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Pas de grande démission, mais beaucoup de mécontentement chez les moins de 35 ans

Un jeune sur deux pense changer d’emploi sous peu

Carmélia Victor
Photo courtoisie, Étienne Brière Carmélia Victor, une éducatrice spécialisée de 33 ans, a, au cours des derniers mois, décroché deux diplômes qui l’aideront à changer de carrière.

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Avec un taux de chômage à 3,9 % au Québec et une pénurie de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs, c’est un jeune de 35 ans et moins sur deux qui pense bientôt changer d’emploi.

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En ces temps de « grande démission », les gens sont de moins en moins capables de supporter certaines insatisfactions au travail. Aux États-Unis, ils ont été des millions à quitter leur emploi pendant la pandémie.

Ils sont beaucoup moins nombreux à l’avoir fait au Québec, mais ils y pensent, relèvent un tas d’études, dont la dernière en date vient de chez Léger, publiée au début du mois.  

« On voulait comprendre pourquoi c’est si difficile de retenir et de fidéliser les jeunes talents », explique Christian Bourque, vice-président de la firme de sondages. 

Il en ressort que 43 % des travailleurs de 18-34 ans cherchent ailleurs. 

« La proportion n’est pas différente chez ceux qui sont satisfaits de leur job ou chez ceux qui ne le sont pas », analyse le sondeur. 

Ils sont aussi 28 % à avoir déjà changé de boulot au cours des 24 derniers mois. 

Conclusion ? Les employeurs ont beau répondre à leurs « exigences de base », ça ne veut pas dire qu’ils vont rester.

Les jeunes doivent trouver que ce qu’ils font est pertinent et important. « Ils veulent faire une différence et constamment s’accomplir », résume M. Bourque. 

La population active de 15 à 34 ans au Québec était de 1 548 300 personnes en 2021, soit le tiers des 4,6 millions de travailleurs que compte la province. 

Écouter, écouter, écouter

À première vue, on ne peut pas dire que ce soit une mauvaise chose. Évidemment, ça vient avec son lot de défis.

« Ils ont un immense désir d’apprendre, de toucher à tout, de se développer continuellement. S’ils n’ajoutent pas des cordes à leur arc chaque année, c’est là qu’ils se tannent et qu’ils vont voir ailleurs », observe Marc-André Lanciault, copropriétaire et chef de la technologie chez illuxi.

Comme son associé Philippe Richard Bertrand, le patron de la boîte de formations en ligne est bien placé pour en parler : 15 des 20 employés d’illuxi ont moins de 35 ans. 

Ils sont développeurs, gestionnaires de projets, vendeurs. 

« Tu ne peux pas engager un millénial et lui dire “voici ce que tu vas faire, voici les objectifs” et penser que ça va durer comme ça pendant les quatre ou cinq prochaines années. Il faut changer ça, upgrader ça constamment », raconte le patron. 

Il donne l’exemple de son « top vendeur », qui a maîtrisé l’art de la technique de vente pour ce qu’illuxi offre. 

« Il a besoin d’un nouveau défi, il veut toucher à quelque chose d’autre », poursuit le chef de la technologie. 

Faire ses classes

Dans un tout autre domaine, c’est aussi ce que vit l’éducatrice spécialisée de 33 ans Carmélia Victor. 

« Ça fait plus de 10 ans que je fais ça. Je ne me vois pas finir ma vie professionnelle comme éducatrice spécialisée, je vais toujours l’être dans l’âme, c’est en moi, mais je me vois faire autre chose », dit-elle candidement. 

Elle est arrivée à une « nouvelle étape » de sa vie et souhaite « utiliser d’autres talents ». 

Carmélia Victor s’est aussi donné les moyens de ses ambitions, en complétant un certificat en marketing à HEC Montréal pendant la pandémie. 

« Ça me fait penser à une crise d’adolescence, je suis dans le processus de découvrir ce que j’aimerais faire », rigole-t-elle. 

Elle a aussi en poche une attestation de spécialisation professionnelle en entrepreneuriat. Mais avant de se lancer en affaires, elle va d’abord aller faire ses armes dans son nouveau domaine. 

« Je suis prête à faire mes classes », lance-t-elle.

La grande démission, qu’est-ce que c’est ?  

L’expression Grande Démission est née aux États-Unis pour désigner le phénomène de démission massive et soudaine de millions de travailleurs. Il a débuté durant l’hiver 2021. Il a été provoqué par les bouleversements du mode de vie qu’a amenés la pandémie. La grande majorité de ceux qui ont décidé de démissionner seraient des personnes âgées prenant leur retraite plus tôt ou des jeunes quittant leur travail du jour au lendemain.

Une insatisfaction au travail qui transcende les générations  

Comme les préjugés sont répandus sur les jeunes employés, notamment celui selon lequel ils ne veulent pas travailler, Léger a voulu mettre une autre histoire en lumière. Ce que les sondeurs ont constaté dépasse la jeune génération : peu importe l’âge, les Québécois sont insatisfaits au travail.

Raisons pour lesquelles les employés ont quitté leur emploi ou leur secteur d’activité  

  • Augmentation de la rémunération ou du salaire 9 %  
  • Changement de carrière/volonté de se renouveler 9 %  
  • Avancement professionnel 7 %  
  • Rapport avec leur domaine d’études 6 %  
  • 22 % des réponses sont liées à l’avancement ou à la pertinence professionnelle      

Raisons de rechercher un nouvel emploi  

  • Meilleure rémunération 13 %  
  • Possibilités de promotion et d’avancement professionnel 12 %  
  • Changement de carrière ou nouvel environnement 12 %  
  • Fin des études/migration vers son domaine d’études 5 %  
  • 29 % des réponses sont liées à l’avancement ou à la pertinence professionnelle      

Un gros roulement de personnel  

  • 28 % des personnes actuellement ou récemment employées ont quitté volontairement leur emploi ou changé de secteur d’activité au cours des deux dernières années   
  • 43 % des personnes actuellement employées sont susceptibles de chercher un nouvel emploi dans les deux prochaines années      

Les types d’employés et la probabilité qu’ils quittent leur poste  

Le pilier (16 % de la main-d’œuvre)

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En temps de pénurie de main-d’œuvre, le pilier présente un risque plus faible de quitter son poste ; cependant, il est moins heureux au travail que le fonceur. Bien qu’il soit loyal, il subit un stress financier et est aux prises avec son environnement de travail. Ces personnes veulent travailler dans un environnement « attentionné », « compréhensif » et « favorable ».

Le loup solitaire (18 % de la main-d’œuvre)

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Alors que le phénomène de la grande démission menace, le loup solitaire présente un risque moindre de quitter son poste. Ce segment est assez individualiste ; il est à l’aise avec lui-même et sait ce qu’il veut. Son environnement de travail idéal est « flexible » et « modulable ». Il est le plus susceptible de préférer le travail à distance.

Le fonceur (41 % de la main- d’œuvre)

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En cas de grande démission, le fonceur présente un risque moindre de quitter son poste. C’est une excellente nouvelle pour les employeurs, car ce segment représente une proportion importante de la main-d’œuvre. Ces personnes veulent travailler dans un environnement « amusant » et « agréable ».

Le flâneur (15 % de la main- d’œuvre)

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Dans une conjoncture de grande démission , le flâneur présente un risque élevé de quitter son poste. Il est profondément malheureux et ne trouve pas de but ni de sens à sa vie ; son travail ne représente « qu’un emploi » et pas une carrière. Il a le plus de mal à décrire le lieu de travail idéal pour lui. 

Le rêveur (9 % de la main- d’œuvre)

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Lorsque la grande démission se pointe à l’horizon, le rêveur présente un risque très élevé de quitter son poste. Il peut être facilement attiré par un salaire plus élevé et des promesses de quelque chose de « mieux », même s’il ne sait pas vraiment ce qui le rendra heureux en fin de compte. Ce segment est susceptible de penser que l’herbe est plus verte ailleurs. Son lieu de travail idéal est « amusant » et « flexible ».

Méthodologie : le sondage Repenser les RH pendant la Grande Démission a été réalisé du 15 novembre au 1er décembre 2021, auprès de 3008 Canadiens qui sont actuellement employés, ou qui vont bientôt se joindre au marché du travail ou le réintégrer. À titre de comparaison, un échantillon probabiliste de cette taille donnerait une marge d’erreur qui ne dépasserait pas ±1,8 % (19 fois sur 20).

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