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Des crimes d'honneur... en 2022

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Je reviens de deux semaines de vacances en Espagne.

À Barcelone, une affaire fait grand bruit. Elle aura, vous verrez, un air familier.

Anisa et Arooj Abbas, deux sœurs âgées de 21 et 24 ans, arrivèrent en Catalogne quand elles étaient des enfants, en provenance du Pakistan, accompagnées de leur mère.

Le reste de la famille, restée au Pakistan, a décidé qu’elles marieraient, que cela leur convienne ou pas, deux cousins. 

Après le mariage, ces derniers pourraient légalement quitter le Pakistan et les retrouver en Espagne.

Torturées

Les deux sœurs refusent. Elles fréquentaient deux hommes de leur choix en Espagne.

La famille les attire au Pakistan en prétextant vouloir clarifier l’affaire par le dialogue et la raison. 

Une fois là-bas, les deux jeunes femmes réitèrent leur refus de ces mariages forcés.

Elles sont alors emprisonnées, torturées et assassinées par leurs « maris », oncles, frères et par d’autres cousins. Le rôle du père n’est pas clair.

Ils forcèrent la mère, enfermée dans une pièce voisine, à écouter les cris de ses filles pendant qu’on les martyrisait.

Neuf hommes seraient impliqués, dont sept sont présentement sous les barreaux.

La mère refuse d’identifier les bourreaux.

Les mariages forcés sont une pratique courante dans cette partie du monde, mais aussi, rapportent les médias espagnols, au sein des communautés ayant déjà émigré en Europe ou en Amérique du Nord.

En Occident, ils sont évidemment cachés. 

On trouvera aussi, sans difficulté, dans nos propres sociétés, nombre d’imbéciles étouffés dans leurs bons sentiments et leur « ouverture à l’Autre » pour relativiser, tergiverser, plaider le cas isolé, le danger de « l’amalgame », nos propres fautes, etc.

Les assassinats dits « d’honneur » sont, pour leur part, fréquents au Pakistan, en Inde, au Bangladesh et en Afghanistan, là où sévit l’islam le plus rétrograde.

L’an dernier, on a recensé 480 crimes « d’honneur » seulement au Pakistan. 

Imaginez le nombre non rapporté.

Imaginez la conception de l’honneur qu’il faut avoir pour tuer des femmes au nom de celui-ci.  

On pense évidemment ici à l’affaire Shafia, survenue au Canada il y a peu.

On objectera qu’un homme qui tue une femme parce qu’il la considère comme sa propriété personnelle n’est pas exclusif à une religion ou à une partie du monde.

Mais ce qui est exclusif, oui, à une aire géoreligieuse, c’est la persistance d’une culture clanique profondément enracinée qui trouve cela normal et l’enrobe de considérations sur un « honneur » supposément bafoué par le libre arbitre de la femme.

  • Écoutez l'édito de Joseph Facal à l'émission de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 8 h via QUB radio :

Utopie

On doit tirer de cette tragique affaire – loin d’être la seule – au moins un questionnement et deux conclusions générales.

Jusqu’à quel point des politiques de réunification familiale sans doute bancales et naïves ne favorisent-elles pas l’exportation de ces attitudes dans nos propres sociétés ?

Ensuite, il y a bel et bien un choc des civilisations.

Enfin, une partie des gens qui arrivent en Occident, dont la proportion est difficile à estimer, a des valeurs si radicalement contraires aux nôtres que son intégration authentique est une funeste utopie.  

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