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Industrie maritime: la relève, un gros écueil

Plus de 7 entreprises maritimes sur 10 ont de la difficulté à recruter du personnel

Manou Bernard est directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie maritime. Elle souligne que la pandémie a énormément accru la pression sur le recrutement, car la demande en matière de transport de marchandises a explosé.
Photo Didier Debusschère Manou Bernard est directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie maritime. Elle souligne que la pandémie a énormément accru la pression sur le recrutement, car la demande en matière de transport de marchandises a explosé.

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L’industrie maritime n’échappe pas aux difficultés de recrutement. Elle a pourtant beaucoup à offrir : une grande variété de postes, des possibilités d’avancement et des salaires supérieurs à la moyenne. Son défi pour attirer les talents : valoriser et mieux faire connaître ses emplois.

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Selon un portrait de l’emploi publié en 2020, plus de 4000 postes étaient à pourvoir sur un horizon de trois ans dans l’industrie maritime. 

Plus de sept entreprises sur 10 ont des difficultés à recruter autant du personnel navigant que celui non navigant. 

Des métiers réglementés

« La pandémie est venue ajouter au casse-tête alors que le transport de marchandises a été un secteur très sollicité. Cela a mis de la pression sur le recrutement pour que les entreprises puissent répondre aux besoins », explique Manou Bernard, directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie maritime (CSMOIM). 

Différents facteurs compliquent la tâche des recruteurs. 

Chez le personnel navigant, plusieurs métiers sont réglementés, notamment les officiers de marine. C’est donc dire que leur présence à bord est essentielle. 

« Il suffit qu’un de ces employés soit absent pour que le navire reste à quai », explique Mathieu St-Pierre, président-directeur général de la Société de développement économique du Saint-Laurent (SODES). « Il y a aussi que certaines qualifications se font rares sur le marché de l’emploi, un phénomène qui s’est accentué ces dernières années avec l’évolution des métiers. » 

Un exemple parmi d’autres : les armateurs dont les navires sont propulsés aux biocarburants comme le gaz naturel liquéfié doivent s’assurer d’avoir à bord le personnel qui a les certifications requises par Transport Canada, notamment pour les opérations de soutage (soit le transbordement de carburant). 

Pouvoir d’attraction

Les entreprises maritimes ont une grande diversité d’emplois à offrir à la relève. Et contrairement à ce que l’on peut penser, tous ne nécessitent pas d’avoir le pied marin. 

Environ le tiers des effectifs est constitué de personnel navigant. C’est donc dire qu’il y a de nombreux travailleurs qui œuvrent à terre dans des postes administratifs, dans la manutention et les opérations.

« Il y en a pour tous les goûts, autant pour ceux qui aiment l’aventure et ont envie de prendre le large que pour ceux qui préfèrent rester à terre, affirme Manou Bernard. Les horaires de travail sont aussi variables. Ce ne sont pas tous les officiers de marine qui doivent partir pour quelques semaines. Ceux qui naviguent sur le Saint-Laurent par exemple rentrent à la maison chaque soir. » 

Pour accroître son pouvoir d’attraction, les acteurs de l’industrie ont décidé de s’allier pour mieux faire connaître les possibilités d’emploi. 

« D’ici la fin de l’année, une campagne de promotion et de valorisation des métiers devrait se mettre en branle, affirme Mathieu St-Pierre. En termes d’effectifs, notre industrie n’est peut-être pas la plus importante, mais elle a un impact énorme sur la chaîne d’approvisionnement. Peu de gens réalisent que 80 % de ce qu’ils consomment a transité par navires. »  

Les jeunes boudent les programmes de l’Institut maritime 

Parce qu’ils connaissent mal les possibilités d’emplois – très variées – du secteur, les jeunes boudent ses formations. L’Institut maritime du Québec (IMQ), à Rimouski, peine à combler ses cohortes pour certains programmes, dont Techniques de génie mécanique de marine. 

« On assiste à un déclin graduel des inscriptions depuis cinq ans pour ce programme, constate la directrice Mélanie Leblanc. On compte entre 15 et 20 finissants par année. Le recrutement étudiant est aussi difficile en Logistique du transport et en Architecture navale. Une dizaine d’étudiants obtiennent leur diplôme, mais on aimerait en avoir le double. »

Les cohortes sont toutefois remplies pour le programme Navigation, qui mène à des postes d’officiers de marine, avec une soixantaine de finissants par année. 

Les diplômés n’ont donc aucune difficulté à obtenir un poste dans l’industrie. 

« Ils ont plutôt l’embarras du choix, explique Mme Leblanc. Certains étudiants du programme Navigation reçoivent une promesse d’embauche dès leur premier stage obligatoire. Les employeurs tiennent à les recruter même s’il leur reste encore deux années d’études. »

Ils n’hésitent pas non plus à offrir des bonus à la signature du contrat d’embauche et à bonifier les salaires. 

« En génie mécanique de marine, le salaire de départ peut atteindre 80 000 $, précise Mélanie Leblanc. Avec les possibilités d’avancement, le salaire peut rapidement être dans les six chiffres. » 

L’EMPLOI DANS L’INDUSTRIE MARITIME EN CHIFFRES

15 597
Nombre total d’emplois directs auxquels il faut ajouter 8240 emplois indirects pour un total de 23 837.

5541
Total du personnel navigant. 

9446
Total du personnel non navigant 

332
Nombre total d’entreprises qui composent l’industrie. Elles se répartissent comme suit :

  • services maritimes 46 %
  • croisières et excursions 20 % 
  • services portuaires 16 % 
  • traversiers et navettes fluviales 7 % 
  • transport de marchandises 5 % 
  • ports et administrations portuaires 5 % 

Source : Étude sectorielle sur les besoins de main-d’œuvre dans l’industrie du transport maritime, CSMOIM, 2020

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