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Diviser avec la défense du français

Diviser avec la défense du français
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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Quelques milliers d’anglophones dans la rue pour dénoncer sa réforme de la Charte de la langue française, le gouvernement Legault ne pouvait pas demander mieux.

Son projet de loi 96 n’est pas encore adopté, qu’il peut crier victoire.

Les anglos sont en colère. Ça suffira pour convaincre les francophones qu’il a visé juste dans la protection du français.

Ajoutez les hauts cris à la Gestapo de la langue, l’éradication d’une communauté entière, le génocide culturel des Premières Nations, le discours radical d’une frange — je dis bien une frange — des anglophones est tellement hystérique qu’il aura suffi à discréditer toutes les critiques sur le PL96.

Le débat éclairé n’est plus possible.

Quelle sauvegarde ?

Et pourtant, ce débat éclairé, informé aurait dû avoir lieu.

Tant qu’à réécrire la Charte de la langue française, n’aurait-il pas fallu identifier les leviers les plus efficaces ?

Non. On préfère couper la poire en deux sur le Cégep et ériger une vaste architecture bureaucratique, si complexe qu’elle échappe à tous sauf aux experts. Et pour vraiment convaincre les Québécois que c’est du costaud, on ajoute la clause dérogatoire. Ça, ça fait plaisir !

Morale de l’histoire, enlisé dans des dédales juridico-bureaucratiques, le débat s’opère strictement sur les symboles.

Le PQ irait encore plus loin en imposant la loi 101 au Cégep. Une clique d’anglophones crinquée rechigne contre l’idée même de devoir suivre 3 cours de français.

Entre ces deux opposés, le PL 96 passe pour raisonnable. Profitant de la polarisation du débat, François Legault passe pour un modéré. Ainsi il rassure son électorat grâce à un nationalisme qui donne bonne conscience.

PLQ coincé

Côté tactique, le débat sur le PL 96 a englouti Dominique Anglade. Favorable aux cours en français au Cégep, elle a reculé face à la levée de boucliers.

La voilà qui marche au Collège Dawson, symbole ultime de la résistance anti-Legault.

Rassurez-vous, elle et son caucus n’ont pas marché en rouge pour le bilinguisme généralisé.

Non, elle a marché parce que les pouvoirs judiciaires octroyés à l’Office québécois de la langue française vont trop loin, parce que la diabolisation de la communauté anglophone a assez duré.

Le PLQ a marché parce que la montagne de réglementations s’annonce un cauchemar à naviguer pour les entreprises.

Finalement, le PLQ s’oppose au PL96 pour les mêmes raisons que bien des francophones, que le Barreau du Québec, que les chambres de commerce. Mais ces nuances, elles sont perdues dans le débat polarisé actuel.

Dominique Anglade a marché aux côtés des modérés, mais, malheureusement pour elle, aussi aux côtés des tenants d’un Québec bilingue qui crient au nazisme et au génocide culturel.

François Legault ne pouvait pas demander mieux.

Quitte à avoir peu de victoires substantielles sur le front de son nationalisme québécois, il se contentera amplement des victoires tactiques.

À la lumière des intentions de vote, il semble que les Québécois n’en demandent pas davantage.

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