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Tuerie au Texas: la vie comme un jeu vidéo

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Chaque fois qu’il y a une fusillade chez nos voisins du Sud, on relance le sempiternel débat sur les armes à feu. 

Certes, il faut resserrer les règles concernant l’accès aux armes à feu.

Mais il faut aussi remonter aux sources du problème et se demander: «Qu’est-ce qui pousse un homme à prendre une arme semi-automatique et à abattre des innocents?»

Le terroriste, lui, a une cause. Aussi stupide soit-elle. Mais le sociopathe? Qu’est-ce qui le pousse à se transformer en machine à tuer?

ULTRAMODERNE SOLITUDE

En 2000, le sociologue américain Robert D. Putnam a publié un essai important sur la solitude en milieu urbain et la dislocation du tissu social: Bowling Alone.

À l’aide de graphiques et de statistiques, il démontrait que, depuis les années 1950, la quantité et la fréquence des relations interpersonnelles étaient en chute libre. 

Le titre de son essai lui est venu lorsqu’il a constaté que, dans la ville où il demeurait, de plus en plus de gens allaient jouer aux quilles seuls. 

Il s’est demandé: «Comment peut-on expliquer ce phénomène social? Et quels sont les impacts à long terme de la solitude et de l’aliénation sur un être humain?» Il a découvert qu’il existait un lien direct entre la sociabilité d’une personne et sa santé physique et psychologique.

L’être humain est un animal social («Aucun homme n’est une île», disait le poète John Donne).

Plus un individu a le sentiment d’appartenir à une communauté, mieux il se sent. Or qui connaît le nom de ses voisins, maintenant?

Quelles familles respectent encore la tradition du souper dominical?

Nous sommes chacun devant notre écran, les parents ne connaissent pas vraiment les amis de leurs enfants et n’ont jamais rencontré les parents de ceux-ci, on parque les vieux dans des maisons situées à l’orée de la ville, les gens ne discutent plus sur le parvis de l’église, les citoyens s’impliquent de moins en moins politiquement, on ne croise plus nos cousines et nos oncles qu’aux funérailles.

On passe d’un emploi à l’autre, d’une relation à l’autre... On se masturbe devant un écran, fait du télétravail, échange des banalités avec des gens qu’on n’a jamais vus et qu’on ne verra probablement jamais, et qui ne lèveront jamais le petit doigt si, un jour, nous nous retrouvons dans le pétrin.

Notre tissu social se disloque à la vitesse grand V... Notre vie sociale est tellement pauvre qu’on est rendu à dire que Facebook est un média «social»!!!  

TOUT SEUL ENSEMBLE

Avant, le travail était un milieu de socialisation.

C’est maintenant rendu une jungle. Idem pour l’école. Tout le monde se juge, tout le monde est en compétition avec tout le monde... La vie est un jeu vidéo, tu cours à toute vitesse en essayant d’éviter les roches qui tombent du ciel et les fosses qui s’ouvrent devant tes pieds...

Et si tu es trop stressé, il y a la SQDC.

La phrase qui résume le mieux notre époque est la réplique de Michael Douglas dans Wall Street: «Tu veux un ami? Achète un chien!»

Après, on se demande pourquoi autant de gens pètent les plombs...

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec psychologue et conférencier professionnel sur QUB radio :

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