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Un accident de parcours

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Il ne fallait pas tenir de débat en anglais.

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La connaissance de l’histoire politique peut éclairer l’actualité. C’est notamment le cas lorsque vient le temps de comprendre l’étrange débat entourant la participation des chefs à un débat en anglais lors de la prochaine campagne électorale. 

Certains commentateurs s’imaginent que François Legault et Paul St-Pierre Plamondon ont rompu avec une vénérable institution en refusant d’y participer. C’est évidemment faux. Et le détour par l’histoire nous le rappellera.  

Réinscrivons les événements dans un vaste contexte.

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Histoire 

La Révolution tranquille, admirable entreprise de reconquête nationale, a placé un principe en son cœur : le Québec est une société de langue et de culture françaises. Le français devenait la langue commune. 

L’indépendance du Québec, ou du moins, sa reconnaissance comme société distincte, devait fournir les bases politiques de ce principe et assurer son déploiement dans la longue durée. 

Mais la défaite référendaire de 1995 a fait mal et a enclenché une dynamique régressive. 

Ainsi, en 2012, surgit une proposition : organiser un débat en anglais. Pauline Marois, qui dirige alors le PQ, refuse, mais pour une étrange raison. Elle explique que le temps d’un tel débat viendra peut-être, mais qu’elle ne se sent pas assez à l’aise en anglais pour y participer. 

Autrement dit, elle affirmait que ce débat était peut-être pertinent, mais qu’elle n’avait pas les compétences nécessaires pour le mener. C’était une bien mauvaise manière de s’y opposer ! 

Une brèche symbolique importante venait d’apparaître. 

Elle allait s’élargir.

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En 2014, les médias anglophones revenaient à la charge et réclamaient encore une fois un tel débat. À travers cela, un mouvement se dessinait pour passer de l’idéal d’un Québec français à celui d’un Québec bilingue. 

Il fallait y voir un geste stratégique qui avait pour vocation de faire passer les défenseurs du Québec français pour des fermés, des frileux, des intolérants. 

C’est en 2018 que la brèche a cédé, quand Jean-François Lisée a lui-même accepté, pour des raisons tactiques un peu légères, ce débat en anglais. Les autres chefs se sont crus obligés de le suivre.

À travers cette question bien précise, on peut voir comment, en dix ans, il est devenu de plus en plus difficile de défendre l’idéal du Québec français.

Dès lors, il fallait s’assurer que 2018 demeure un accident et ne devienne pas un précédent. 

D’abord parce que le français est notre seule langue commune et que ce statut ne veut absolument rien dire si le débat des chefs en français, qui représente le point culminant d’une campagne électorale, devient optionnel. 

Rupture

Ensuite parce qu’on nous répète sans cesse que les Anglo-Québécois parlent très bien français. Pourquoi dès lors nous faire croire qu’ils seraient exclus du débat dans la langue commune ? 

Dernière question : ceux qui s’imaginent que ne pas tenir un tel débat est antidémocratique nous disent-ils que le Québec n’était ni ouvert ni démocratique, de 1962 à 2018 ?

Mais revenons à l’essentiel : ce débat n’aura pas lieu. Heureusement.

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