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Tout s’achète! Est-ce équitable?

Bonnes adresses université McGill
Photo d'archives Il est plus facile pour une université anglophone de recruter à l’étranger ! Sur la photo, l’Université McGill.

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La pandémie a mis en évidence le recours aux primes monétaires par le gouvernement pour attirer ou retenir du personnel dans le réseau de la santé.

Le comportement gouvernemental a même inspiré un sketch hilarant dans l’émission À l’année prochaine, où on imitait monsieur Legault distribuant des primes à tout vent. Les auteurs en illustraient l’absurdité.

Cette abondance de primes s’est matérialisée dans d’autres secteurs. Ce n’est pas tous les travailleurs qui ont eu droit à la générosité patronale malgré les risques liés à leur travail.

Le phénomène n’est pas nouveau. Des primes d’attraction ou de rétention, des congés fiscaux et des bourses étudiantes dans certains domaines existent depuis longtemps.

Tous ces procédés ont des effets pernicieux. Ils créent une distorsion dans le traitement des individus qui exécutent un même travail ou qui étudient. Ils entraînent une dévalorisation de certains domaines d’activité et avantagent même certaines institutions. 

Congé fiscal pour étrangers

C’est le professeur Jean-Claude Bernatchez, de l’UQTR, qui a attiré mon attention sur un programme accordant des exemptions d’impôt à des professeurs ou chercheurs universitaires venant de l’étranger, supposément pour combler une pénurie de main-d’œuvre.

La mesure prévoit une exemption complète pour les deux premières années d’embauche dans ces secteurs : sciences, génie, finance, santé et nouvelles technologies de l’information. L’exemption est ensuite régressive pour les trois années suivantes : 75 %, 50 % et 25 %.

Comme dit le professeur Bernatchez, c’est un joli pactole non accessible aux Québécois débutant un travail dans les secteurs mentionnés. L’État discrimine ainsi ses propres citoyens.

Les cibles visées par ces programmes manifestent un parti pris pour certains domaines sans qu’il soit évident qu’il y ait rareté de main-d’œuvre. L’économie prime sur l’humain !

On observe la même attitude dans le programme de bourses Perspective Québec à des étudiants qui s’inscrivent dans des secteurs stratégiques pour l’économie.

Au-delà de la dévalorisation de secteurs d’étude ou de travail, les congés fiscaux accordés aux étrangers tendent à bénéficier aux universités anglophones, car le bassin de recrutement s’avère indéniablement plus large que dans le monde francophone.

Malgré tout, on se targue d’avoir un gouvernement nationaliste. Ce serait quoi, s’il ne l’était pas ?

Traitement équitable

Si on ne veut pas chosifier l’humain en l’astreignant aux simples règles économiques, il faudrait que les gouvernements décloisonnent leurs programmes et les étendent aux sciences humaines.

D’autre part, une réflexion et un débat majeur s’imposent sur les primes et les avantages financiers pour tenter d’attirer ou de maintenir du personnel dans certains emplois.

Les primes au rendement sont critiquables quant à leur véritable effet sur la performance de l’organisation. 

Les primes de tout acabit pour des tâches particulières reflètent rarement la valeur du travail.

Donner des congés fiscaux aux étrangers – inaccessibles aux Québécois qui font le même travail – est inacceptable. Ces congés devraient être pour toutes les personnes des secteurs visées dans leurs cinq premières années de travail, sinon disparaître.

On devrait aussi s’assurer que ces programmes renforcent l’identité québécoise.

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