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Six ans pour voir un psy au public

Upset boy with backpack sitting in dark room. Space for text
Photo Adobe Stock

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Si je savais que ma dernière chronique allait faire déferler dans ma messagerie une vague de témoignages, j’étais loin de me douter que cette vague serait en fait un tsunami. 

À l’heure où plusieurs organismes et citoyens demandent à ce que la santé mentale devienne un enjeu électoral, je ne peux que joindre ma voix à la leur. 

Prêts à tout perdre pour sauver leur enfant

J’ai parlé à des parents qui, à bout de souffle, cherchent désespérément des ressources pour leurs ados. Ce sont des mères et des pères qui sont prêts à faire n’importe quoi pour soulager la souffrance émotionnelle de leurs enfants, même à réhypothéquer leur maison.

C’est d’ailleurs ce qu’a fait cette maman, qui m’a écrit via les réseaux sociaux. Au moment où sa fille est tombée malade, elle occupait un emploi précaire et son conjoint venait de perdre son travail. S’en sont suivies des démarches infructueuses pour trouver des soins dans le système public. Désespérés, ils se tournent alors vers le privé et paient plusieurs fois par semaine les services d’un psychologue et de divers spécialistes.  

Combien de temps ç’a pris pour qu’enfin leur nom soit tiré d’un chapeau et que la jeune fille soit en haut de la liste d’attente ? Six ans. Pendant ce temps, la petite a fait de multiples tentatives de suicide et son état s’est gravement détérioré. 

Si cette mère refuse que je la nomme, c’est que sa fille ignore complètement que ses parents ont failli faire faillite pour la sauver. Elle ne veut pas qu’elle se sente coupable. Et même si ç’a été difficile, sa mère me certifie qu’elle le referait demain matin. 

Elle me précise que sa fille va mieux et étudie pour devenir travailleuse sociale. Elle veut aider des gens à son tour. Cette expérience aurait pu la dégoûter du système, mais non. Elle veut faire partie de la solution.  

Quatre ans pour être crue

Puis il y a Audrey Parenteau, mère-guerrière qui a tout fait pour venir en aide à sa petite fille de 11 ans, qui avait de graves troubles de comportements. Au point où l’école ne savait plus quoi faire avec elle. Au point où le service de garde ne voulait plus la prendre.

Audrey a cogné à toutes les portes. Mais son cas n’a pas été jugé prioritaire. « On me disait que c’était l’éducation que je lui donnais, le problème. Pourtant j’ai lu tous les livres sur le TDAH et “autres”. J’ai même suivi un cours universitaire pour me former et assisté à des ateliers pour être un “bon parent” ». 

« Même son pédiatre l’a laissée tomber. » Son cas était, selon lui, « trop complexe ». Pendant trois ans, la mère a fait des démarches pour avoir accès à un autre pédiatre. Quand elle l’a eu enfin trouvé, il l’a adressée à un pédopsychiatre qu’elle a pu rencontrer... dix mois plus tard.

Ce n’est donc que quatre ans plus tard que sa fille est finalement prise en charge par la machine. Diagnostic : syndrome de Gilles de la Tourette, trouble de l’opposition, TOC, douance verbale et trouble de l’humeur.

Ce n’était pas l’éducation que donnait Audrey Parenteau à sa fille, le problème. Le problème, c’était le système. Un système qui classe les enfants comme s’ils étaient des numéros. Un système inhumain qui entraîne les familles de ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale dans un grand gouffre sans fin. 

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