/world/opinion/columnists
Navigation

Quand les champs agricoles deviennent des champs de bataille

Champ de blés prêts pour la moisson .
Photo Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

On en est au 80e jour. Quatre-vingts jours de guerre en Ukraine. Quatre-vingts jours de mort et de destruction. Et la plus grande crise de réfugiés en Europe depuis – tiens donc ! – 80 ans. Si cette guerre-ci n’est pas encore mondiale, ses conséquences le sont devenues : la faim se répand chaque jour un peu plus loin.

Nous l’avons assez dit ; nous le voyons tous ; tout coûte plus cher. Les Chinois produisent moins à cause des restrictions imposées pour briser la dernière vague de COVID. Les sanctions imposées à la Russie après l’invasion de l’Ukraine ont perturbé les flots de pétrole et de gaz naturel, faisant notamment bondir le prix de l’essence à la pompe.

Nous ressentons moins toutefois – pour l’instant tout au moins – l’impact du conflit sur l’agriculture russe et ukrainienne. Ce sont des géants de la production – et de l’exportation – de blé, d’orge et de maïs. Il s’agit de jeter un œil sur le drapeau ukrainien – le bleu du ciel et le jaune des champs de blé – pour mieux apprécier son surnom de « grenier de l’Europe ».

Se nourrir en temps de guerre

Ensemble, la Russie et l’Ukraine fournissaient près de 30 % du blé consommé – en farine, en pain, en pâtes – dans le monde. Depuis la fin-février, les exportations ukrainiennes sont bloquées par la guerre ; celles de la Russie, par les sanctions imposées pour forcer Vladimir Poutine à rappeler ses armées chez lui.

Conséquence, l’alimentation de centaines de millions de personnes est compromise. L’Égypte, par exemple, le plus gros importateur de blé au monde, tirait les trois quarts de son approvisionnement des producteurs russes et ukrainiens. Pour la Turquie, ce sont près 90 % de ses importations de blé qui venaient des ports russes et ukrainiens, de l’autre côté de la mer Noire.

La dépendance de plus petits pays – le Bénin, l’Érythrée, la Mongolie, l’Arménie – envers ces importations fait encore plus mal. Au Yémen, par exemple, où 30 % du blé provenait d’Ukraine, la crise alimentaire, déjà grave, s’est empirée. Selon David Beasley, le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial de l’ONU, on en est rendu « à prendre aux affamés pour donner aux faméliques ».

La moisson d’aujourd’hui et de demain

Il n’y a pas que les récoltes russes et ukrainiennes. La Russie était en 2020 le premier exportateur mondial d’engrais agricoles, des exportations stoppées, elles aussi, par les sanctions contre le Kremlin. L’effet domino donne le vertige : ces dernières semaines, le prix des engrais a doublé, voire triplé.

On prévoit déjà que les producteurs agricoles dans plusieurs pays en achèteront moins cette année ou pas du tout. De ce fait, leurs récoltes seront moins bonnes ; leur production, plus chère ; les pénuries, plus grandes.

Le Canada s’est engagé à faire sa part pour que la production agricole ukrainienne puisse sortir du pays autrement que par la mer Noire. Quatre-vingts jours plus tard, il est temps que les canons se taisent. Pour les Ukrainiens, bien sûr, mais de plus en plus, pour des millions d’innocents ailleurs dans le monde, lointaines victimes de cette guerre sauvage et inutile. 

La Russie et l’Ukraine, grands exportateurs de blé  

PRINCIPAUX EXPORTATEURS DE BLÉ DANS LE MONDE EN 2022, EN MILLIONS DE TONNES  

  • Russie : 37,3  
  • États-Unis : 26,1  
  • France : 19,8  
  • Ukraine : 18,1  
  • Australie : 10,4  
  • Argentine : 10,2  
  • Allemagne : 9,3   

AFRIQUE : CES PAYS DÉPENDANTS DU BLÉ RUSSE ET UKRAINIEN

Sources : UN comtrad database, UNCTAD

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.