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Une démocratie menacée par son passé

Ferdinand MARCOS
Photo d'archives, AFP Le président Ferdinand Marcos accompagné de sa femme Imelda en 1986.

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Toute une série d’élections vont se tenir demain aux Philippines, dont le choix d’un nouveau président. L’archipel du Pacifique peut sembler loin de nous et de nos préoccupations. Pourtant, se concentrent là tous les dérapages observés ailleurs dans le monde, du triomphe de la désinformation à la glorification d’un passé dictatorial.

Les Philippines se trouvent ancrées dans le camp démocrate, c’est incontestable. En plus d’élire demain un président, un vice-président, des sénateurs et 300 députés, les électeurs, éparpillés sur 2 000 îles du pays, se choisiront aussi 18 000 représentants, dont des maires et des gouverneurs.

Il y aurait de quoi célébrer ce « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » comme disait Abraham Lincoln, si les Philippines ne sortaient pas de six années d’une présidence autoritaire, celle de Rodrigo Duterte.

La méthode forte qu’il a imposée pour lutter contre les trafiquants de drogue a causé des milliers d’exécutions extrajudiciaires, non seulement de criminels, mais aussi de toxicomanes, souvent pris entre deux feux. Des excès d’une telle ampleur que la Cour pénale internationale a ouvert une enquête formelle sur son « Oplan Tokhang », sa sauvage guerre contre les drogues.

DE TRÈS MAUVAIS SOUVENIRS

Il y a plus de 35 ans – oh misère ! – lorsqu’en science politique à l’Université McGill, nous nous penchions sur les Philippines, c’était à la fois en grimaçant et en rigolant. À l’époque, le dictateur Ferdinand Marcos y faisait régner la terreur. Les groupes de défense des droits humains ont établi que plus de 3250 opposants ont été assassinés et 35 000 cas de torture ont été documentés.

La chute du régime en 1986 a montré le caractère grotesque de cette dictature. Dix milliards de dollars ont été volés aux Philippins au fil des ans. Et la planète entière s’est scandalisée des abus d’Imelda Marcos, la première dame déchue, avec le récit de fêtes extravagantes, de séances de magasinage débridées et d’une collection de 3000 paires de chaussures !

La disgrâce et la honte auraient normalement dû mener les Marcos aux poubelles de l’Histoire. C’est malheureusement sous-estimer la force des médias sociaux et l’efficacité des campagnes modernes de désinformation.

DE PÈRE EN FILS

Un autre Ferdinand Marcos, le fils du tyran, domine les sondages et devrait accéder à la présidence philippine demain. Celui que tout le monde surnomme Bongbong s’est révélé un champion des médias sociaux, réussissant à coups de « postings » sur Facebook et de chansons sur TikTok à métamorphoser la dictature de son père. Avec pour conséquence, comme les correspondants du Washington Post l’ont constaté le mois dernier, que « l’une des familles les plus méprisées des Philippines est en train d’être réhabilitée en l’une des plus vénérées ». Dans un pays où la pandémie a plongé près de quatre millions de personnes dans la pauvreté, la nostalgie fait son effet.

Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population philippine, dit-on, est branchée et active sur les médias sociaux, mais plus de la moitié ne saurait pas distinguer le vrai du faux. Pas étonnant, du coup, qu’un fils de dictateur ait pu glisser son émoji entre un sourire et un clin d’œil.

LES PHILIPPINES

300 000 km2 dispersés entre 7641 îles, dont 2000 sont habitées

115 millions d’habitants (13e au monde)

  • 80% Catholiques
  • 6% Musulmans

Espérance de vie : 70 ans

PIB par habitant : 3299 $ (115e au monde)

VERS LA PRÉSIDENCE

Ferdinand « Bongbong » Marcos (64 ans)

  • Ancien, sénateur, député et gouverneur
  • Fils de l’ancien dictateur, Ferdinand Marcos

Maria Leonor « Leni » Robredo (57 ans)

  • Vice-présidente
  • Ex-députée

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