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Industrie minière: Le Québec a un potentiel exceptionnel

Un vétéran du domaine minier est extrêmement optimiste quant à l’avenir proche de l’industrie d’ici

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Pierre Lassonde, qui est âgé de 75 ans, a fait fortune dans l’industrie aurifère. Même s’il habite présentement à Toronto, il scrute de près le secteur minier québécois.

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Le Québec a la chance de compter sur son territoire la plupart des minéraux essentiels à l’électrification des transports, mais il ne sera pas possible d’exploiter ces ressources sans d’importants investissements gouvernementaux, estime l’une des figures de proue de l’industrie.

« Je suis hyper optimiste pour le Québec pour les 20 ou 30 prochaines années », affirme Pierre Lassonde au cours d’un entretien téléphonique avec Le Journal.

Né à Saint-Hyacinthe et aujourd’hui âgé de 75 ans, M. Lassonde a fait fortune dans l’or au Nevada et ailleurs dans le monde. Même s’il vit à Toronto, il suit de près le secteur minier québécois.

« Les environnementalistes et ceux qui prônent la décarbonisation du monde ne se rendent pas compte qu’une voiture électrique a besoin de beaucoup plus de cuivre qu’une voiture à essence », lance-t-il.

« Le cuivre est le métal qui fait fonctionner notre civilisation aujourd’hui et ça va devenir trois fois plus important au cours des prochaines décennies, ajoute M. Lassonde. Ces mines-là n’existent pas, on ne les a pas encore découvertes. Même chose pour le nickel et le cobalt. Ce sont tous des métaux qu’on retrouve au Québec. »

Payant pour le Québec

Il est persuadé qu’exploiter ces ressources enrichira les Québécois. 

« La beauté d’une mine, c’est qu’une fois qu’elle est découverte, elle reste là et les emplois que tu crées sont les emplois col bleu les mieux payés au monde », dit-il, évoquant des salaires pouvant friser les 200 000 $ par année.

Le hic, c’est que plusieurs autres États dans le monde partent avec une longueur d’avance sur le Québec.

« Si c’était facile de découvrir des mines, le prix de l’or ne serait pas de près de 2000 dollars américains l’once, rappelle Pierre Lassonde. Le défi que le Québec a, c’est que seulement 5 % du territoire québécois a été exploré. Le fait est que les coûts d’exploration y sont beaucoup plus élevés qu’ils le sont au Nevada ou au Mexique parce que c’est éloigné, c’est froid, c’est noir l’hiver, tu ne peux pas travailler à longueur d’année, ça prend des hélicoptères... »

Le multimillionnaire se réjouit donc que le gouvernement Legault n’ait pas complètement abandonné le Plan Nord de Jean Charest.

« Ce que le Plan Nord fait, c’est de mettre des infrastructures disponibles, comme des routes, dit-il. Ça aide énormément à baisser les coûts d’exploration [...] pour que ceux-ci soient compétitifs avec ceux d’autres États. [...] Il va y avoir des mines de classe mondiale dans le Nord-du-Québec, mais pour les découvrir, on va devoir dépenser des centaines de millions de dollars en exploration. Ça va prendre des années. »

Le défi du lithium

Pour ce qui est de l’incontournable lithium, Pierre Lassonde met un « bémol » quant au potentiel du Québec. 

« Le lithium est un métal très répandu dans la croûte terrestre, on n’en manque pas, souligne-t-il. La question, en fin de compte, c’est : est-ce que le Québec veut avoir une industrie de pointe dans ce secteur-là et est-ce qu’on peut atteindre une masse critique, c’est-à-dire être assez gros pour avoir des usines qui vont s’implanter au Québec et éviter de simplement faire le minage pour envoyer la matière ailleurs ? » 

L’homme d’affaires ne se formalise pas du fait que la quasi-totalité des mines d’ici appartient à des intérêts de l’extérieur du Québec, rappelant qu’il s’agit d’une industrie très gourmande en investissements.

« Pensez-vous que vous pouvez aller chercher ces capitaux-là seulement au Québec ? Impossible. Il faut donc reconnaître l’importance d’avoir des capitaux qui viennent d’un peu partout dans le monde. Et il ne faut pas oublier que plus que 50 % des profits d’une mine restent au Québec, que ce soit sous forme d’impôts et de taxes ou de salaires. »

Grave erreur du passé

Cela dit, M. Lassonde se désole encore aujourd’hui que les gouvernements aient permis la vente de plusieurs géants miniers canadiens, dont Alcan, Inco et Falconbridge, en 2006 et en 2007.

« Ç’a été une erreur très grave de les laisser partir », déplore-t-il.

 

Multimillionnaire de l’or, il n’a jamais investi ici  

Pierre Lassonde est devenu multimillionnaire avec l’or, mais il n’a jamais investi au Québec, qui est pourtant un important producteur de ce métal précieux.

« Au Québec, je n’ai pas encore réussi à trouver une combinaison où mon argent pourrait fructifier assez bien pour moi », dit-il.

« La vie ne m’a pas donné cette occasion-là, mais par contre, elle m’en a donné beaucoup d’autres, alors je ne peux pas avoir de regret, ajoute-t-il. Si j’en avais l’occasion, bien sûr, il n’y a rien que j’aimerais plus que d’avoir 10 ou 15 % d’une entreprise qui fleurit au Québec, qui serait un emblème québécois. J’aimerais absolument ça. »

Rendez-vous manqué...

Au début des années 2000, lorsqu’il était président de la minière américaine Newmont, M. Lassonde s’était intéressé au gisement d’or Éléonore, situé en Eeyou Istchee Baie-James.

« J’avais envoyé mes meilleurs géologues pour regarder le gisement et quand ils sont revenus, ils m’ont dit : “On a beaucoup de difficulté à voir la continuité du gisement. Il y a probablement deux ou trois millions d’onces d’or, mais les coûts [pour les extraire] vont être élevés à notre avis. On ne paierait pas plus de 200 millions $.” Et là, Goldcorp est arrivée avec une offre de 500 millions $. Je suis retourné voir mes géologues et je leur ai dit : “Est-ce que vous êtes imbéciles ? Qu’est-ce qu’on a manqué ?” Je voulais vraiment m’impliquer dans l’industrie québécoise. Mais ils n’ont pas démordu et en fin de compte, ils avaient raison », révèle-t-il.

...Et ironie du sort

Ironiquement, Newmont est devenue propriétaire de la mine Éléonore lorsqu’elle a fait l’acquisition de Goldcorp, en 2019.

L’an dernier, Éléonore a produit 253 000 onces d’or, soit moins de la moitié de ce qui était prévu en 2015. En 2018, Goldcorp avait dû inscrire une radiation de 1,4 milliard de dollars américains en raison de la perte de valeur de cet actif. Construire la mine et son concentrateur d’or avait coûté 2 milliards $ US à l’entreprise.

Malgré tout, Pierre Lassonde croit que Newmont conservera Éléonore puisque ses installations sont situées au cœur d’une région qui recèle probablement d’autres gisements de qualité.

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