/opinion/columnists
Navigation

Le meurtre de masse comme phénomène social

US-SCHOOL-CRIME-TEXAS-SHOOTING-WEAPONS
Photo AFP Rosa Gonzalez, comme des dizaines d’autres hier, pleurait la mort d’un des 19 enfants tués à Uvalde, au Texas.

Coup d'oeil sur cet article

À chaque massacre américain, le rituel est le même: la planète, effarée, se demande pourquoi les États-Unis sont incapables de réguler les armes à feu. 

On comprend pourquoi. Vue de loin, la culture des armes à l’américaine révulse. D’ailleurs, bien des Américains s’en désolent aussi, même si le système politique américain rend à peu près impossible une législation de grande envergure qui viendrait limiter significativement leur circulation ou, du moins, qui ne permettrait pas d’y avoir accès aussi facilement.

Mais une fois cela dit, on a dit peu de choses.  

  • Écoutez la rencontre Mathieu Bock-Côté et Richard Martineau, diffusée chaque jour en direct à 10h, sur QUB radio:  

Armes

Car une partie de l’essentiel se trouve ailleurs. 

Comment expliquer, au cœur de la culture américaine, la circulation de ces pulsions morbides qui poussent certains individus à contempler le néant, à idolâtrer le mal, en s’imaginant que c’est en mimant le diable qu’ils pourront devenir roi du monde. 

Qui s’en prend à une école ne s’en prend pas à un lieu comme un autre: il s’attaque à un lieu qui devrait être sanctuarisé. Qui s’en prend aux enfants s’en prend au visage même de l’innocence. 

Celui qui attaque une école où se trouvent des enfants pour les massacrer est conscient de commettre la plus grande transgression qui soit. Il commet un acte que l’on pourrait dire diabolique.

On se posera alors une question simple et complexe: que s’est-il passé pour que la société américaine canalise ces pulsions au cœur de la vie sociale? 

Comment le carnage est-il devenu un phénomène social récurrent? 

Par quelle malédiction les tueurs en viennent-ils à vouloir s’imiter entre eux? 

Je dis cela sachant que de telles questions semblent étranges dans notre monde qui ne prend plus le mal au sérieux, et qui tend à le réduire à la maladie mentale. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

On comprend ce réflexe: le mal est un problème métaphysique, mystérieux, une énigme à jamais indéchiffrable au cœur de la nature humaine. 

La maladie mentale est un mal soignable, qu’on peut prendre en charge, qu’on peut espérer, un jour lointain, guérir, grâce aux progrès de la psychiatrie. 

Tout cela touche notre conception de l’être humain. 

Le monde moderne a voulu croire, à la suite de Jean-Jacques Rousseau, que l’homme est fondamentalement bon, et que c’est la société qui le corrompt. 

Il a voulu croire qu’un jour, nous trouverons une société suffisamment avancée qui transformera le mal en problème résiduel, condamné à disparaître. Mais telle n’est pas la vérité de la nature humaine.

Dans le cœur de l’homme, le bien et le mal s’entremêlent. 

Diabolique

Et dans le cœur de certains hommes, le mal domine, envoûte, hypnotise. 

Le drame de la société américaine est qu’elle est à ce point abîmée qu’elle permet à ces détraqués de semer la mort autour d’eux, de détruire un monde qu’ils conspuent et veulent réduire en cendres. 

On l’a encore vu au Texas, qui nous a rappelé que la vie terrestre prend quelquefois le visage de l’enfer sur terre.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.