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Pas d’autre choix que de fermer le dimanche

Le manque de personnel et la fatigue due à la pandémie ont forcé de nombreux commerces à revoir leurs horaires

Dossier fermeture des commerces le dimanche
Photo Diane Tremblay Marianne De Angelis, directrice du resto-pub l’ImMédia à Québec, a choisi de fermer le dimanche afin d’avoir un jour de congé.

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Accablés par la pénurie de main-d’œuvre et la fatigue pandémique, des commerçants et restaurateurs sont de plus en plus nombreux à afficher « fermé » le dimanche ou un autre jour de la semaine afin de soulager leurs employés.

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« C’était une décision purement humaine et non une décision d’affaires », explique Geneviève Gagnon, présidente des quincailleries Gagnon, implantées notamment dans les Laurentides, en Outaouais et en Montérégie.

Dès le début de la pandémie de COVID-19, son entreprise a décidé d’en finir avec le 7 jours sur 7 et de prendre congé le dimanche afin de permettre d’abord à ses employés de se reposer dans une période d’incertitude et durant laquelle les quincailleries étaient très achalandées.

Devant les effets bénéfiques, elle n’a jamais envisagé de revenir en arrière.

Son entreprise peut garder et attirer plus facilement du personnel en contexte de pénurie de main-d’œuvre, en plus de « moins diluer » son expertise et d’offrir un meilleur service aux clients, explique-t-elle.

Les quincailleries comme la sienne sont nombreuses à fermer désormais le dimanche. 

D’ailleurs, l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction continue de demander au gouvernement d’imposer une fermeture à toute son industrie ce jour-là.

Difficile pour les restaurants

Toutefois, ce n’est pas toujours de gaieté de cœur que les entrepreneurs prennent ce genre de décision, comme en témoignent plusieurs autres commerçants consultés par Le Journal (voir autres textes plus bas).

Le restaurant L’Express, véritable institution à Montréal, qui était ouvert tous les jours sauf à Noël, est fermé maintenant deux jours par semaine, le dimanche et le lundi, depuis la pandémie.

« On a l’impression qu’on ne remplit pas notre mission, déplore le propriétaire, Mario Brossoit. Ça nous fait beaucoup de peine, et à nos clients aussi. »

Il « se fend en quatre » pour trouver le personnel nécessaire afin d’ouvrir au moins un jour de plus, mais il est encore très loin du but, puisqu’il perd « le tiers » de son chiffre d’affaires habituel.

« On fonctionne à peine avec plus que la moitié du personnel. On a des annonces partout depuis un an et il n’y a pas de résultat », observe M. Brossoit

Une journée de congé

À Québec, le resto-pub l’ImMédia vit une situation semblable. La directrice, Marianne De Angelis, doit fermer le dimanche, sans quoi elle ne pourrait prendre congé.

« Pour nous, c’est la solution et ce n’est vraiment pas parce qu’on est au-dessus de nos affaires, mais c’est la seule façon pour que nous aussi, on puisse arrêter », explique-t-elle.

Dans la restauration en général, la pénurie de main-d’œuvre est si grave que les jours de fermeture sont devenus « monnaie courante » au cours des dernières années, selon Martin Vézina, de l’Association restauration Québec.

En août 2021, un sondage CROP avait révélé que les deux tiers des Québécois étaient d’accord avec la fermeture des commerces non essentiels le dimanche. Le gouvernement Legault avait toutefois fermé la porte à imposer cette mesure qui divisait dans différentes industries. 

Également ouverts moins souvent  

LES AFFAIRES ROULENT

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Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault

Une boutique de cadeaux du centre-ville de Joliette, dans Lanaudière, qui n’ouvre plus le dimanche depuis sept ans a décidé de faire de même le lundi sans grande perte financière. 

« Ça n’a pas affecté notre chiffre d’affaires, on l’a expliqué à nos clients, ils l’ont très bien compris et ils reviennent d’autres jours », affirme Claudine Coutu (à gauche), copropriétaire avec sa fille, Caroline Gagnon, de la boutique Amandine.

« Souvent, les lundis, ce sont des retraités ou des gens qui travaillent 3-4 jours semaine », ajoute Mme Gagnon.

La boutique sera toutefois ouverte sept jours sur sept en décembre à l’occasion du Marché de Noël de Joliette.

- Simon Dessureault, collaboration spéciale


DU TEMPS EN FAMILLE

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Photo courtoisie

Une meilleure qualité de vie et du temps en famille, cela compte beaucoup pour Sylvain Houle-Gélinas, propriétaire de la pharmacie Uniprix, à Louiseville, en Mauricie.

« Je suis peut-être vieux jeu, mais je trouve que ça pourrait être bénéfique sur l’aspect humain si c’était une tendance qui était répandue dans d’autres entreprises. Lorsque tu es fermé le dimanche, cela permet aux gens de passer une journée avec leurs proches la fin de semaine. » 

Le pharmacien depuis- 23 ans a commencé à fermer les portes de son commerce le dimanche en mars 2020 lorsque la COVID-19 a frappé.

Il voulait donner un répit à ses employés durant cette période stressante, mais il s’est aussi rendu compte que cette décision est profitable dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. 

« Le fait d’avoir automatiquement une journée de congé la fin de semaine est un atout pour attirer des employés. »

- Louis-Antoine Lemire, collaboration spéciale


AIDÉS PAR LEURS ENFANTS

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

Le restaurant libanais Taouk à Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud de Montréal, a d’abord dû fermer le dimanche, puis le lundi depuis la pandémie.

Le personnel est si difficile à trouver que le fils des propriétaires et sa sœur, qui sont respectivement diplômés en marketing et en finance à l’Université Concordia, sont venus travailler à temps plein pour prêter main-forte.

« Mes parents ont donné beaucoup au cours de ma vie, explique Steve Metlej. C’est le minimum que je peux faire, d’aider avec la business. »

« Ça me fait mal au cœur que mes enfants, qui ont perdu beaucoup de temps à étudier et à graduer dans le domaine qu’ils voulaient, finissent à travailler dans un restaurant », déplore son père, Marwan Metlej. 

L’entreprise perd beaucoup de revenus en fermant deux jours par semaine et attend impatiemment l’arrivée de nouveaux curriculum vitæ


UNE DÉCISION TEMPORAIRE DEVENUE PERMANENTE

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Photo Diane Tremblay

Même avec les heures réduites, il y a manque de personnel, constatent Andrée Roberge et Josée Pilote, propriétaires de Chant-O-Fêtes Party, à Québec.

Depuis le début de la pandémie, l’horaire du magasin est modifié. Il ferme les dimanches et lundis et les heures sont restreintes les jeudis et vendredis. 

« On n’a jamais été capables de rouvrir comme avant parce qu’il n’y a pas assez d’employés. On travaille déjà 50 heures par semaine. C’est assez », relatent-elles.

Elles ont dû renoncer à rouvrir le dimanche qui était pourtant une journée « très rentable ». Elles ont également dû abandonner certains volets liés au secteur événementiel parce qu’elles n’ont pas la main-d’œuvre nécessaire. 

« Malgré tout, on est là encore. C’est notre gagne-pain. C’est notre bébé ».

- Diane Tremblay


UNE QUESTION DE SANTÉ MENTALE

Ce n’est pas de gaieté de cœur que Marianne De Angelis et sa mère ont pris la décision de fermer leur restaurant les dimanches, depuis 2019, et les lundis, à partir de l’année suivante.

« C’est la nouvelle réalité. Ça fait une couple d’années que ça s’installait, mais là, c’est rendu dramatique, voire même cauchemardesque, le manque d’employés », confie Marianne, du resto-pub L’ImMédia, une institution à Québec depuis 30 ans. 

« Il y a un avantage, ça préserve notre santé mentale, ajoute-t-elle. On a une bonne équipe, mais c’est rendu vraiment lourd de gérer du personnel. Les gens ont beaucoup de demandes », souffle-t-elle. 

Pour pouvoir donner du répit à ses employés et s’autoriser une pause, le restaurant ferme durant les vacances de la construction, ainsi qu’entre Noël et le jour de l’An.  

Selon Mme De Angelis, cette tendance est là pour de bon. 

- Diane Tremblay

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