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La souveraineté 2.0 de François Legault

POL-CAQ-LEGAULT
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire

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Le jupon dépassait. L’appel de François Legault réclamant un mandat fort pour négocier le rapatriement de tous les pouvoirs en immigration n’était pas sans rappeler ses prédécesseurs au PQ.

À l’époque, le mandat devait servir à mettre en œuvre la gouvernance souverainiste. Cette fois-ci, c’est supposément pour assurer la survie de la nation québécoise.

Dans les faits, l’impact est le même, isoler davantage le Québec du reste du pays.

François Legault fait miroiter une souveraineté 2.0, la souveraineté au sein du Canada. 

Mais cette approche va au-delà du « Québec fort au sein du Canada uni ». Car la loi 96, la loi 21 sont ancrées non seulement dans un rejet du multiculturalisme, mais dans un rejet de la pertinence même du droit de regard de la Cour suprême.  

La sortie de la fin de semaine sur l’immigration n’est finalement que la goutte qui fait déborder le vase. 

La CAQ réclame de définir seule les termes de l’accès à la citoyenneté canadienne au Québec. Ça peut aller de soi dans une logique nationaliste, mais dans les faits, c’est contraire à l’idée même du Canada. D’Ottawa à Washington en passant par Berlin, aucun gouvernement fédéral ne souscrirait à une telle requête d’une de ses provinces ou d’un de ses États. 

  • Écoutez la rencontre Latraverse – Dumont diffusée chaque jour en direct 17 h via QUB radio :

Stigmatiser

L’affaire se limiterait à la tactique partisane préélectorale, si François Legault n’avait pas franchi le Rubicon.

Auparavant, il essayait au moins de préserver les apparences. La loi 21 n’était pas antimusulmane, mais pro-laïcité ; la loi 96 n’était pas antianglos, mais pro-français.

En faisant reposer la survie de la nation québécoise sur les immigrants issus de la réunification familiale, il a laissé tomber les masques. Soudainement, on n’est plus dans le « en prendre moins pour en prendre soin ». Il a carrément basculé dans le « c’est la faute aux immigrants ».

C’est mathématiquement loufoque. La réunification familiale représente 13 000 immigrants par an. Si la moitié ne parle pas français, on ne va quand même pas mettre sur le dos de 6500 personnes (dont certaines de toute façon apprendront le français) la survie de la nation !

La nation québécoise regroupe-t-elle tous ceux qui embrassent notre langue et notre culture ? Ou est-elle redevenue celle des pures laines ?

Encore plus de Emmanuelle Latraverse, écoutez son édito diffusé chaque jour en direct 17 h via QUB radio : 

Dérive

Le débat sur l’immigration est un débat existentiel au Québec. Il est doublement complexe, justement à cause de l’enjeu de la langue et de l’intégration. 

Blâmer la réunification familiale est réducteur et simpliste. L’impact des travailleurs étrangers temporaires et des étudiants étrangers est bien plus important. Ce sont ces axes qu’il faudrait aborder intelligemment avec le fédéral.

Or, après avoir comparé le Québec à une Louisiane prochaine, est-ce que quelqu’un s’imagine vraiment qu’Ottawa voudra négocier avec Québec maintenant ?

En se lançant dans des amalgames boiteux, François Legault offre peut-être un cri de ralliement simpliste à son électorat, mais il ne sert pas la cause du Québec.

D’ailleurs lui qui rêve investissements et création de richesse, s’imagine-t-il que Moderna aurait accepté de s’installer au Québec sans les garanties du fédéral au chapitre des permis de travail de ses experts et grands chercheurs ?

Ce n’est certainement pas le discours réducteur de François Legault qui aurait suffi à convaincre ce nouveau géant pharmaceutique d’investir des millions à Montréal ! 

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