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Quand on accepte l'inacceptable

TOPSHOT-AFGHANISTAN-MEDIA-WOMEN-RIGHTS-TALIBAN
Photo AFP

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C’est une image absolument terrorisante 

Une femme présente les nouvelles à la télévision et presque tout son visage est caché sous un tissu noir. Elle ne porte pas le deuil. Elle fait le deuil de sa dignité, le deuil de son identité. 

Sa bouche et son nez sont recouverts d’un tissu noir, comme si elle était bâillonnée, muselée, réduite au silence.

Comment se fait-il que cette image de présentatrice afghane forcée (comme toutes ses collègues) de se cacher le visage par les talibans n’ait pas provoqué plus de réactions en Occident ? 

  • Écoutez l'édito de Sophie Durocher diffusé chaque jour en direct 7 h 50 via QUB radio :

CACHEZ CETTE FEMME !

J’imagine qu’il faut remercier les talibans qui n’ont pas exigé que les présentatrices lisent les nouvelles en portant la burqa. J’imagine qu’ils se sont dit que les femmes auraient de la difficulté à lire le télésouffleur à travers les petits trous du grillage. 

Mais vous vous demandez peut-être pourquoi ces joyeux lurons du ministère de Promotion de la vertu et de la prévention du vice n’ont pas tout simplement interdit aux femmes de présenter des infos à la télé. 

La réponse est simple : en les gardant à l’antenne mais en les camouflant derrière cette muselière, les talibans envoient un message clair : le corps des femmes, leur bouche, leur nez, leurs oreilles, leurs cheveux sont dangereux. Ils savaient pertinemment que cette image d’une femme aux yeux tristes allait faire le tour du monde. 

Quand j’ai vu cette photo, j’ai immédiatement pensé à La servante écarlate. Dans le cas de cette fiction, les femmes asservies sont obligées de porter un vêtement rouge qui les efface de l’espace public. Dans le cas réel, les femmes asservies sont obligées de porter un vêtement noir. 

Pendant qu’en Afghanistan, les femmes sont forcées de se cacher le visage à la télévision, ici en Occident, on banalise le voile en l’incluant dans des publicités. 

Quand ce n’est pas une compagnie sportive qui nous montre une athlète complètement couverte par un immense vêtement ample qui cache son corps, ce sont des banques, des associations de dentistes, des quincailleries qui nous montrent la « diversité » avec des femmes voilées, parfois même des fillettes.

Bien sûr, dans un cas le voilement est forcé, dans l’autre, il est choisi. Mais l’image qui nous est donnée du corps de la femme n’est-elle pas la même ? 

Par solidarité avec leurs collègues féminines forcées de se cacher le visage, les présentateurs de télé masculins en Afghanistan ont porté un masque noir.

Par solidarité avec leurs « sœurs afghanes », elles ont fait quoi, les féministes occidentales ? Elles n’ont rien fait. 

Elles étaient trop occupées, j’imagine, à écrire des chroniques sur l’horreur du patriarcat occidental, sur le « mansplaining » (quand un homme explique à une femme une chose qu’elle sait déjà) ou sur le « manspreading » (quand un homme écarte ses jambes dans les transports en commun).

  • Écoutez la chronique de Karine Gagnon à l’émission de Sophie Durocher diffusée chaque jour en direct 17 h 30 via QUB radio : 

SOUMISSION

Quand on a senti que l’avortement était menacé aux États-Unis, on a dénoncé le contrôle du corps des femmes. Mais quand les talibans contrôlent le corps des femmes en les transformant en « servantes obscures », il faudrait se taire ? Ça me rend écarlate. 

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