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Des Chauffeurs inc. de plus en plus nombreux

Ils font déjà perdre des millions à l’État québécois

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Stéphane Lebrun, camionneur depuis une vingtaine d’années, s’inquiète de voir de plus en plus de Chauffeurs inc. sur nos routes tirer l’industrie vers le bas.

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Concurrence déloyale, pertes fiscales de dizaines de millions de dollars, conditions de travail à rabais... des camionneurs dénoncent l’arrivée de ces nouveaux «salariés déguisés», populaires en Ontario.

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«Un Chauffeur inc. coûte de 30 % à 40 % moins cher qu’un salarié», soupire Stéphane Lebrun, camionneur chez Transport Robert depuis 24 ans. 

«On n’en veut pas aux immigrants, qui font ce travail parce qu’ils arrivent ici et ne connaissent pas ça les avantages sociaux. Ils se font pas mal exploiter», dit-il.

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

Depuis une dizaine d’années, de nouveaux types de camionneurs sillonnent nos routes: «les Chauffeurs inc.». 

Plus populaires que jamais en Ontario, ces routiers incorporés, sans camion, ne font pas de déductions à la source.

«Il est difficile de chiffrer la pratique des Chauffeurs inc., mais on estime qu’annuellement, des dizaines de millions de dollars sont non perçues au Québec, si l’on considère les cotisations manquantes à l’Agence du revenu Canada, à Revenu Québec et à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST)», s’inquiète Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec (ACQ).

«On a un projet-pilote avec la CNESST, qui a commencé à former des inspecteurs en entreprise. L’Ontario a eu des projets pilotes. Ça leur a permis de récupérer de l’argent», ajoute-t-il.

«Ça nous choque, tout le monde. On ne peut pas être compétitif avec une compagnie qui utilise des Chauffeurs inc.», dénonce à son tour Jean-Claude Fortin, président de l’Alliance canadienne du camionnage.

«Paradis fiscal étatisé»

Pour Pascal Gaudet, vice-président gestion des routiers de Trans-West, ce fléau est devenu un véritable « paradis fiscal étatisé à l’intérieur de la province et du pays, cautionné par le gouvernement ».

Il raconte avoir essayé d’ouvrir une antenne à Toronto, mais que sa cinquantaine de chauffeurs l’a vite abandonné, effrayée par les déductions.

«Quand ils voyaient leur chèque de paye, ils se posaient des questions. Je leur disais : “C’est le chômage, les assurances collectives, les rentes”», illustre-t-il.

Chez les Teamsters, on trouve que certaines entreprises ferment les yeux, comme Transport Robert, où les négociations viennent de déraper en raison de clauses concernant les Chauffeurs inc.

«On sait que ces travailleurs et travailleuses fragilisent les emplois et les salaires de nos membres et de l’ensemble de l’industrie», martèle Jean Chartrand, président de la Section locale 106 des Teamsters.

Le Groupe Robert n’a pas répondu à nos demandes d’entrevues.

«Pas un problème»

À l’Association des routiers professionnels du Québec (ARPQ), le directeur général, Francis Rouleau, ne voit pas les Chauffeurs inc. du même œil.

«Ce n’est pas un problème. Un salarié, versus un Chauffeur inc., les gars vont gagner le même salaire», explique celui qui en a déjà exercé le métier de camionneur.

D’après lui, il suffit de faire ses déclarations fiscales dans l’ordre.

« Ce sont plus des plus petites compagnies qui engagent des Chauffeurs inc. Pour elles, c’est simplement que ça leur enlève les déclarations à la source et toute la paperasserie gouvernementale », partage-t-il.

En 2019, le ministre des Transports, François Bonnardel, avait dit au magazine Transport routier «que certaines entreprises imposent à leurs employés de s’incorporer dans le but de réduire les charges fiscales».

Questionné par Le Journal, son cabinet a renvoyé la balle au ministère du Travail, qui a indiqué qu’«il ne suffit pas d’alléguer être travailleur autonome pour être exclu de la Loi sur les normes du travail. Il faut plutôt analyser la situation concrète de cette personne pour en déterminer le statut».

Chez Emploi et Développement social Canada, on fait valoir qu’une nouvelle disposition interdit «à un employeur de traiter ses employés comme s’ils n’étaient pas ses employés», assure Saskia Rodenburg aux relations médias.

À l’Agence du revenu du Canada, on rappelle qu’«il n’est pas illégal d’exploiter une entreprise de prestation de services personnels », mais que « les parties doivent s’assurer que les faits réels de la relation de travail respectent l’entente qu’elles ont choisie», souligne Etienne Biram aux communications.


Des lignes de dénonciation anonymes sont en place chez Revenu Québec et à la CNESST. Des entreprises commencent à écarter de leurs contrats les transporteurs qui font affaire avec des Chauffeurs inc.

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