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Quand la gauche radicale renaît

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Photo AFP Jean-Luc Mélenchon lors de la convention d’inauguration des membres de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), hier à Aubervilliers, dans le nord de Paris.

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Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois.


J’ai souvent cru que la politique était le seul domaine de l’existence prouvant la possibilité de la résurrection des corps, et la dernière année française tend à me conforter dans cette conviction.

Je m’explique : depuis quelques années, la plupart des analystes et commentateurs s’entendaient pour enterrer le cadavre décomposé de la gauche française. Elle ne renaîtrait pas, l’histoire la condamnait.

Ses différents partis semblaient usés : Jean-Luc Mélenchon était trop vieux et son parti était trop délirant, les écologistes étaient trop bobos, le Parti communiste appartenait à l’ère glaciaire, et le Parti socialiste n’était plus qu’une vieille boutique faisant croire qu’elle avait une culture gouvernementale, mais qui n’était plus que l’ombre de l’ombre de son histoire « glorieuse ».

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Mélenchon

Et hop, l’histoire s’est retournée.

Jean-Luc Mélenchon a obtenu un score plus qu’honorable à la présidentielle, en convainquant les électeurs de gauche qu’il était le seul à pouvoir empêcher Marine Le Pen d’arriver au second tour. Il est passé bien prêt d’y parvenir.

Et dès le soir du premier tour, il a entrepris de reconstruire la gauche, en cherchant à rassembler ses restes et ses moignons, dans un nouveau bloc politique.

On pensera ce qu’on veut de ses idées, mais il a eu un vrai sens stratégique en transformant les élections législatives du mois de juin en match revanche, au point de prétendre s’y présenter comme premier ministre, alors que la chose est théoriquement et pratiquement impraticable dans le système politique français.

Il a alors créé une dynamique qui se poursuit.

Depuis deux semaines, environ, Jean-Luc Mélenchon a entrepris de rassembler la gauche autour de lui, et il y est parvenu.

Il a d’abord obtenu le ralliement des écologistes – il faut dire qu’ils ont dans leurs rangs une composante ultrawoke, qui s’accorde naturellement bien avec la gauche radicale.

Il a ensuite obtenu le ralliement du Parti communiste, qui l’avait sévèrement critiqué pendant la campagne présidentielle, mais qui était trop heureux d’oublier ses griefs pour une petite place dans la nouvelle coalition.

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Dernière étape : avaler les socialistes. C’était plus compliqué. Le parti historique de la gauche française trouvait difficile d’être transformé en partenaire mineur dans cette nouvelle coalition.

Il s’est pourtant rallié à cette entreprise, malgré le désaveu de certaines de ses figures importantes qui considèrent que s’allier avec Jean-Luc Mélenchon consiste à s’allier avec le diable.

Ou du moins, font-ils semblant de le croire, dans la mesure où plusieurs n’ont jamais hésité à s’allier avec le Parti communiste même dans ses pires années, alors qu’il était aux ordres de l’URSS.

Nupes

Cela dit, le résultat est convaincant : la gauche « modérée » s’est ralliée, c’est-à-dire soumise, à la gauche radicale. 

Cette nouvelle alliance porte un nom : la Nupes. La Nouvelle union populaire écologique et sociale.

Elle a très peu de chances de remporter les élections législatives.

Mais elle permettra à la gauche de renaître et de reprendre une place importante à l’Assemblée nationale.

Pendant ce temps, la droite, qu’on disait dominante, risque la disparition politique.

J’y reviendrai la semaine prochaine.

L’investiture d’Emmanuel Macron 

La France est une république, mais elle a conservé de son passé monarchique un certain faste institutionnel. On ne parle pas sans raison des palais de la République, et il suffit de déambuler dans Paris pour voir à quel point le régime issu de la Révolution a emprunté les habits de celui qu’il avait combattu. Et c’est encore ce qu’on a vu, hier, avec la cérémonie d’investiture d’Emmanuel Macron. Psychologiquement, la France est encore monarchique.

Quel mandat pour le président ? 

Emmanuel Macron a mené sa campagne du premier tour au centre droit, puis celle du deuxième tour clairement à gauche. Plusieurs se demandent, comme ils le demandent depuis cinq ans d’ailleurs : qu’est-ce que le macronisme finalement ? Un pragmatisme ? Un opportunisme ? Une doctrine capable de s’adapter à toutes les circonstances, et de dire une chose et son contraire ? Il faudra probablement attendre le résultat des législatives pour voir quelle orientation Emmanuel Macron donnera à son second quinquennat.

L’Ukraine, encore 

Il y a un paradoxe : alors que la question de l’Ukraine n’occupe plus la première place de l’actualité, elle semble se radicaliser. Cette semaine, Vladimir Poutine faisait un exercice de lancement de missiles nucléaires. Et les Russes ne cessent de répéter qu’ils considéreront tôt ou tard les Occidentaux comme des ennemis à part entière, puisqu’ils arment les Ukrainiens. Nous sentons bien que la situation pourrait basculer sur un malentendu, et entraîner l’Europe vers l’enfer.

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