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En santé, la communication est primordiale

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Une salle d’attente ou une chambre d’hôpital ne doit jamais être un lieu de confrontation politique.

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D’ici peu, le projet de loi 96 visant à « moderniser » la loi 101 sera adopté. Sans surprise, dès qu’il est question d’agir sur le front linguistique, même trop peu, la controverse s’emballe. Cette fois-ci ne fait pas exception.

Des avocats anglophones promettent des poursuites en cour. Des milliers de Québécois, anglophones et allophones, ont manifesté contre le PDL 96, qu’ils jugent draconien. Quelques centaines de francophones l’ont fait, mais pour dire au gouvernement Legault qu’il ne va pas assez loin.

Parce que le gouvernement caquiste recouvre le PDL 96 de la clause dérogatoire pour tenter de prévenir les contestations juridiques, le Quebec Community Groups Network l’accuse aussi de s’en prendre aux droits de tous les Québécois.

Parmi les craintes soulevées est celle de ne plus pouvoir être soigné ou recevoir des services sociaux dans une langue « autre que le français ». Or, au Québec, le droit d’être soigné en anglais est bétonné.

L’art. 15 de la Loi sur la santé et les services sociaux le reconnaît explicitement : « Toute personne d’expression anglaise a le droit de recevoir en langue anglaise des services de santé et des services sociaux ». Le PDL 96 ne le modifie en rien.

Accommodements linguistiques

François Legault l’a dit, mais tardivement. Pendant ce temps, la peur de ne plus être soigné en anglais s’est installée dans le milieu de la santé. Or, dans le réseau de santé et de services sociaux, les gens s’accommodent déjà fort bien entre eux. Et ça fonctionne. Pas toujours, mais souvent. 

La réalité est qu’au Québec, les institutions publiques de santé, qu’elles soient dites francophones ou anglophones, doivent servir tous ceux qui frappent à leur porte, nonobstant leur langue ou leurs origines. 

Comme spécialiste de longue date de la question linguistique, je le sais. Comme ex-patiente et ex-bénévole en oncologie et aux soins palliatifs à l’hôpital anglophone Royal Victoria, je le sais aussi d’expérience personnelle.

J’y ai vu les bienfaits sur le bien-être des patients des accommodements linguistiques qui, quotidiennement, se font naturellement. Une fois bénévole, je l’ai fait à mon tour.

J’y ai parlé en français ou en anglais avec les patients, selon leurs besoins. Pour les autres langues, on se débrouillait aussi quand les ressources le permettaient.

J’avais beau être une journaliste connue entre autres pour ma défense acharnée de la langue française – j’écrivais en plus à l’époque pour The Gazette (!) –, j’ai vite compris qu’une salle d’attente ou une chambre d’hôpital ne doit jamais être un lieu de confrontation politique.

Communication primordiale

Récemment, ma sœur a été hospitalisée dans un hôpital francophone. J’y ai vu le même empressement aux mêmes accommodements linguistiques. En santé, la communication est primordiale.

Ce qui, disons-le, se passe mille fois mieux ici qu’au Canada anglais. Là où se faire soigner en français est une mission très souvent impossible.

Cela dit, il est vrai que l’État québécois a abandonné depuis longtemps son propre devoir d’exemplarité en matière d’usage du français avec les citoyens. Le projet de loi 96 tente de corriger le tir.

Il est cependant aussi vrai que ça ne saurait s’appliquer à la relation soignant-soigné. Heureusement, l’article 15 de la loi sur la santé assure que ça ne se produise pas.

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