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L’inflation coûte cher à Joe Biden

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Photo AFP Le président Joe Biden et le président de la Fed, Jerome Powell, lors d’une conférence en novembre dernier.

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Le président américain a dévoilé lundi un plan pour contrer la principale source d’insatisfaction de l’électorat : l’inflation. Il n’a pas droit à l’erreur.

Aux États-Unis comme ici, les prix augmentent à un rythme jamais vu depuis une quarantaine d’années. Hier, la Banque du Canada relevait son taux directeur d’un demi-point, faisant suite à une mesure semblable de la Réserve fédérale américaine, la Fed.

L’administration Biden fait ce qu’elle peut contre l’inflation, mais le problème plombera les chances des démocrates en novembre et au-delà.

Des causes globales

Une partie du problème vient des performances remarquables des économies nord-américaines. L’économie américaine récupère mieux relativement à son niveau pré-pandémie que presque toutes les autres économies au monde, en partie grâce aux programmes de relance. Le chômage est revenu sous les 4 %.

Bonne nouvelle pour ceux qui ont retrouvé un gagne-pain, mais, pendant que la demande accélère, l’offre ne suit pas. La hausse globale déjà entamée des prix de l’énergie et des aliments a été exacerbée par la guerre en Ukraine. En même temps, la pandémie a continué à perturber les chaînes d’approvisionnement et les niveaux de production en Chine.

Biden n’y est pour rien, mais il écope politiquement, alors que la grande majorité des ménages qui auraient normalement bénéficié d’une croissance rapide voient leur pouvoir d’achat et leurs perspectives d’avenir s’effriter.

Plan d’action

Lundi, Biden exposait dans le Wall Street Journal son plan pour contrer l’inflation. D’abord, il compte restaurer la crédibilité de la Fed, mais ça ne l’empêchera pas d’être vulnérable aux effets potentiels d’une politique monétaire trop serrée.

Deuxièmement, il souhaite stimuler l’offre. Après avoir puisé une quantité record de pétrole de la réserve stratégique, il propose des politiques pour faciliter la transition énergétique et la diversification des sources d’énergie. Il propose aussi de moderniser les infrastructures et la réglementation des réseaux de distribution et de légiférer pour réduire les coûts du logement et des médicaments.

Troisièmement, il s’engage à réduire le déficit budgétaire fédéral, ce qui devrait passer par un resserrement des largesses consenties aux mieux nantis par la réforme fiscale de 2017.

Deux ingrédients manquants

Ce plan est prometteur, mais il dépend de deux éléments qui font cruellement défaut au président Biden : du temps et l’appui du Congrès.

Un des piliers de ce plan est déjà en place depuis l’adoption bipartisane d’un plan d’infrastructures l’an dernier, mais l’effet sur les réseaux de distribution prendra du temps. La même chose est vraie pour toutes les autres propositions de Biden, dont les effets sur l’inflation ne viendront certainement pas avant les législatives de novembre 2022 et probablement pas avant 2024.

Même si des lois miracles pouvaient effacer l’inflation instantanément, elles seraient bloquées au Congrès par l’obstruction systématique des républicains et par certains démocrates qui ne veulent pas prendre de risques pour un président qui languit dans les sondages.

Si les mesures de lutte à l’inflation ne vont pas assez loin, Biden sera vulnérable en 2024 malgré tout le bagage de son opposant probable. Si ces mesures vont trop loin, les États-Unis (et le Canada) risquent une récession prolongée qui entraînerait encore plus certainement sa perte. Il n’a pas droit à l’erreur.

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