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Fusillade au Texas: entre tristesse et incompréhension, Uvalde pleure ses 21 victimes

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UVALDE, Texas | Entre les larmes et les étreintes, l’émotion était palpable devant l’école primaire Robb de la petite ville d’Uvalde mercredi qui pleure ses victimes au lendemain de la tragédie qui a fait 21 morts, a constaté Le Journal.

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«J’ai grandi en face de l’école primaire, je suis allée dans cette école, mes enfants et mes petits-enfants vont dans cette école, et je ne peux pas croire ce qui s’est passé», laisse tomber Zinna Aguilera, 61 ans, rencontrée en face de l’établissement qui a été le théâtre d’une énième fusillade meurtrière.

Zinna Aguilera, 61 ans, demeure en face de l’école où elle a étudié.
Photo Clara Loiseau
Zinna Aguilera, 61 ans, demeure en face de l’école où elle a étudié.

Pour elle, il est difficile d’imaginer que mardi, Salvador Ramos, 18 ans, y a fait irruption avec un fusil d’assaut, s’est barricadé dans une salle de classe et a commencé à tirer sur des élèves de 8 à 10 ans, et deux enseignants présents, avant d’être abattu par la police. 

«C’est une ville tellement tranquille. On connaît tous une ou malheureusement plusieurs victimes, on les a vus grandir», lance-t-elle, la gorge serrée et en ne quittant pas du coin de l’œil l’établissement scolaire, devenu un symbole de la folie des armes à feu aux États-Unis.

Une femme réconforte une jeune fille pendant la vigile hier soir en mémoire des victimes de la fusillade.
Photo AFP
Une femme réconforte une jeune fille pendant la vigile hier soir en mémoire des victimes de la fusillade.

Mercredi, cette petite ville de 16 000 habitants majoritairement hispanique, loin de tout, au milieu des ranchs et des espaces verts à n’en plus finir, a vu des centaines de citoyens se relayer jusqu’à la pénombre pour se recueillir. Ils sont venus apporter des fleurs, des peluches, des ballons gonflables et leur soutien aux familles des victimes, mais aussi à la communauté très ébranlée.

Manda Welch donne un bouquet de fleurs à un policier pour qu’il le dépose devant l’école, où l’enquête se poursuit.
Photo AFP
Manda Welch donne un bouquet de fleurs à un policier pour qu’il le dépose devant l’école, où l’enquête se poursuit.

Premier vol

À bord du vol qui reliait hier New York et San Antonio, au Texas, un homme a raconté au Journal d’ailleurs avoir tout fait pour pouvoir rentrer chez lui après avoir appris qu’une fusillade avait éclaté dans l’école que ses deux enfants fréquentent.

«Mardi a été le pire jour de ma vie quand j’ai appris qu’il y avait eu une fusillade. Pendant trois heures nous ne savions pas où était ma fille et mon fils a perdu des amis dans cette tragédie», explique-t-il entre deux sanglots.

Centaines de kilomètres

Des citoyens de l’État sont venus afficher leur soutien. C’est le cas d’Ana Ferrante, 19 ans, Cici Richardson, 20 ans, et Mariana Parra, 20 ans, des amies qui ont roulé des heures depuis San Antonio.

Ana Ferrante,  Cici Richardson et Mariana Parra ont fait des heures de route pour montrer leur soutien.
Photo Clara Loiseau
Ana Ferrante, Cici Richardson et Mariana Parra ont fait des heures de route pour montrer leur soutien.

Pour Mme Parra, il est temps que le gouvernement mette des balises et des lois plus claires pour éviter que ce genre de tragédie, qui rappelle tristement celle de Sandy Hook en 2012, ne se répète.

«Ce n’est pas normal qu’aujourd’hui encore on puisse aller s’acheter des armes de ce type-là, alors qu’on n’a pas le droit ni de boire, ni de fumer, ni de sortir dans un bar. Ça ne fait aucun sens», laisse-t-elle tomber, tout en admettant que, selon elle, ce ne soient pas les armes le problème, mais les hommes qui les utilisent. 

Un adolescent solitaire, mais agressif  

Le tireur subissait de l’intimidation et avait un penchant pour les armes

Photo tirée d'Instagram

 Même si les raisons qui ont poussé Salvador Ramos à commettre cette tuerie sanglante dans une école primaire du Texas sont encore inconnues, ce jeune solitaire de 18 ans est dépeint comme une victime d'intimidation, qui a eu une vie familiale difficile et qui pouvait succomber à la violence. Voici ce que l’on sait de lui jusqu’à présent. 

ACTIF SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

Quelques minutes avant la tuerie, Ramos a écrit à une adolescente allemande rencontrée en ligne qu'il « venait de tirer sa grand-mère dans la tête », selon des captures d’écran de la conversation Facebook obtenues par CNN. Dans un deuxième message privé envoyé quelques secondes plus tard, il lui a précisé qu’il allait tirer sur une école primaire. 

Quatre jours avant la tuerie, Ramos avait exhibé ses nouvelles armes dans des photos éphémères sur Instagram. Un an plus tôt, le tireur avait publié sur les réseaux sociaux des photos de fusils automatiques sur sa liste de souhaits, selon le Washington Post

INTIMIDATION ET AGRESSIVITÉ

Dès le début du secondaire, des étudiants s'en prenaient à Ramos, se moquaient de ses vêtements ou faisaient des références grossières à sa mère ou à sa sœur, selon ce qu’un ancien ami – avec qui il partageait une passion pour les jeux vidéo – a raconté au New York Times

Ramos avait aussi été intimidé à cause de son bégaiement et de son zézaiement. En réponse, il s'était une fois coupé le visage avec un couteau « juste pour le plaisir », a dit au Washington Post un autre ancien ami.  

Il avait aussi l'habitude de lancer des œufs sur des véhicules, de tirer sur des inconnus au hasard avec un pistolet à air comprimé et de lancer des chats morts sur des maisons, ont raconté des connaissances à divers médias américains.  

SITUATION FAMILIALE DIFFICILE

Ramos avait « une vie assez difficile avec sa mère », selon un voisin interviewé par le Washington Post. Il a dit avoir vu des policiers à la maison et avoir été témoin de chicanes entre Ramos et sa mère à plusieurs reprises. Plusieurs proches ont affirmé les avoir entendus s’injurier et crier, notamment dans des vidéos publiées sur Instagram. Le tireur avait déménagé chez ses grands-parents il y a quelques mois. 

NOUVELLES ARMES

Photo tirée d'Instagram

Quelques jours après son 18e anniversaire, Salvador Ramos a acheté légalement deux fusils d’assaut de type AR-15 – l’arme la plus utilisée dans les tueries de masse aux États-Unis – et 375 cartouches chez des détaillants autorisés de la région d’Uvalde, au Texas. 

Le grand-père du tireur, Rolando Reyes, a affirmé à ABC News qu’il ne savait pas que son petit-fils avait acheté de tels fusils et que ces derniers se trouvaient chez lui. Comme Reyes a un dossier criminel, il est illégal pour lui de vivre dans une maison où se trouvent des armes à feu. Il a affirmé qu’il aurait dénoncé son petit-fils s’il avait su. 

ÉCOLE ET TRAVAIL

Ramos avait cessé dans les derniers mois d’aller régulièrement à son école secondaire d’Uvalde, au Texas, et il n’avait donc pas été en mesure de terminer ses études quelques jours avant la tragédie. Il travaillait plutôt dans un restaurant Wendy’s, où il était du type « calme, qui ne dit pas grand-chose. Il ne socialisait pas vraiment avec les autres employés », a précisé un gérant de la succursale à CNN. « Il était parfois très grossier envers les filles et un cuisinier, et il les menaçait », a souligné au Daily Beast une ancienne collègue.

La folie des armes à feu  

Le Journal vous invite à suivre sa reporter Clara Loiseau qui est arrivée hier soir à Uvalde, au Texas, dans le but d’explorer pourquoi les Américains, et en particulier les Texans, sont si attachés à leurs armes à feu et à cette culture qui se répand partout sur le continent, jusqu’aux rues de Montréal.

Pourquoi les Américains tiennent-ils tant au deuxième amendement de leur Constitution, qui garantit aux citoyens le droit de détenir les armes, alors même que leur pays a été affligé de plus de tueries de masse depuis le début de l’année que le nombre de jours écoulés. Plus de 17 000 Américains sont morts par arme à feu jusqu’ici cette année.

Les Texans, en particulier, ont un accès presque sans limite aux armes à feu dès l’âge de 18 ans. Nous assisterons aussi ce week-end au congrès annuel de la National Rifle Association, le très puissant groupe de pression qui milite en faveur du droit de détenir et de porter une arme à feu, même les plus dangereuses comme celle qui a servi à la tuerie de Uvalde.

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