/finance/opinion/columnists
Navigation

Les épiceries, des profits, elles en mangent

Coup d'oeil sur cet article

Je fais la commande le samedi, et chaque fois que je regarde la facture, je n’en reviens pas !

Ce qui me dépasse encore plus, ce sont les profits des épiciers. On nous répète que les aliments coûtent plus cher parce que l’engrais coûte plus cher, parce que l’essence coûte plus cher, parce que la main-d’œuvre coûte plus cher, et qui sait quelles autres justifications. Pourtant, les profits des grandes bannières ne cessent de gonfler. Alors la question se pose : qui s’en met plein les poches ?

Au début du mois de mai, Loblaw Companies a déclaré des profits en hausse de 40 % par rapport à la même période l’an dernier. La maison mère de Provigo a vu ses ventes d’aliments augmenter de 2,4 % pour atteindre 8,7 milliards $ au dernier trimestre.

Metro passe elle aussi à la caisse. Malgré les pressions inflationnistes et les augmentations de salaire, la chaîne a enregistré un bénéfice net à son deuxième trimestre de 198,1 millions $, en hausse de 5,3 %. Chez Empire, qui possède la bannière IGA, les profits ont aussi grimpé de 5 %.

Des cerises sur le sundae

La réalité est implacable, les hausses de prix profitent actuellement aux supermarchés et à leurs actionnaires. Toujours à titre d’exemple, le titre de Metro s’est apprécié d’environ 18 % depuis un an. Pendant ce temps, la Bourse de Toronto n’a avancé que de 4 %.

Est-ce que certaines entreprises abusent de la situation ? Un rapport récent du Centre canadien de politiques alternatives conclut que le taux d’inflation actuel au Canada serait inférieur de 25 % sans les profits supplémentaires que les entreprises ont réalisés en haussant les prix.

L’invasion russe en Ukraine a fait bondir le prix du blé. Certes, les frais de transport ont explosé, et la pénurie de main-d’œuvre appelle à des hausses de salaire. Mais est-ce que tous ces facteurs peuvent justifier la boîte de Corn Flakes à 8 $ ? Poser la question, c’est y répondre.

La même boîte de Corn Flakes coûte 2,26 $ de moins aux États-Unis. Et tenez-vous bien, ce calcul prend en compte le taux de change.

Quand on se compare...

Qu’est-ce qui justifie des hausses de prix aussi élevées au supermarché ? J’ai attentivement écouté la conférence téléphonique de Loblaw avec des investisseurs. Un analyste financier a demandé aux dirigeants ce qui justifiait les hausses de prix dans les supermarchés.

Richard Dufresne, le directeur financier de la chaîne, a déclaré que les épiceries fixent les prix par rapport à la concurrence, et non l’inflation. 

« Nous n’essayons pas de gérer notre entreprise en fonction de l’inflation », a-t-il déclaré, en précisant que l’entreprise se comparait à ses concurrents pour fixer ses prix. 

Faible concurrence

Le problème de l’inflation réside en partie dans la concurrence qui s’est affaiblie depuis une vingtaine d’années. Généralement, les prix restent bas lorsqu’il y a concurrence entre plusieurs joueurs. À l’inverse, lorsqu’une poignée d’entreprises monopolisent le marché, les prix augmentent souvent plus rapidement que les coûts.

Lorsque le consommateur a des choix restreints, les entreprises se gênent beaucoup moins pour hausser leurs prix et leurs profits. Dans le secteur de l’alimentation, le mouvement de concentration ne date pas d’hier. Dans les années 1990, la chaîne Steinberg a été démantelée au profit de Provigo, Metro et IGA. Puis en 1998, Provigo était vendue à Loblaw avec l’aval de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Vers plus de concentration

En 2005, Sobeys-IGA est devenue propriétaire des magasins Rachelle-Béry. Plus récemment, en 2017, Metro a pris le plein contrôle d’Adonis, avant d’acheter en totalité la chaîne Première Moisson en 2019. Au même moment, IGA est devenu actionnaire principal de l’épicier asiatique à rabais Kim Phat.

Avec ces Gargantua de l’alimentation, qui avalent la concurrence une assiette à la fois, pas surprenant que les prix augmentent à vue d’œil. Comme quoi, le problème de l’inflation, c’est un gâteau : plusieurs éléments mélangés, et comme crémage, la concurrence.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.