décaissement à la retraite quand on subit un gros vent de face. 

Par « gros vent de face », vous aurez compris que je parle de l’inflation combinée à la diminution récente des portefeuilles des retraités. 

L’objet du débat, donc : la règle du 4 % tient-elle encore ? 

Mais de quoi s’agit-il ?  

La règle du 4 % 

Il s’agit d’un repère comme celui selon lequel il faut prévoir pour la retraite 70 % de ses revenus de vie active (la « règle du 70 % »).

L’approche veut qu’à la première année de sa retraite, on devrait retirer 4 % de ses actifs, puis garder le rythme chaque année en augmentant les ponctions en fonction de l’inflation. Cette méthode fait en sorte qu’on ne court pratiquement aucun risque d’arriver au bout de ses ressources financières.

Par exemple, avec 500 000 $ dans son REER, on ne devrait pas retirer plus de 20 000 $ à 65 ans, et 20 600 $ l’année suivante si l’inflation est à 3 %, puis 21 218 $ un an après, et ainsi de suite.

Une règle pareille repose sur certains paramètres, dont la composition du portefeuille, donc un rendement espéré. À l’origine, en 1994, elle s’appuyait sur une répartition de 55 % d’actions américaines et 45 % d’obligations, ce qui a été raffiné depuis. 

Très approximative

Les règles « du pouce » (pardonnez l’anglicisme) ont toutes le même défaut : elles ne tiennent pas compte du contexte de chacun. Celle dont on parle ici ne fonctionne pas avec les investisseurs très prudents ni avec les plus dynamiques. Il suffit d’entamer la retraite sur une mauvaise séquence de rendements, elle ne tient plus la route. Au contraire, les retraités peuvent parfois voir leur portefeuille grossir malgré les retraits. Ils ne profitent pas de leur argent.  

« Elle a quand même la qualité de nous rappeler qu’avec des retraits de 2 %, on se prive probablement pour rien, et qu’à 10 %, on risque de voir le bout de son argent », souligne Daniel Laverdière, directeur du Centre d’expertise Gestion Privée 1859 de la Banque Nationale. 

Une règle qui change

La règle est souvent modulée dans les médias spécialisés selon l’humeur du moment. En temps d’optimisme, la règle du 4 % devient la règle du 6 %. Et quand le pessimisme prend le dessus, vous devinez ce qu’on en dit. 

Au mois de novembre, considérant l’évaluation élevée des actions (qui limite leur potentiel de croissance) et le risque qui pesait sur les obligations (on voyait venir la hausse des taux), la firme Morningstar a établi à 3,3 % le rythme des retraits à maintenir pour ne pas épuiser son capital de son vivant.

Récemment, le créateur de la règle en question, l’Américain Bill Bengen, a affirmé avoir réduit ses dépenses (il est à la retraite). Le plus surprenant, c’est qu’il a reconnu dans le Wall Street Journal que ses avoirs étaient constitués de 70 % de liquidités, ce qui n’a rien à voir avec la composition du portefeuille prévue dans son modèle. (Notez que les experts ne suivent souvent pas ce qu’ils prêchent.) 

« Je ne vais pas trop aller au restaurant. Je mène une vie assez simple. Je ne voyage pas beaucoup. Je suis heureux avec un paquet de cartes et trois autres joueurs de bridge », a confié le célèbre planificateur financier au quotidien américain. 

Plan de décaissement « vivant »

Depuis 1994, la règle du 4 % a fait l’objet d’innombrables analyses et critiques. Même son créateur l’a réinterprétée de multiples façons au cours des années. 

Soulignons qu’elle a été formulée à une époque où l’industrie des services financiers était beaucoup moins outillée qu’aujourd’hui. La vaste majorité des planificateurs financiers disposent maintenant de puissants logiciels qui permettent d’établir des stratégies de décaissement optimales, qui tiennent compte des impacts fiscaux.

Les logiciels, tout comme la règle du 4 %, comportent néanmoins un défaut important : le changement des circonstances. La vie n’est pas lisse comme un fichier Excel. C’est pourquoi il faut revoir son plan de décaissement de temps en temps.

Quand son portefeuille subit des pertes de marché, à plus forte raison lorsque le coût de la vie s’emballe, on devrait lever le pied sur les dépenses. Ce qui veut dire retarder le remplacement de la voiture, repousser un voyage, réduire la fréquence des repas au restaurant, etc. 

Quand au contraire ses avoirs s’apprécient plus vite que prévu, on peut se gâter un peu plus. Attention, c’est là qu’il y a un piège. On doit éviter d’user de toute la marge qu’offrent les bonnes performances de ses placements. 

Cette marge de sécurité s’avérera toujours utile pour les jours où le vent changera de direction.

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