/opinion/columnists
Navigation

Adieu le masque, adieu!

FRANCE-FESTIVAL-LILLE3000-PARADE
Photo AFP Une foule dense et sans masques assistait à une parade dans les rues de Lille, hier.

Coup d'oeil sur cet article

Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois. 


Enfin ! Le masque tombe ! Oh, bien évidemment, les nostalgiques de la pandémie et autres amoureux des mesures sanitaires, pour qui la vie est une maladie mortelle terrifiante, auraient voulu le garder une saison de plus, et pourquoi pas une autre, et encore une autre, jusqu’à ce qu’ils oublient la forme de leur propre visage !

C’est ce qu’on pourrait appeler l’exhibitionnisme sanitaire.

Heureusement, ils ont perdu cette bataille. Qu’est-ce qu’une société délivrée du masque ?

Visage

Je puis en témoigner, puisqu’à Paris, cela fait un bon moment qu’on ne le porte plus. À partir de demain, d’ailleurs, nous n’aurons même plus à le porter dans les transports en commun, c’est tout dire.

Mais je reprends ma question : qu’est-ce qu’une société où le masque tombe ?

C’est une société qui se demande d’abord ce qui lui est arrivé.

Les hommes et les femmes se croisent, puis s’avouent entre eux qu’il aurait probablement dû tomber depuis longtemps.

Surtout, ils réapprennent à se toucher.

C’est-à-dire qu’ils se font la bise sans avoir la peur de se contaminer, ils se serrent la main sans méfiance, ils se retrouvent nombreux dans un restaurant ou dans une pièce sans sentir monter en eux une puissante crise d’angoisse.

Plus encore : ils se disent que si par malheur ils attrapent la COVID, ce ne sera pas la fin du monde.

C’est un monde où l’actualité elle-même n’est pas dévorée par la COVID.

Oui, ce monde existe, c’est le mien chaque jour de la semaine.

Cela prendra quelques jours à plusieurs d’entre nous pour s’y habituer.

Bien des Québécois, de passage à Paris, me font signe en sortant de l’avion. Ils sont toujours étonnés, puis charmés, par cette vie où les mesures sanitaires, globalement, appartiennent au passé.

Et très vite, ils font comme les Parisiens et recommencent à vivre. Ils jouissent de leur entassement dans un restaurant ou sur une terrasse, et aiment répéter à qui veut l’entendre que nos mesures sanitaires furent quelque peu exagérées.

Transplantés en l’espace de quelques heures d’une société où l’angoisse covidienne est partout à une autre où elle est devenue clairement secondaire, ils se palpent et se demandent comment un tel contraste peut être possible.

Québec

C’est une reconquête de la vie quotidienne.

Qu’on se comprenne bien tous : à peu près tous conviennent qu’au début de la pandémie, il était nécessaire de prendre des mesures d’urgence. Mais tous conviennent aussi qu’une société ne peut pas vivre dans l’exception sanitaire perpétuelle.

J’appelle cela sortir psychologiquement de la COVID. Chacun d’entre nous, au quotidien, doit faire cet effort.

Mais il importe qu’un jour, le pouvoir politique lui-même donne le signal que cette page est tournée, que la grande crise est terminée, que la vie normale a repris ses droits, qu’il est normal que les garçons et les filles se promènent dans la rue deux par deux, et qu’ils s’embrassent au sortir des terrasses, au regard de tous ou à l’abri d’un portique, comme le font les gens libres qui goûtent les délices de l’existence. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

À la recherche d’un premier ministre 

Qu’est-ce qui agite la France politique depuis une semaine ? La recherche du prochain premier ministre. Tous guettent le moment où Emmanuel Macron le nommera. On spécule sur son identité. Sera-t-il de gauche, comme on s’y attend, ou sera-t-il de centre droit, comme c’est encore possible ? S’agira-t-il d’un homme ou d’une femme ? Quelle mission lui confiera-t-on ? Ces questions importent, car on se demande quelle orientation idéologique Emmanuel Macron donnera à son quinquennat. Elle demeure incertaine pour l’instant. 

Mise en garde contre la guerre totale 

Henri Guaino est un intellectuel respecté associé à la droite gaulliste. Il fut en 2007 conseiller de Nicolas Sarkozy, au moment où il a remporté l’élection présidentielle. Dans les pages du Figaro, il a fait paraître, vendredi, un grand article pleine page pour mettre en garde les États contre l’engrenage de la guerre totale. Il invite tous les pays à prendre conscience de ce que voudrait dire une guerre entre superpuissances débordant sur le continent européen. 

Emmanuel Macron le fédéraliste 

Emmanuel Macron croit à la construction européenne, et croit surtout que l’Europe doit être toujours plus intégrée, toujours plus fédérée. Il l’a presque dit dans ces mots lundi lors d’un grand discours à Strasbourg, où il s’est rallié au principe du saut fédéral européen. Cela n’est pas à la veille de se faire, mais un cap vient d’être franchi. Treize pays se sont immédiatement mobilisés contre cette idée, en rappelant leur attachement à leur souveraineté nationale.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.