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L’école sur la glace

Cheerful preteens resting outdoors in schoolyard during break
Photo Adobe stock

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C’est la grande idée de la semaine. Il faudrait enrôler l’école pour développer de meilleurs joueurs de hockey.

Car c’est très grave que notre sport national ne produise pas assez de futurs Guy Lafleur au sein de la LNH. Et donc le comité d’experts mis sur pied par François Legault propose que l’apprentissage du patin sur glace s’inscrive dans le cursus primaire afin de développer « une compétence nécessaire pour une initiation au hockey ».

Le débat soulève les passions. En effet, toujours plus facile au Québec de parler des enjeux périphériques au problème de notre système d’éducation que de parler du fond du problème.

Oser s’attaquer aux racines du mal, un système ségrégationniste à trois vitesses, serait trop polarisant il faut croire. Alors, au pays du consensus, on préfère débattre patin, durée de la récréation, béton et labs-écoles.

Piètre bilan

Faut-il le rappeler, notre système d’éducation est jugé le plus inégalitaire au Canada.

C’est la triste conclusion à laquelle le Conseil supérieur de l’éducation en est arrivé. Pas au lendemain de la pandémie et du capharnaüm des confinements. Non, en 2016 !

« La multiplication des programmes particuliers sélectifs et des établissements privés entraîne des inégalités de traitement au profit des plus favorisés. »

On le comprend facilement. 

Les mieux nantis ont les moyens de se payer l’école privée, les tuteurs particuliers, les cours de préparation aux examens d’admission et tout le bataclan qui permet d’y accéder.

Une autre tranche d’élèves réussit à se qualifier pour un programme spécialisé dans une école publique. Natation, sciences, plein air, cuisine, tous les prétextes sont bons pour créer des groupes de « bons élèves ».

Que reste-t-il à la polyvalente normale ? Les autres. Les enfants défavorisés, les enfants en difficulté, et quelques miracles qui sauvent la mise.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Au Québec, le taux de diplomation dans les écoles privées est de 93 %, alors qu’il est de 78,6 % au public. Depuis 2009, l’écart de diplomation, de 8 à 9 %, entre garçons et filles stagne.

Oser

Soixante ans après le rapport Parent, le Québec continue de subventionner ses élites en finançant les écoles privées à hauteur de 60 %.

Notre Québec supposément fou de ses enfants entretient sans débat une ségrégation institutionnelle entre ses riches et ses pauvres, entre ses talentueux et les autres, ses motivés et ses blasés. Mais ça, on n’en parle pas. Ce serait trop complexe. 

Voyez-vous le système public veut concurrencer le privé. Et le privé doit concurrencer le public parce que celui-ci ne pourrait pas absorber tous ses élèves si on abolissait les subventions, comme en Ontario.

À la veille des élections, tous les partis politiques martèleront l’importance de l’éducation, son rôle crucial pour bâtir un Québec plus riche, plus prospère.

À quand le jour où ceux-ci oseront faire preuve d’imagination pour assurer l’égalité des chances à nos enfants, plutôt que d’entretenir des débats lunaires sur l’apprentissage du patin à l’école ?

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