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Après deux ans de reports, ce sera l’été de tous les mariages

Des Québécois qui attendent leur grand jour depuis deux ans se marieront en masse dans les prochains mois

Valérie Bigras
Photo Chantal Poirier Valérie Bigras, organisatrice de mariages et propriétaire de La vie après le oui, a dû gérer le report de la majorité des 24 mariages qu’elle coordonne dans les prochains mois. « C’est une saison complètement folle », lance-t-elle.

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Les futurs époux se sont rués sur les dates disponibles pour se marier à tout prix cet été, après deux ans de reports, quitte à se dire oui au milieu de la semaine ou à l’heure du dîner.

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«Les couples sont beaucoup plus flexibles que par le passé, on a même des mariages les mardis ou les jeudis», s’étonne Nadine Topuzogullari, planificatrice en chef de mariages chez Le Cœur bohème.

C’est qu’ils n’ont guère le choix : le calendrier des photographes, traiteurs, salles à louer, animateurs de soirée, fleuristes et autres fournisseurs est rempli depuis belle lurette.

«C’est comme trois années en une!» s’exclame Mme Topuzogullari, qui coordonne de front l’organisation d’une quarantaine de noces dans les prochains mois.

«Dès qu’ils ont commencé à faire des relâchements de restrictions, je n’ai plus su où donner de la tête», se rappelle la photographe Jessica Samyn, qui immortalisera 22 cérémonies cet été.

Si près de 11 000 mariages avaient été célébrés au Québec entre juillet et septembre 2019, il n’y en a eu que 4750 en 2020 et 6500 l’an dernier aux mêmes dates.

«Pour nous, c’était inconcevable de se marier avec un masque», explique Stéphanie Lacroix, qui est de celles qui ont préféré reporter leur échange de vœux à cette année.

Patience de mise

Certains amoureux attendent ce grand jour depuis tellement longtemps qu’ils ont eu le temps de changer d’emploi ou d’avoir des enfants depuis leurs fiançailles.

«J’ai des clients qui remettent leur mariage pour la troisième année. Je vais m’ennuyer d’eux quand ça sera passé», avoue Maryse Noël, de Créations Maryse Noël.

Environ 90 % des 22 mariages qu’elle orchestre cet été ont été reportés au moins une fois.

Quelques couples n’ont toutefois pas survécu aux aléas de la pandémie et ont annulé leur cérémonie, rapportent plusieurs dans l’industrie.

Plans chamboulés

Dans une moindre mesure, de futurs mariés ont souvent dû composer avec des changements de menu, un DJ indisponible à la nouvelle date, ou une nouvelle liste d’invités.

«La pandémie a permis de faire un ménage naturel, j’oserais dire», témoigne Julie Latreille, qui est passée de 86 à 60 convives pour son mariage dans un verger de Saint-Hilaire.

«Avec la COVID, trois de mes cinq demoiselles d’honneur ne rentrent plus dans leur robe», ajoute à la blague Mme Lacroix.

Malgré ces imprévus, la joie des mariés et de leurs proches à l’idée de se retrouver pour célébrer sans restriction est encore plus marquée que d’habitude, souligne le père Jacques Fortin, curé de la paroisse Notre-Dame-de-la-Nouvelle-France, près de Québec. 

Mais tout n’est pas encore tout à fait revenu à la normale. 

«Autant les gens ont besoin de se défouler sur les [pistes] de danse, autant il reste une certaine méfiance. Je vois encore des gens qui portent le masque par choix», affirme Alain Simard, propriétaire des disco-mobiles AudioPlus, de Québec. 

L’inflation s’est invitée à la réception  

Les mariages reportés à répétition sont de véritables casse-tête pour les fournisseurs, les planificateurs et les futurs mariés confrontés à la hausse des prix et à la rareté de la main-d’œuvre.

«On a dû négocier fort en 2020 avec les propriétaires de la salle de réception pour repousser notre mariage d’un an sans frais, on a même consulté l’aide juridique», affirme Ghislain Tanguay, qui se mariera cet été à Laval.

Pour d’autres, ce sont les augmentations de prix du traiteur, de la livraison des éléments de décoration ou encore des arrangements floraux qui créent des frictions.

«Aujourd’hui, j’ai très hâte, mais j’ai déchanté dans les deux dernières années. Je pense que j’aurais tout annulé si je n’avais pas eu d’organisatrice pour gérer cette portion-là», témoigne Julie Latreille, qui espère enfin se marier à la fin juillet.

Plan A, B, C, D

Ces changements inattendus ajoutent néanmoins une charge de travail importante aux planificatrices de mariages d’expérience.

«Tout est sur nos épaules, et c’est beaucoup plus de pression qu’avant», constate Nadine Topuzogullari, qui se casse la tête pour trouver un plan «A, B, C et D» concernant les moindres détails des mariages qu’elle coordonne.

Et ce, alors que la plupart des organisatrices de mariages n’ont pas facturé de supplément depuis la signature de contrats datant d’avant la pandémie.

«On a suivi nos mariés pendant deux ans, et techniquement, leur forfait est payé depuis longtemps. Ce sont des mariages sans aucun revenu», affirme Valérie Bigras, organisatrice de mariages pour La vie après le oui.

Les traiteurs sont au nombre des fournisseurs les plus touchés par le manque de main-d’œuvre et l’inflation.

«Notre carnet est rempli pour l’été, mais on n’a pas assez de personnel pour répondre à tous les besoins», confirme Stéphane Guay, propriétaire du traiteur Chemin faisant, à Montréal. Ce dernier s’est résigné à augmenter ses prix, ce que ses clients ont accepté.

Il se retrouve en plus avec des contrats de ses anciens concurrents qui ont abandonné les mariages ou la restauration depuis la pandémie.

À la Champenoise, qui offre des forfaits de mariage clé en main sur la Rive-Sud, on n’a pas augmenté d’un cent le coût des repas pour les contrats signés avant 2021.

«On vit une perte financière, mais c’est un contrat», soupire Catherine Lussier, la directrice de l’endroit. 

Deux ans de montagnes russes  

Valérie Bigras
Photo courtoisie, MARIE-PIER LAVOIE

Une fiancée de la Montérégie est passée par toute la gamme des émotions au fil des vagues de la pandémie et des reports de date de son mariage.

«J’ai été beaucoup impliquée dans la préparation et chaque fois que je me suis remise dedans, j’ai vécu une déception», avoue Julie Latreille, une planificatrice financière de 36 ans.

Aujourd’hui, la future mariée est néanmoins aux anges à l’idée d’unir sa destinée officiellement à celle de son conjoint, Dany Lepain, 36 ans, et ce, sans restrictions sanitaires, le 30 juillet 2022.

«Pour nous, ça va être une célébration de l’amour, on voulait pouvoir être proches, entre conjoints, mais aussi de nos convives», dit Mme Latreille, qui a fait appel à une organisatrice de mariages. 

De l’église au toit d’un hôtel  

Valérie Bigras
Photo courtoisie, DeBelle Photography

Un mariage qui devait avoir lieu dans une église au bord de l’eau aura finalement lieu sur le toit-terrasse d’un hôtel du centre-ville de Montréal.

«Dans notre tête, on arrivait en bateau, on se mariait dans une église sur la Rive-Sud, c’était wow», se rappelle Stéphanie Lacroix qui se mariera en août avec son conjoint, Mathieu Pouliot.

Or, la COVID-19, mais aussi la fermeture en mars dernier du Manoir Rouville--Campbell où le couple avait prévu les célébrations, a bouleversé les plans.

«Disons qu’on a dû faire des compromis. Je ne voulais pas étirer encore plus», soupire la responsable marketing de 38 ans.

La planificatrice de mariages des amoureux a finalement déniché de justesse un hôtel dans le Vieux-Montréal prêt à les accueillir, mais ils ont dû faire une croix sur la cérémonie religieuse prévue initialement. 

Il était temps  

Valérie Bigras
Photo courtoisie, KARINE BOIVIN

Un couple fiancé pendant la pandémie pourra enfin se marier à l’automne en présence d’une proche très malade.

«On ne voulait pas repousser plus longtemps», affirme Jade Shanker, qui épousera à Rougemont l’amour de sa vie, Ariane Sirvent, le 22 octobre 2022.

Le couple tenait absolument à ce que la mère d’Ariane, atteinte d’un cancer des ovaires de stade 4, soit présente à la cérémonie.

Or, il s’est révélé particulièrement compliqué de trouver un lieu cette année, vu le report de nombreuses noces, y compris les leurs.

«C’était stressant, il a fallu s’assurer de transmettre l’information à toute la famille et harmoniser les changements avec les fournisseurs», reconnaît l’infirmière de profession, qui a soigneusement préparé le grand jour. 

Un concept tombé à l’eau  

Valérie Bigras
Photo Martin Alarie

Des amoureux de Laval, ensemble depuis 20 ans, qui planifiaient échanger leurs vœux le 20 juin 2020 ont dû changer de concept.

Ghislain Tanguay et sa femme, Caroline St-Jean, se marieront finalement le samedi 25 juin 2022 entourés de leurs proches, ce qui est le principal.

«Ce qui me stressait, c’était de perdre des membres de la famille, à cause de l’âge ou de la COVID», témoigne M. Tanguay, qui a encore plusieurs tantes «passablement âgées».

Ghislain et Caroline avaient amoureusement emballé environ 120 chandelles en guise de cadeau pour leurs invités. Ils ont dû toutes les ré-étiqueter à la main avec la bonne date en raison du report de la cérémonie.

«En même temps, on n’avait rien de mieux à faire en confinement», rigole le père de trois enfants. 

Une année hors de l’ordinaire  

Valérie Bigras
Photo courtoisie

« Le manque de main-d’œuvre complique les opérations, mais on vit le bonheur intense de gens qui essaient de se marier depuis trois ans. »

- Maryse Noël, organisatrice de mariages

« Les gens qui m’écrivent pour des photos au mois d’octobre, on oublie ça ! »

- Jessica Samyn, photographe de mariage

« Il manque de tout. Tant les fleurs locales que celles qui proviennent de l’étranger. »

- Marie Ève Sauvageau, fleuriste et copropriétaire de Grenadine Atelier

« Je félicite les futurs époux. Ça prend une bonne dose de volonté pour passer à travers une pandémie et quand même se marier. »

- Alain Simard, propriétaire des disco-mobiles AudioPlus

Valérie Bigras
Photo courtoisie

« J’ai deux couples qui ont voulu reporter leur mariage [à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré] de 2022 à 2023. »

- Père Jacques Fortin, curé de la paroisse Notre-Dame-de-la-Nouvelle-France, près de Québec.

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