/opinion/columnists
Navigation

Père Noël Trudeau en Ukraine

UKRAINE-RUSSIA-CONFLICT-CANADA
Photo AFP Justin Trudeau et le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une conférence de presse hier à Kyïv.

Coup d'oeil sur cet article

La seule question à se poser était de savoir quand Justin Trudeau se rendrait en Ukraine.

Par mesure de sécurité, la visite n’avait pas été annoncée. Elle est bonne pour la visibilité de Trudeau, mais en l’absence d’élections imminentes, il n’en retirera pas de grands bénéfices.

En revanche, Chrystia Freeland, de lointaine origine ukrainienne, et qui accompagnait Justin Trudeau, espère probablement tirer profit de cette visite. Il est rare qu’une ministre des Finances accompagne un premier ministre à de tels événements. C’est que pour Mme Freeland, la course à la succession de Justin Trudeau est déjà lancée.

  • Écoutez l'édito de Loïc Tassé à l'émission de Benoit Dutrizac diffusée chaque jour en direct 10 h 30 via QUB radio :

Afin de justifier la présence de Freeland en Ukraine, le Canada a annoncé la suspension de tous les tarifs dans les échanges commerciaux entre les deux pays pendant un an. Mais ils l’étaient déjà depuis l’accord de libre-échange de 2017 pour 99,9 % des produits ukrainiens.

En réalité, le marché ukrainien sera entièrement ouvert 18 mois plus tôt aux produits canadiens. Une façon pour l’Ukraine de remercier le Canada qui, avec les 1,5 milliard d’aide, arrive au second rang des plus grands donateurs du pays. 

Le premier ministre canadien s’est rendu hier à Irpin, ville dévastée par des combats entre les armées ukrainienne et russe.
Photo AFP
Le premier ministre canadien s’est rendu hier à Irpin, ville dévastée par des combats entre les armées ukrainienne et russe.

Poutine responsable

Trudeau a déclaré que Vladimir Poutine serait tenu responsable de la guerre en Ukraine. Une manière d’épargner les Russes et de faire porter le blâme sur Poutine et son entourage. 

Ce n’est pas ainsi que les Ukrainiens voient la guerre. Pour eux, tous les Russes en sont responsables, ne serait-ce que par leur silence. 

Mais Trudeau a raison, le Canada devra un jour rétablir les ponts avec la Russie, une fois que le pays aura cessé d’être une dictature sanguinaire.

En ce sens, Trudeau ne tombe pas dans la propagande de Poutine, qui essaie d’opposer la Russie à l’Occident, alors que son pays fait partie de l’Occident. Poutine qui tente de faire croire que les méchants Occidentaux, guidés par les très méchants Américains, cherchent à conquérir la Russie.

Il faut le répéter, il n’a jamais vraiment été question que l’Ukraine entre dans l’OTAN. Ce que redoutait Poutine, c’était que la démocratie en Ukraine se consolide et que le pays s’éloigne davantage de la sphère d’influence russe. Une réconciliation entre l’Ukraine et la Russie sera un jour possible, mais seulement à condition que la Russie devienne une réelle démocratie.

Le premier ministre canadien s’est rendu hier à Irpin, ville dévastée par des combats entre les armées ukrainienne et russe.
Photo AFP
Le premier ministre canadien s’est rendu hier à Irpin, ville dévastée par des combats entre les armées ukrainienne et russe.

Pas de politique étrangère

Malheureusement pour Justin Trudeau, cette visite en Ukraine ramène les projecteurs sur un aspect moins plaisant de son gouvernement, c’est-à-dire sur l’absence d’une véritable politique étrangère canadienne.

Par exemple, comment le Canada doit-il traiter la Chine, qui est le principal partenaire économique et politique de la Russie ? 

Comment se fait-il que la compagnie Huawei n’ait pas encore été expulsée du Canada, alors que ses liens avec le Parti communiste chinois en font une menace d’espionnage extrêmement sérieuse ?

Plus profondément, comment le Canada entend-il défendre vigoureusement la démocratie dans le monde ? Quels liens conserver ou non avec d’autres dictatures, comme l’Arabie saoudite ?

Surtout, comment lutter contre la propagande antidémocratique qui provient des grandes dictatures, propagande qui cherche à discréditer les institutions des pays démocratiques, leurs cultures et leurs dirigeants ?

Âneries multiculturalistes

En réalité, la défense de la démocratie est incompatible avec les âneries multiculturalistes. 

Par exemple, comment peut-on, dans une démocratie comme le Canada, tolérer l’existence de chefs autochtones héréditaires ? Héréditaires ! Comme si en 2022 le pouvoir revenait de droit à une famille !

Comment encore tolérer le statut d’infériorité dans lequel plusieurs religions confinent les femmes, au Canada même ?

Le Canada est certainement plus démocratique et plus égalitaire que la plupart des pays du monde. 

Cependant, l’idéologie multiculturaliste et le désir de complaire aux minorités empêchent les dirigeants comme Justin Trudeau d’échafauder une politique étrangère digne de ce nom.

Il est plus facile d’aller jouer au père Noël en Ukraine en distribuant armes et argent.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.