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Stress financier : les temps sont durs

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Photo AFP Le président russe Vladimir Poutine. Même si la guerre en Ukraine dont il est responsable prenait fin demain, les séquelles du conflit se feraient sentir pendant encore plusieurs années.

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Pas facile de ce temps-ci de tirer son épingle du jeu financier alors qu’on se fait marteler le portefeuille de tous bords, tous côtés.  

Les taux d’intérêt grimpent. La Bourse est en correction. Le marché des obligations recule. L’achat d’une première maison est de moins en moins accessible. L’inflation reste élevée. Les produits sont de plus en plus chers. L’épargne fond à vue d’œil chez les ménages à revenu moyen. Les salaires grimpent insuffisamment. Les entreprises sont victimes de la pénurie de main-d’œuvre. Faire le plein d’essence est extrêmement coûteux.  

Le stress financier est à son comble par les temps qui courent. Malheureusement, cela risque de perdurer pendant un bon bout de temps. Aussi bien prendre notre mal en patience ! Il serait surprenant que la conjoncture financière change radicalement de tendance à court terme.  

L’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine va continuer, économiquement parlant, d’affecter lourdement le monde entier. Et lorsque la guerre prendra fin, les conséquences économiques resteront omniprésentes pendant un sacré bout de temps. 

Voici les six choses qui me préoccupent :

1. FLAMBÉE DE L’ESSENCE  

Le prix de l’essence à la pompe ne cesse de grimper. À Montréal, hier, le litre d’essence ordinaire atteignait les 205,9 cents. C’est 68,7 cents de plus que le prix de détail moyen (137,2 cents) du litre en 2021. On parle donc ici d’une hausse spectaculaire de 50 %.  

Par rapport au prix moyen (106,92 cents) de 2020, la hausse à la pompe atteint les 92 %.  

Pendant ce temps, les gouvernements de Québec et d’Ottawa, mais plus particulièrement Québec, profitent eux aussi de la flambée du prix de l’essence pour se remplir les coffres sur le dos des automobilistes.  

Sur les 205,9 cents le litre d’essence, ils empochent en taxes 59 cents, dont 19 cents pour Ottawa et 40 cents pour Québec. Par rapport aux taxes récoltées sur le prix moyen en 2021, l’augmentation atteint les 20 %.  

Compte tenu des vacances estivales et de la hausse des déplacements que cela entraîne, il ne faudrait pas se surprendre de voir le prix du litre d’essence dépasser les 220 cents cet été.  

2. INFLATION

Outre la flambée du prix de l’essence qui enflamme l’inflation, il y a également l’augmentation de la facture d’épicerie qui cause de graves soucis financiers aux ménages à faible et moyen revenu.  

À tel point que, selon le sondage Léger-Le Journal-TVA-QUB, quelque 80 % des Québécois gagnant moins de 60 000 $ par année comptent réduire leurs dépenses.  

Et les postes de dépenses les plus visés sont : les sorties au restaurant (et bar), les activités culturelles, les déplacements en voiture et l’épicerie. 

Concernant l’épicerie, les ménages aux finances serrées sont condamnés à courir à droite et à gauche les aubaines afin de s’alimenter le plus possible à prix relativement raisonnable. 

3. L’EMPLOI 

La rémunération hebdomadaire moyenne au Québec a augmenté de 4,9 % lors des 12 derniers mois allant de mars 2021 à mars 2022. Elle atteint maintenant les 1113,94 $ par semaine, en hausse de 51,73 $.  

Sur une base annuelle, il est question ici d’un revenu brut de 57 925 $, soit 2690 $ de plus sur 12 mois. 

Le marché de l’emploi va bien. Selon les données de Statistique Canada, le taux de chômage dans la province est historiquement bas : 3,9 %. On y dénombre 179 600 chômeurs.  

Un bémol : le nombre d’employés a eu beau augmenter de 7,9 % lors des 12 derniers mois, les entreprises restent incapables de fonctionner à plein régime à cause de la pénurie de main-d’œuvre.  

Il y a actuellement 259 200 postes vacants au Québec. Le ratio « postes vacants/employés salariés » s’élève à 6,7 %, le deuxième plus haut taux provincial au pays.  

4. HAUSSE DES TAUX  

Pour contrer les pressions inflationnistes, les banques centrales, comme la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine, n’ont pas d’autres choix, disent-elles, que d’augmenter leurs taux directeurs respectifs.  

D’un niveau initial de 0,25 %, les taux directeurs pourraient dépasser les 2,0 % d’ici la fin de l’année en cours.  

Cela a pour impact d’entraîner à la hausse toute la grille des taux d’intérêt : prêts hypothécaires, prêts personnels, emprunts d’entreprise, etc.  

Ce resserrement du crédit aura, sur le monde ordinaire, pour conséquences de rendre l’achat de propriétés résidentielles moins accessible, de faire davantage de pression sur les consommateurs grandement endettés, de diminuer le taux de l’épargne personnelle. 

5. REFROIDISSEMENT IMMOBILIER 

La hausse des taux hypothécaires aura probablement pour effet de refroidir la surchauffe du marché immobilier résidentiel. Il était temps.  

En avril, le prix médian de l’unifamiliale dans l’ensemble de la province atteignait les 450 000 $. C’est 188 000 $ de plus qu’en avril 2020, en pleine pandémie de la COVID-19. C’est donc dire qu’en deux ans, le prix de la « cabane québécoise » a explosé de 72 %.  

Pendant ce temps-là, le prix médian d’une copropriété allait augmenter de 134 000 $ à 384 000 $. En hausse de 54 % en deux ans.  

En avril, l’APCIQ, qui représente les courtiers immobiliers, a rapporté une baisse sensible des ventes totales et des inscriptions en vigueur par rapport à avril 2021.  

Compte tenu de la hausse des taux hypothécaires, il serait étonnant que le prix médian de l’unifamiliale et de la copropriété puisse continuer à grimper.  

Chez Desjardins, on prévoit même une baisse de prix qui pourrait atteindre les 12 %.  

6. CORRECTION DES MARCHÉS  

L’un des pires ennemis de la Bourse c’est quand vient le moment pour les banques centrales de resserrer le crédit en se lançant dans une série d’augmentations de leurs taux directeurs.  

Ce resserrement du crédit a évidemment un impact négatif sur le niveau d’endettement et de rentabilité des entreprises.  

Alors que les entreprises en difficulté risquent de creuser leur tombe, les entreprises en bonne santé financière verront leurs bénéfices se faire éplucher par la hausse des coûts de financement.  

Voilà pourquoi, devant la baisse de rentabilité des entreprises, ou la menace de baisse, les titres des compagnies inscrites en Bourse ont fortement chuté par rapport à leurs récents sommets. À l’exception notamment des titres des sociétés pétrolières qui profitent largement de la hausse vertigineuse du prix de l’essence à la pompe.  

Au creux de la tempête la semaine dernière, le NASDAQ accusait cette année des pertes de 27 %, le S&P 500, une baisse de 18 % et le Dow Jones, une diminution de 14 %.  

Après huit semaines de baisses, les marchés boursiers américains ont réussi cette semaine à se ressaisir en réduisant les lourdes pertes enregistrées récemment de 3 à 4 points de pourcentage.  

Pendant la déconfiture américaine, la Bourse canadienne, elle, réussissait à limiter ses pertes. Toujours est-il que son principal indice, le S&P/TSX, n’accusait au pire de la tempête qu’un léger recul de 5 %.  

Maintenant, une bonne semaine en Bourse ne signifie aucunement que la correction boursière est terminée.  

Prudence oblige ! 

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