/lifestyle/books
Navigation

«Noa»: voici un extrait du nouveau roman de Marc Levy

Marc Levy
Photo courtoisie, David Ken Marc Levy

Coup d'oeil sur cet article

Après l'immense succès critique et commercial de C'est arrivé la nuit et du Crépuscule des fauves - un million d'exemplaires en librairie - le nouveau roman de Marc Levy, Noa, paraîtra au Québec le 27 mai.

Chaque publication d'un roman de l'écrivain français Marc Levy est un événement. Noa est son 23e roman. Ses livres sont traduits en 50 langues et connaissent un succès international. Plusieurs d'entre eux ont été adaptés à l'écran. Depuis 20 ans, Marc Levy est l'écrivain français le plus lu en France (source GFK) et dans le monde, avec plus de 50 millions d'exemplaires vendus. 

Cette nouvelle mission du Groupe 9, des hackers qui oeuvrent pour le bien, présente une intrigue complexe sur fond de politique internationale, une tension dramatique extrême et un rythme soutenu. L'écrivain partage ses commentaires à ce sujet. «J’ai été profondément touché par l’enthousiasme qu’ont reçu les personnages du Groupe 9 et leur histoire. Les combats qu’ils mènent, et qui ils sont, me tiennent particulièrement à coeur. 

Plus que jamais, la force de la fiction me semblait importante pour relater les événements qui marquent notre temps, dénoncer les dérives des autocrates. J’ai eu envie d’entraîner les lecteurs dans un roman d’aventures et d’espionnage, ne ménageant ni le rythme ni le suspense. Je n’avais pas imaginé que cette fiction se confonde si vite avec la réalité.» 

Voici donc l'extrait de ce nouveau roman très attendu. 

À ne pas manquer dans l'édition du samedi 28 mai, l'entrevue avec Marc Levy. L'auteur sera en visite à Montréal le 30 mai et le 1er juin. 

Un extrait de Noa  

«À la prison d’Okrestina, Minsk, Biélorussie, vendredi matin. 

Depuis trois heures, Daria attend dans une salle attenante au parloir. Une pièce de douze métres carrés où la lumière du jour peine à traverser les barreaux d’une petite fenêtre. La banquette en métal peut accueillir trois personnes. Le mot «banquette» est flatteur pour une planche et un dosseret. 

Daria est seule, les droits de visite sont rares, les autorités n’en accordent presque jamais. Mais aujourd’hui c’est différent, Daria vient voir Nicolaï pour témoigner auprès des siens qu’il est en vie et en bonne santé. Cette rencontre a lieu chaque trimestre et ne dure que cinq minutes. Elle est la conséquence d’un événement à peine croyable qui s’est produit il y a deux ans. 

Nicolaï est la raison de cette histoire. 

Au printemps 2020, dans ce pays tenu d’une main de fer par un homme au pouvoir depuis vingt-sept ans, une jeune mère de famille, sans expérience ni ambition politique, remporta les élections. Lorsque les premiers bureaux de vote rapportèrent que son nom apparaissait sur la majorité des bulletins dépouillés, un escadron de policiers fut dépêché chez elle. 

Les hommes en uniforme avaient forcé la porte de son appartement, braquant leurs armes. Pour protéger ses deux enfants, Sviatlania fit rempart de son corps. L’émissaire du gouvernement qui les accompagnait dénotait, avec son complet noir et son chapeau-feutre. Les verres bombés de ses lunettes rondes cerclées d’un fil d’or agrandissaient la prunelle de ses yeux bleu azur. Il avait arpenté le salon du deux-pièces où vivaient Sviatlania et sa famille et s'était arrêté pour regarder attentivement les cadres posés sur une bibliothèque Ikea. Des photos précieuses pour Sviatlania et Nicolaï mais d’une banalité affligeante pour lui. Une photo de leur fils âgé de cinq ans, une autre de leur fille, une troisième où ils apparaissaient tous ensemble lors de vacances d’été ; on ne pouvait distinguer où elle avait été prise. Las, il les avait délaissées pour feuilleter quelques-uns des livres rangés sur les étagères, qu’il avait aussitôt reposés, ne trouvant rien de subversif dans cette littérature romantique. Puis, affichant un sourire effrayant, il avait prié Sviatlania de s’asseoir sur le canapé, en face du fauteuil en velours côtelé où il s’était installé, sans y avoir été invité. 

Elle avait échangé un regard avec son mari. Nicolaï avait pris les enfants sous sa protection, les serrant dans ses bras ; les policiers l’avaient laissé faire et Sviatlania avait obtempéré. 

— C’est ainsi que vous traitez votre nouvelle présidente? avait-elle osé le défier. 

Le sourire de l’homme s’était crispé. Il avait jeté un regard sur les gamins. 

— Comment le peuple aurait-il pu confier sa destinée à une jeune ménagère sans expérience, avec les enjeux du monde actuel, la crise économique dont l’Occident est responsable, les ingérences de nos voisins qui veulent notre perte pour accaparer nos richesses? 

— Quelles richesses? Le peuple que vous aimez tant évoquer se tue au labeur pour gagner à peine de quoi se nourrir et s’habiller, avait rétorqué Sviatlania. 

— Ne m’interrompez plus! Nous avons peu de temps avant que la situation ne dégénère et mes hommes ne brillent pas par leur patience. Où en étais-je ? Ah oui, au fait que vous avez de toute évidence perdu ces élections. 

— Votre présence ici prouve le contraire, avait objecté Nicolaï. 

L’émissaire ne releva pas. 

— Si vous aimez vraiment votre pays, vous ne souhaitez en aucun cas vous rendre coupable de graves troubles à l’ordre public, avait-il poursuivi d’un ton cynique. Bien que coupable, vous le soyez déjà, ce qui est regrettable. Heureusement pour vous, notre président est magnanime. Je crois même, sans prétendre parler à sa place, qu’il vous porte une certaine estime. Vous avez mené une belle campagne pour une personne de votre condition, une femme de surcroît. 

Vous vous êtes amusée, c’est bien, avait-il ajouté en faisant claquer sa langue. C’est important de s’amuser de temps en temps, sinon la vie serait si triste. Mais c’est fini. Dans un excès de générosité qui l’honore, notre président m’a chargé de vous transmettre une proposition que vous ne pourrez refuser tant elle est à votre avantage. À moins que vous ne soyez stupide, et ça, j’en doute.» 

Noa, Marc Levy. Éditions Robert Laffont / Versilio, 367 pages.

Marc Levy
Photo courtoisie, Robert Laffont

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.