/news/politics
Navigation

Un conservateur bien plus multiculturel que Trudeau

Le maire de Brampton veut devenir le chef conservateur grâce aux communautés

Patrick Brown
Photo tirée de Twitter Patrick Brown en campagne, au Centre culturel islamique de Québec.

Coup d'oeil sur cet article

OTTAWA | L’énigmatique maire de Brampton, Patrick Brown, candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, se frottera mercredi soir à ses cinq adversaires pour la première fois, après avoir fait campagne quasi exclusivement auprès des communautés culturelles. 

• À lire aussi: Charest utilise la laïcité pour attaquer Poilievre

• À lire aussi: «Les conservateurs sont de retour au Québec», lance Éric Duhaime à Ottawa

Au restaurant Château Kabab de l’ouest de Montréal, sa promesse de s’attaquer à la Loi sur la laïcité de l’État fait mouche. 

«Personne ne devrait jamais perdre son emploi en raison de sa foi. Tout le monde mérite les mêmes chances au Canada», plaide-t-il devant des imams et des organisateurs communautaires qui l’écoutent attentivement. 

Maire de la ville la plus multiculturelle du pays, celle qui a versé 100 000 $ pour soutenir trois groupes qui contestent la loi 21 devant les tribunaux, l’Ontarien de 44 ans est tombé dans la marmite politique tout jeune.

Lors d’un rassemblement de la communauté indienne Malayali organisé en son honneur à London, en Ontario.
Photo tirée de Twitter
Lors d’un rassemblement de la communauté indienne Malayali organisé en son honneur à London, en Ontario.

C’est Carole Charest, la sœur de son idole de jeunesse et adversaire dans la course, Jean Charest, qui l’a conduit à son premier congrès conservateur alors qu’il avait 15 ans. 

Depuis, il a été élu au fédéral au sein du gouvernement Harper, puis est devenu chef du Parti conservateur de l’Ontario en 2015. En 2018, il a démissionné et s’est fait élire à la mairie de Brampton, après que sa carrière eut fait une embardée à cause d’allégations d’inconduite sexuelle qui se sont finalement révélées infondées. 

La banlieue multiethnique

Tout au long de sa carrière, il a courtisé les communautés culturelles, en particulier celles d’Asie du Sud-Est.

La stratégie n’est pas innocente; 41 circonscriptions au pays comptent plus de 50 % de minorités visibles, explique Andrew Griffith, ex-directeur général de Citoyenneté et Multiculturalisme à Immigration Canada, et auteur de nombreux ouvrages sur l’inclusion au pays. La plupart sont situées dans les banlieues des grandes villes.

Dans un lieu de culte Sikh Sangat tout juste inauguré à l’Île-du-Prince-Édouard.
Photo tirée de Twitter
Dans un lieu de culte Sikh Sangat tout juste inauguré à l’Île-du-Prince-Édouard.

Faire mieux

«Pour gagner une élection générale, les conservateurs doivent absolument gagner dans ces circonscriptions», dit M.Griffith.

Or, à Montréal, Toronto et Vancouver, le parti n’a fait élire qu’une poignée de députés l’automne dernier.

C’est donc à l’oreille d’influents musulmans de la banlieue de Montréal que Patrick Brown est venu parler, fin avril, à l’occasion du ramadan.

Il a fait une tournée de quelques mosquées, à la surprise d’une communauté peu habituée à ce que des politiciens lui tendent la main, note l’Écho du Levant, un des rares médias à avoir eu accès au candidat durant cette visite. 

Il évite par contre les médias traditionnels, dont Le Journal, auquel son équipe n’a pas répondu, malgré nos demandes répétées.

Des promesses qui sont taillées sur mesure 

Le candidat à la course à la direction du Parti conservateur Patrick Brown mène une campagne souterraine au cours de laquelle il fait de controversées promesses sur mesure aux multiples communautés ethniques qu’il courtise.

«Il mène une campagne en sous-marin, loin des regards. On ne verra sa taille que lorsqu’il sortira de l’eau, c’est-à-dire quand on aura une idée du nombre de membres qu’il a recrutés», explique Rodolf Husny, ex-conseiller au sein du gouvernement Harper.

L’objectif est non pas de séduire les membres existants, mais d’en attirer assez de nouveaux pour gagner, indique M. Husny. Il souligne que les membres votent souvent en masse sur un seul enjeu, une réalité qu’a bien comprise M. Brown en s’attaquant à la loi 21.

Diviser pour régner

Des infrastructures de criquets au bureau des visas au Népal, en passant par des excuses nationales aux Canadiens d’origine tamoule auxquels il promet de retirer les Tigres tamouls de la liste des entités terroristes, Patrick Brown a un message précis pour chaque communauté. Et cela ne manque pas de faire sourciller.

«Certains Canadiens sont inquiets que le maire Brown sème la division dans notre pays. Il a été critiqué comme celui qui manipule le vote ethnique pour doper sa campagne», a déclaré Jamil Jivani, un des modérateurs du débat auquel le candidat n’a pas participé la semaine dernière.

«Brown dit une chose dans une pièce et exactement le contraire dans l’autre pièce», a approuvé Pierre Poilievre.

Pas de programme politique

Toutefois, tous les autres candidats, dont deux sont issus de l’immigration, ont préféré tendre la main aux immigrants, « des conservateurs naturels », selon Leslyn Lewis.

Aucun des aspirants chefs n’offre toutefois de véritable politique structurante quant aux nombres d’immigrants à recevoir et à la façon d’assurer leur intégration économique et sociale, note l’expert en multiculturalisme Andrew Griffith.

À ce chapitre, le maire de Brampton, qui n’a pas publié de programme détaillant ses idées, n’est pas un modèle d’inclusivité, pointe un conseiller municipal de la Ville, Gurpreet Dhillon. Seulement 15 % de l’équipe de direction de la Ville est issue d’une minorité visible, alors que 37 % de la population active de Brampton l’est.

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous partager à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse jdm-scoop@quebecormedia.com ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.