/news/green
Navigation

Industrie minière: une mentalité de porteurs d’eau

L’écologiste Henri Jacob, ami fidèle de Richard Desjardins, parle de son territoire et de l’industrie minière

Henri Jacob
Photo Olivier Bourque Henri Jacob, qui dénonce certaines pratiques des minières depuis des décennies, aimerait qu’il y ait plus d’entreprises québécoises dans ce secteur et que les collectivités d’ici aient davantage leur mot à dire au moment des décisions.

Coup d'oeil sur cet article

VAL-D’OR | En Abitibi-Témiscamingue, critiquer les entreprises minières est une activité à haut risque. C’est pourtant ce que fait le militant écologiste Henri Jacob depuis plusieurs décennies. « Il y a un aplaventrisme devant l’industrie », plaide-t-il en entrevue avec Le Journal. 

• À lire aussi: Les minières, un peu trop visibles?

• À lire aussi: Travailler pendant cinq ans dans une mine sous terre

• À lire aussi: [CARTES] 20 des 22 mines du Québec appartiennent à des étrangers

• À lire aussi: À la merci des étrangers

On retrouve cet écologiste de la première heure à la microbrasserie le Prospecteur de Val-d’Or. 

L’homme à la généreuse barbe blanche, qui a participé au documentaire-choc L’erreur boréale en 1999 avec son ami Richard Desjardins, n’a rien perdu de sa verve et de son piquant. 

Condidérés comme des colonisés

Depuis, il a fondé l’organisme Action boréale qui a pour mission de protéger la forêt du Nord québécois, mais il suit religieusement ce qui se passe dans le secteur minier. 

« Ce qui me choque, c’est qu’on nous considère encore comme un pays du tiers monde, comme des colonisés », lance Henri Jacob, frontalement. 

Il souhaiterait qu’il y ait davantage d’entreprises minières québécoises et que les communautés contrôlent plus les décisions dans le secteur minier. 

« On est encore dans une mentalité de porteurs d’eau. C’est plate à dire, mais nos dirigeants considèrent encore qu’on est juste des bras, pas assez intelligents pour transformer », se désole-t-il.  

Encore pire, selon lui, au pays des mines, les mineurs sont encore considérés comme du cheap labor. Pourtant, le salaire moyen d’un travailleur avoisine les 100 000 $, ce qui est beaucoup plus élevé que la moyenne au Québec.  

  

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Henri Jacob, un militant écologiste de Val-d’Or en Abitibi-Témiscamingue, sur QUB radio :

Participer aux profits

Mais l’écologiste rappelle les sacrifices de ces vies de dur labeur, au fond des mines, et croit que ces travailleurs pourraient toucher davantage des bénéfices monstres engendrés par les minières. 

« Ces gens travaillent et risquent leur vie. Oui, ça semble être de gros salaires, mais quand tu regardes les profits des entreprises qui augmentent... Comment ça se fait qu’on n’en profite pas plus ? », se demande-t-il. 

Sur cinq ans, le prix de l’once d’or est passé de 1250 $ à plus de 1830 $ lors des derniers jours, une hausse de 46 %. 

On serait tous millionnaires

« Je mettrais au défi d’aller chercher toutes les valeurs en or qu’on a retirées du sol, et de diviser cela par la population, on serait tous millionnaires. Quand le prix de l’or augmente, ça devrait se refléter davantage sur les régions où tu l’exploites », poursuit-il. 

Pourtant, Henri Jacob tient à le dire. Il est loin d’être contre l’exploitation minière, mais il aimerait que la gestion se fasse au profit des communautés et pas seulement au profit des entreprises. 

« C’est beau de sortir de l’or, tu vides de l’or, quand nos petits-enfants vont vouloir des téléphones intelligents, tu vas en avoir besoin. Mais il sera rendu dans des coffres-forts en Suisse ou en Arabie ou n’importe où. Bientôt, il n’y aura plus d’or dans le sol », dit-il.

Malartic, la cicatrice

Il a encore à l’esprit l’épisode de Malartic, profondément transformée par la mine d’or à ciel ouvert, la plus grande au Canada. L’écologiste qui demeure à 15 km de la ville se rappelle le moment de l’implantation.  

« Tous les conseils municipaux, tous les politiciens ont approuvé la mine avant même les études d’impact et les audiences publiques ! Je me rappelle, on déménageait les maisons durant les audiences », dit-il.

« Il y a un aplaventrisme devant l’industrie minière », dit-il. 

Mais ce qui lui brise le cœur est la cicatrice bien visible sur le territoire abitibien que laissera l’exploitation. 

« Tu brises le site pour des milliers d’années. Le gouvernement du Québec n’oblige pas à remplir les mines à ciel ouvert. Donc, le trou qui est là, il sera là pour toutes les générations futures ». 

Quel avenir pour Malartic ?

Il se demande quel avenir auront les villes minières de l’Abitibi quand l’or se sera tari. 

« Qui va aller rester dans une ville qui n’a aucune possibilité d’agrandissement, car d’un côté, c’est un trou et de l’autre bord, il y a des marais. Il n’y a pas de possibilité de développer une activité touristique. Les gens en vieillissant vont partir, d’ailleurs, les jeunes ne restent pas à Malartic.

« La mine va fermer dans 10 ans, 15 ans ? Ces gens-là se sont condamnés. Ça va devenir une ville fantôme. Et ç’a été fait avec la complicité de la Ville », conclut-il. 

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous partager à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.