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Charlotte FC: Une entrée fracassante

Le Charlotte FC a établi un record d’assistance en MLS à sa première partie à domicile

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Photo courtoisie, FC Charlotte Le Charlotte FC connaît un succès fou auprès de ses partisans, qui remplissent les sièges du Bank of America Stadium.

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CHARLOTTE | Lors du tout premier match local de l’histoire du Charlotte FC, l’équipe a battu un record d’assistance de la MLS avec une foule de 74 479 spectateurs.

Ça frappe l’imaginaire, mais ça ne s’est pas fait tout seul. C’est le fruit d’un travail acharné depuis que la ligue a octroyé l’équipe à la ville de la Caroline du Nord, en 2019.

« Pour nous, tout a probablement commencé en 2018 quand David Tepper a acheté les Panthers et a parlé d’avoir une équipe de la MLS dans le stade », explique le président Joe LaBue.

« On a commencé le travail dès ce moment et c’était un peu comme un projet parascolaire. Notre axe était de viser la communauté. »

Développer la culture

Mais avant cette fameuse salle comble qui a mis le Charlotte FC sur la carte de la MLS, il y a eu un gros travail de fond qui a été fait dans la communauté et il a commencé au sein de l’organisation.

LaBue a accueilli le représentant du Journal dans les quartiers du club, qui se trouvent dans une tour de bureaux du centre-ville, à cinq minutes du Bank of America Stadium.

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Photo courtoisie, FC Charlotte

On y découvre une fourmilière où s’affaire une bonne trentaine d’employés. L’atmosphère est décontractée, c’est le vendredi maillot, tout le monde porte les couleurs du club et le président est en jeans et en espadrilles.

Et c’est dans l’esprit du club, qui se veut rassembleur et qui souhaite offrir une alternative plus décontractée à la NFL, qui a tendance à être protocolaire.

Dès le début

Les gens de la région de Charlotte se sont rapidement approprié l’équipe, avant même qu’elle n’existe en fait.

« Si on regarde les images lors de l’annonce de 2019, on voit déjà des partisans avec des tambours et des tifos, souligne LaBue. C’est là qu’on a compris qu’on tenait quelque chose.

« Nous avons organisé une fête dans une brasserie par la suite et les gens étaient cordés en rangs d’oignons parce qu’il n’y avait plus de place tellement il y avait du monde.

« C’est là que l’esprit de fête s’est installé, on voulait que ça se transpose au stade. Ça tranchait avec ce qui se faisait dans le même stade pour la NFL. »

Un délai

Tout cela semble avoir été facile, mais détrompez-vous. Initialement, l’équipe devait entrer en scène en 2021. Puis la pandémie a frappé.

« Ç’a été une situation particulière, reconnaît LaBue. On avait une année de plus, mais parce que les gens peinaient en raison de la pandémie, nous ne pouvions pas toujours être dans leurs visages et leur demander d’acheter des billets. Il y avait des choses beaucoup plus importantes que le soccer.

« Nous avons adopté une stratégie de porte-à-porte plutôt que d’être toujours dans les médias. Nous avons pris le temps de rencontrer les gens. »

Et, évidemment, il y avait la peur que l’engouement soit freiné par une attente de douze mois.

« Ce délai nous a fait craindre une perte d’intérêt et, bien honnêtement, on a perdu de notre élan. Il a fallu savoir quand appuyer sur l’accélérateur quand nous en sommes sortis.

« Il a fallu attendre la fin du printemps 2021 pour revenir en force et c’est là que nous avons recommencé à assurer une grande présence dans les événements. »

Avant que la pandémie ne frappe, le club a été présent partout où il pouvait l’être afin de créer des liens forts avec les gens de la région.

C’était le but, mais revenons-en à cette salle comble qui est venue valider tout le travail fait depuis 2019.

« Nous espérions une salle comble lors du premier match. N’importe quel autre scénario aurait été interprété comme un échec », reconnaît M. LaBue.

« C’est ce qui a été notre moteur pendant plus d’un an. On voulait remplir le stade et on savait qu’on pouvait le faire. »

« Ç’a été très émotif de voir le stade plein, de voir les groupes de partisans qui étaient avec nous depuis le début. J’en ai eu d’énormes frissons. »

VENDRE UNE VILLE COMME CHARLOTTE

CHARLOTTE | Zoran Krneta a été embauché comme directeur sportif du Charlotte FC seulement quelques jours après la création de l’équipe, en décembre 2019.

Le Serbe, qui venait de passer 35 ans à Londres, était agent de joueurs et, du jour au lendemain, il est devenu vendeur. « Nous devions trouver des joueurs sans même avoir d’identité ou de nom. De fait, nos deux premières embauches ont été faites avant même que le nom soit dévoilé. Nous les avons achetés en tant que Charlotte MLS », dit-il assis dans les gradins du Bank of America Stadium.

Qui plus est, il vendait une ville dont il n’était pas très familier.

« Dans les faits, je vendais quelque chose que je ne connaissais pas encore assez bien. »

Durs à convaincre

Quand il a commencé ses recherches pour attirer des joueurs, il n’avait absolument rien à leur montrer.

« Ça n’a pas été facile de les convaincre. Maintenant, je vends un stade rempli avec 74 000 spectateurs et une atmosphère incroyable.

« Avant, j’avais des photos d’un stade que l’on devait photoshopper parce qu’il y avait des lignes de football et le logo des Panthers.»

De plus, comme il s’agissait d’une nouvelle équipe, il existait encore un flou autour de l’intérêt même si les signes étaient très encourageants.

« Nous n’avions pas encore beaucoup de partisans, en fait on ne savait pas combien on aurait de partisans. J’ai donc dû vendre l’équipe en me basant sur beaucoup de «si» pendant que d’autres directeurs sportifs avaient de nombreux arguments de vente. »

Avantage

Knerta a donc tenté de jouer sur les charmes de Charlotte en jouant aussi un peu sur les mots.

« C’est une ville incroyable, mais il fallait que je la vende. On est à une heure de vol New York, à une heure et demie de Miami et à quatre heures de Los Angeles.

« L’aéroport international est tellement gros qu’on peut voler partout en Europe sans escale.»

Et pour séduire les Européens, il a sorti les violons et les comparaisons avantageuses.

« Pour certains joueurs, j’ai utilisé la comparaison avec Valence, en Espagne. Mais ce n’est pas tout à fait le cas parce que c’est un peu plus froid ici en hiver. Ce n’est pas la Costa Del Sol en Espagne.

« Mais je leur disais que c’était l’été presque à longueur d’année, sauf pour janvier et février, alors qu’on est en présaison de toute façon. »

En pleine expansion 

Un solide marché sportif sur la côte est des États-Unis

Le président du Charlotte FC, Joe LaBue, tout souriant dans son bureau du centre-ville.
Photo Dave Lévesque
Le président du Charlotte FC, Joe LaBue, tout souriant dans son bureau du centre-ville.

CHARLOTTE | Parmi les grandes villes des États-Unis, la progression de Charlotte est remarquable.

La ville, qui comptait 874 579 habitants en 2020, en a gagné 31 381 en 2021. Cette progression s’inscrit dans le temps puisqu’il y a à peine 30 ans (en 1990), la ville n’avait que 395 934 habitants.

Charlotte pointe au 16e rang des plus grandes villes américaines et devance des cités très connues comme San Francisco, Seattle, Denver, Washington, Nashville, Boston et Detroit.

Pourtant, toutes ces villes, à l’exception de Nashville, devancent Charlotte pour ce qui est de la capacité du marché télé, ce qui fait foi de tout dans le monde du sport américain.

Affamé de sport

Avec une agglomération de plus de 2,6 millions habitants, Charlotte représente un solide marché sportif.

C’est d’ailleurs l’une des trois seules villes à avoir une équipe de la NFL et de la NBA sans avoir un club dans le baseball majeur. Les autres étant La
Nouvelle-Orléans et Indianapolis.

Il y a depuis longtemps un intérêt pour le baseball majeur, mais les Knights, une formation de calibre AAA, y sont fermement implantés. 

Ceux-ci évoluent au Truist Field, un stade de 10 200 places qui n’a que huit ans et qui est situé à un coup de circuit du Bank of America Stadium.

Du reste, la ville est bien servie avec les Panthers de la NFL, les Hornets de la NBA, le Charlotte FC de la MLS, les Checkers de la Ligue américaine de hockey et trois autres formations de soccer professionnel, dont une féminine. Et n’oublions pas le Temple de la renommée de la NASCAR.

Marché mûr

C’est donc un marché qui était prêt à accueillir le Charlotte FC, surtout que la Caroline du Nord est fervente de soccer.

« Le marché était mûr à 100 %, assure Joe LaBue. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles nous étions convaincus que ça fonctionnerait. »

Qui plus est, on a décidé de tabler sur le fait que la ville est en pleine progression et attire des gens des quatre coins des États-Unis.

« On a fait le tour de la pièce où nous nous trouvions et on a constaté que très peu d’entre nous étaient originaires de Charlotte.

« Tu déménages ici parce que tu veux vivre ici. Charlotte est plutôt un endroit où les gens arrivent pour s’enraciner.»

Pour bien s’ancrer dans la communauté, l’organisation a donc décidé de viser les nouveaux arrivants.

« Nous savions que nous pouvions devenir un moyen d’intégration pour les gens qui arrivent en ville. 

« Les gens qui arrivent n’ont pas à adopter les Hornets ou les Panthers, qui sont là depuis un moment. Ils peuvent devenir les premiers partisans de l’équipe. »

Et comme la progression de la ville, qui possède un secteur bancaire très vigoureux, ne semble pas sur le point de ralentir, la stratégie risque d’être payante.

Position stratégique

Charlotte est aussi privilégiée de par sa situation géographique. 

Au cœur du sud des États-Unis, elle peut développer des rivalités avec Nashville, D.C. et Orlando. Mais rien n’égale la rivalité naturelle avec Atlanta, située à moins de quatre heures de route par l’I85.

« De façon organique, Atlanta est notre rival direct et c’est implanté dans notre cerveau depuis la première fête qui a suivi l’annonce en 2019 », explique LaBue avec un sourire.

« C’est une rivalité saine avec une équipe qui a très bien fait les choses dès le début. Nous avons déjà joué deux fois contre eux et il y a eu beaucoup de partisans en déplacement lors des deux matchs. »

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