/finance/business
Navigation

Deux fois plus d'investissements pour l’industrie automobile ontarienne que pour l’aéronautique québécois

Le virage électrique de l’industrie ontarienne coûte très cher aux contribuables de l’ensemble du Canada

STELLANTIS-CANADA/
Photo Reuters Le premier ministre Justin Trudeau s’est rendu dans un centre de recherche de Stellantis, à Windsor, en Ontario, le 2 mai dernier, pour une annonce d’aide fédérale. Stellantis est le géant formé par la fusion de Fiat Chrysler et du constructeur français PSA.

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement Trudeau a versé au moins 1,4 milliard $ à l’industrie automobile ontarienne depuis 2018, soit plus du double des 660 millions $ qu’il a consacrés à l’industrie aéronautique québécoise pendant la même période, révèle une compilation effectuée par Le Journal.

• À lire aussi: Un milliard $ de plus des gouvernements dans l’industrie automobile

Mis en place en 2018, le Fonds stratégique pour l’innovation (FSI) a attribué près de 3,7 milliards $ à une cinquantaine de projets en Ontario, soit plus de 60 % de l’aide versée jusqu’ici dans le cadre de ce programme.

Les géants de l’automobile General Motors (GM), Ford, Toyota, Honda, Stellantis (Chrysler) et Linamar (pièces) ont reçu 1,4 milliard de dollars en tout dans le cadre du FSI.

Au Québec, le FSI a investi un peu plus de 1,2 milliard de dollars dans une vingtaine de projets issus de différentes industries, soit environ 20 % du total.

Les principaux bénéficiaires du FSI au Québec ont été les leaders de l’aéronautique CAE (340 millions de dollars) et Bell Textron Canada (201 millions $), ainsi que la pharmaceutique Medicago (173 millions $).

Une course mondiale

La plupart des investissements automobiles financés par Ottawa dans le cadre du FSI visent la conversion d’usines de véhicules à essence en installations d’assemblage de véhicules hybrides ou électriques.

«Plusieurs grands joueurs étant arrivés à un stade où des décisions d’investissements de grande envergure étaient mûres, le Canada se devait d’être un joueur actif dans ce domaine», explique Sean Benmor, porte-parole du ministère fédéral de l’Innovation.

«Les États et les provinces sont actuellement engagés dans une course mondiale pour attirer ces activités-là», souligne Yan Cimon, professeur de gestion à l’Université Laval et spécialiste du secteur automobile.

«L’industrie canadienne doit absolument prendre ce virage-là pour rester pertinente, donc ce n’est pas étonnant qu’on voie beaucoup d’investissements», ajoute-t-il.

Pas le choix d’aider les étrangers

À ses yeux, le gouvernement fédéral et l’Ontario n’avaient pas vraiment d’autre choix que de subventionner les constructeurs étrangers.

«Le Canada [...] ne peut pas faire l’économie d’appuyer son secteur automobile pour le pivot qui s’en vient, parce que, sinon, l’empreinte canadienne dans l’industrie mondiale risquait de péricliter. Les activités à valeur ajoutée et les emplois de qualité seraient allés ailleurs», soutient M. Cimon.

Dimitry Anastakis, professeur à l’école Rotman de l’Université de Toronto, est du même avis.

«Rien ne garantissait que l’Ontario allait construire les voitures des prochaines générations», dit-il, en rappelant que l’Australie ne compte plus aucune usine automobile alors qu’elle en a déjà eu plusieurs.

Le double défi de l’aéronautique

M. Cimon prévient toutefois qu’Ottawa doit s’assurer de ne pas négliger le secteur zaéronautique, qui fait également face au double défi de se relever de la pandémie et de verdir ses produits.

«Même si l’industrie automobile vit actuellement un tournant important, ce n’est pas mutuellement exclusif avec le besoin d’avoir une industrie aérospatiale saine et forte», note-t-il.

Dans son budget de l’an dernier, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a mis de côté 1,75 milliard de dollars pour l’industrie aéronautique dans le FSI et 250 millions de dollars pour les petites et moyennes entreprises du secteur.

Pas le seul appui fédéral

Notons que de 2008 à 2017, les entreprises aéronautiques québécoises ont reçu près de 1,7 milliard de dollars dans le cadre de l’Initiative stratégique pour l’aérospatiale et la défense (ISAD) d’Ottawa.

Pendant la même période, le secteur automobile ontarien a obtenu 570 millions de dollars grâce au Fonds d’innovation pour le secteur de l’automobile.

Il faut toutefois ajouter à cela les pertes de 3,5 milliards $ encourues par Ottawa et l’Ontario lors du sauvetage de GM et de Chrysler, en 2009, dont environ les deux tiers (2,3 milliards $) ont été subies par le gouvernement fédéral.

L’auto pourtant moins importante

L’Association canadienne des constructeurs de véhicules estime que l’industrie automobile apporte une contribution économique de 16 milliards $ par année et génère 135 000 emplois directs.

De son côté, l’Association des industries aérospatiales du Canada évalue à plus de 22 milliards $ sa contribution à l’économie. Le secteur donnait du travail à 207 000 personnes en 2020, soit 27 900 emplois de moins qu’avant l’arrivée de la COVID-19.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.