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Le jeu dangereux de la Turquie

TURKEY-POLITICS
Photo AFP Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse le 9 mai dernier.

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Mais à quel jeu joue la Turquie ? Recep Tayyip Erdogan a déclaré hier qu’il ne voyait pas de manière positive l’entrée de la Finlande et de la Suède à l’OTAN. Selon lui, faire entrer ces deux pays dans l’OTAN reviendrait à répéter une erreur, celle de l’entrée de la Grèce dans l’organisation.

Comparer la Grèce à la Finlande et la Suède augure mal. Parce que les Grecs et les Turcs se détestent. En plus, ajoute Erdogan, les deux pays abritent des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan. Nous y sommes. La Turquie est soupçonnée de mener au Kurdistan un génocide. Erdogan cherche donc à briser le soutien des Suédois et des Finlandais aux Kurdes contre son appui à l’entrée des deux pays dans l’OTAN

1. Erdogan peut-il à lui seul bloquer la candidature de la Suède et de la Norvège ?

En théorie, Erdogan peut bloquer l’entrée des deux pays dans l’OTAN. Mais Erdogan joue un jeu dangereux. Son gouvernement a précédemment brisé une convention tacite de l’alliance. Il a acheté des missiles S-400 de fabrication russe, plutôt que d’acheter des missiles en provenance d’autres pays de l’OTAN. Outre les problèmes de compatibilité avec l’armement de l’OTAN que posent ces missiles, il est évident que la Turquie se trouve dans une délicate situation de dépendance à l’égard de la Russie. Une situation qui serait intenable en cas de conflit ouvert entre l’OTAN et la Russie.

2. La Turquie joue-t-elle bien son rôle dans l’OTAN ?

La Turquie a bien joué son rôle d’allié en empêchant des navires de guerre russes de franchir le détroit de Bosphore quand la guerre en Ukraine s’est déclarée. La Turquie est un acteur très important du dispositif de l’OTAN. Malheureusement, ses dirigeants l’éloignent de plus en plus des autres pays européens. D’abord, Erdogan est un islamiste-à-petit-pas qui ne partage pas les mêmes valeurs que celles des autres pays européens. Ensuite, Erdogan rêve de reconstituer l’Empire turc. D’une certaine manière, les méthodes d’annexion territoriales de Poutine ne lui déplaisent pas, bien au contraire.

3. Qui sont les Kurdes ?

La population kurde mondiale est difficile à cerner. Il y aurait environ 40 millions de Kurdes dans le monde, dont près de 20 millions en Turquie, 10 millions en Iran, 7 en Irak et 3 en Syrie. La Suède en compterait 85 000 et la Finlande 15 000. Les Kurdes ont souvent été victimes des partages de frontières. Ils sont en grande partie responsables de la défaite de l’État islamique au Proche et au Moyen-Orient. Mais leur bravoure ne leur a pas gagné un véritable pays indépendant. Ils sont persécutés en Turquie par Erdogan et ses partisans qui les accusent de séparatisme et de terrorisme. Une petite partie de la population kurde soutient en effet les actions terroristes.

4. Comment les Kurdes sont-ils traités en Turquie ?

Les Kurdes sont traités en citoyens de seconde zone. La haine des Kurdes est enracinée dans le programme politique d’Erdogan et de son parti. La question kurde en Finlande et en Suède pourrait même devenir un enjeu de la prochaine campagne électorale, puisqu’Erdogan a perdu beaucoup d’appuis parmi ses électeurs.

5. Quelles sont les relations entre Vladimir Poutine et Erdogan ?

Les relations entre les deux hommes semblent excellentes, surtout depuis que la Turquie a décidé d’acheter de l’armement russe. Mais Erdogan, comme bien d’autres dirigeants, ne veut pas s’associer de trop près à un perdant.

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