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Aide médicale à mourir: allons-nous trop vite?

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C’était la pire crainte des opposants à l’aide médicale à mourir. La pente glissante qui mènerait aux dérapages, aux abus, à la mort par dépit plutôt que par choix.

Six ans auront suffi pour que le Canada franchisse ce Rubicon.

Alors que Québec et Ottawa se penchent sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir (AMM), l’heure est venue d’oser poser la question : allons-nous trop vite ?

Abandonnée

C’est le réseau CTV qui a mis au jour l’affaire.

Sophia, 51 ans, souffrait d’une hypersensibilité chimique multiple. La fumée de cigarette de ses voisins la rendait malade. Deux ans de démarches auprès des gouvernements, de divers organismes d’aide l’ont laissée sans issue. 

Elle a choisi l’aide médicale à mourir, car elle n’avait pas les moyens de se loger dans un endroit qui n’aggravait pas sa condition médicale.

Surréel ? Surtout quand on apprend qu’elle n’est pas la seule. 

Une autre Ontarienne, Denise, 31 ans, souffrant d’une maladie similaire a affirmé envisager l’aide médicale à mourir, car elle est « dans la pauvreté abjecte ».

Sans surprise, les opposants à l’aide médicale à mourir brandissent ces cas comme preuve que le cadre actuel trahit les plus vulnérables de la société. 

Sur le fond, ils ont raison. 

Ces cas tragiques sont certes des exceptions, mais ils doivent servir de mises en garde.

Précipité ?

L’AMM n’a jamais été consentie pour devenir un plan B, une alternative à la piètre qualité des soins auxquels les patients ont droit dans notre société.

Et pourtant, voilà qu’elle a été utilisée pour pallier la déficience de nos programmes sociaux.

Si une telle dérive a été consentie dans le contexte actuel, devons-nous nous inquiéter de ce qui nous attend avec un élargissement de l’accès ? 

Si on permet le consentement préalable, l’AMM risque-t-elle de devenir une porte de sortie pour éviter l’enfer des CHSLD ?

Si nos soins aux aînés en perte d’autonomie étaient adéquats, serions-nous aussi prompts à vanter ce nouveau consensus pour nous préserver de l’indignité de l’Alzheimer ?

Avec un accès aux soins psychiatriques déficient, peut-on réellement envisager l’aide médicale à mourir pour les gens atteints de maladie mentale ?

Le combat de Nicole Gladu et Jean Truchon a touché l’ensemble du Québec. Ils ont grandement contribué à démystifier et à normaliser le droit à l’aide médicale à mourir.

Alors que Québec espère déposer, voire faire adopter, le consentement préalable à l’aide médicale à mourir, il ne faudrait pas se laisser bercer par le romantisme du fort consensus social sur la question. 

Décider d’avance à quel stade de l’Alzheimer le sérum fatidique pourrait nous libérer de ces souffrances exigera des balises claires, robustes, et potentiellement complexes à mettre en œuvre.

Faut-il vraiment précipiter l’étude d’une telle loi avant les élections ?

Car la tragique histoire de Sophia et Denise nous rappelle que les dérives sont bien possibles lorsqu’il s’agit d’alléger les souffrances de l’âme humaine.

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