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La renaissance de Voivod... après 40 ans

Le groupe de métal québécois continue de se renouveler avec des membres qui approchent la soixantaine

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Photo Agence QMI, Andréanne Lemire Les quatre membres de Voivod à leur dernière répé­tition, dimanche dernier, avant le début de la tournée.

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Le plus célèbre groupe de métal québécois de l’histoire fête bientôt ses 40 ans d’existence. Pas mal pour un groupe de jeunes du fin fond du Québec qu’on disait barbare et fort peu mélodique à ses débuts.

En 1987, la journaliste Madeleine Roy n’y allait pas avec le dos de la cuillère lors d’un reportage télé.

« Voivod, c’est quatre musiciens de Jonquière qui font du speed metal, une musique agressive, violente et, comme vous le verrez, fort peu mélodique ».

Michel Langevin, batteur et illustrateur des 15 albums, rigole avant d’ajouter : « Les choses évoluent et la perception aussi. Au début, je pensais la même chose des groupes punks comme les Sex Pistols. Mais, aujourd’hui, je trouve ça presque commercial. »

« Bientôt ils vont jouer du Led Zeppelin dans les CHSLD parce que la personne de 80 ans a headbangé dans sa vie », ajoute le bassiste Dominique Laroche, lors d’un généreux entretien de 90 minutes que le quatuor a accordé dimanche dernier au Journal

Le chanteur Denis Bélanger, le bassiste Dominique Laroche, le batteur Michel Langevin et le guitariste Daniel Mongrain lors de l’entretien avec Le Journal.
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire
Le chanteur Denis Bélanger, le bassiste Dominique Laroche, le batteur Michel Langevin et le guitariste Daniel Mongrain lors de l’entretien avec Le Journal.

Le groupe fondé en 1983, qui va célébrer ses 40 ans dans quelques mois, est toujours là, avec deux des quatre membres originaux en plus. À 59 ans, Michel Langevin et le chanteur Denis Bélanger (57 ans) adorent encore ça quand ça va vite. 

La réputation sulfureuse de Voivod n’a pas empêché la formation « barbare » dépeinte par la journaliste de feu TQS de faire les premières parties des plus grands du genre, dont Metallica, Ozzy, Iron Maiden, Judas Priest, Dio, Motörhead, et même des groupes moins lourds, comme Rush. 

Et aussi d’engager Jason Newsted, l’ex-bassiste de Metallica et d’Ozzy, qui a joué avec le groupe québécois de 2002 à 2009.

Leur quatrième vinyle, Dimension Hatröss, trône même au 78e rang des meilleurs disques métal de tous les temps, selon le magazine américain Rolling Stone, en compagnie de disques d’icônes comme Black Sabbath, Slayer et Megadeath.

Et il y a trois ans, l’album The Wake a reçu le prix Juno remis à la meilleure sortie métal de l’année au pays.

Pas mal finalement pour des chums de polyvalente du fin fond du Québec qui ne parlaient pas un mot d’anglais.

Très populaire en Europe

Une consécration nationale soit, mais Voivod est très populaire, sinon plus, en Europe, particulièrement en Allemagne. 

« C’est quand même ici, aux plaines d’Abraham, qu’on nous a invités à faire la première partie de Metallica devant 100 000 personnes. C’est aussi ici que le Festival de jazz de Montréal nous a demandé de jouer », tempère Daniel Mongrain. 

« C’est juste qu’on ne peut pas jouer 40 shows par année au Québec », ajoute le guitariste Daniel Mongrain.

Au fil des ans, les guerriers du métal hurlant ont complexifié leur musique, ajoutant une touche de rock progressif à leur attirail bien établi de trash metal.

Se renouveler

De sorte que ceux qui sursautent d’effroi à la simple mention du nom de Voivod pourraient aujourd’hui être agréablement surpris par la sonorité du groupe, même si on est encore bien loin des succès qui roulent en boucle à la radio.

La pochette du 15e et dernier album studio, toujours la création du batteur et graphiste, Michel Langevin.
Photo courtoisie
La pochette du 15e et dernier album studio, toujours la création du batteur et graphiste, Michel Langevin.

Le dernier album, Synchro Anarchy, diffusé en février, ajoute une autre couche de complexité à leurs créations. De toute évidence, le groupe ne veut pas devenir une caricature de lui-même en rejouant encore et encore les mêmes vieilles choses aux mêmes vieux fans.

« On essaie encore aujourd’hui de briser des barrières, de se dépasser », dit le chanteur Denis Bélanger. 

« Nous-mêmes, on est parfois surpris de la belle chimie qui finit par émerger », ajoute le bassiste Dominique Laroche.

Une campagne de sociofinancement tente de recueillir 100 000 $ pour construire cette immense statue du défunt guitariste de Voivod, Denis D’Amour, qui sera installée à Jonquière.
Photo courtoisie
Une campagne de sociofinancement tente de recueillir 100 000 $ pour construire cette immense statue du défunt guitariste de Voivod, Denis D’Amour, qui sera installée à Jonquière.

L’aventure Voivod est pourtant passée bien près de se terminer en 2005, quand le cerveau musical du groupe, le guitariste Denis D’Amour, est mort d’un cancer.

« On était surtout vraiment en deuil. On a par la suite enregistré des albums avec ses pistes préenregistrées de guitare, mais c’était vraiment traumatisant », se souvient le batteur Michel Langevin.

De fan no 1 à membre du groupe

Mais, 17 ans plus tard, le groupe est toujours vivant, en grande partie grâce à son remplaçant, le guitariste Daniel Mongrain, découvert en 2008 lors d’un concert hommage au groupe.

Pour le musicien de 45 ans de Trois-Rivières, c’est un rêve fou qui se réalise. Fou parce qu’il a décidé de se mettre à la guitare à 11 ans... après l’écoute en 1987 de l’album Killing Technology, de Voivod.

« Ç’a été la première cassette que j’ai achetée. Ç’a aussi été le premier show que j’ai été voir. J’étais fasciné par la beauté des pochettes imaginées par Michel. Alors, imagine ma face quand il m’a appelé en plein cours (Daniel Mongrain enseigne la musique au cégep de Joliette) pour me demander si je voulais jouer avec Voivod . »

Le bassiste Dominic Laroche, également de la Mauricie, s’est ajouté à la formation en 2014 après le départ du quatrième membre fondateur, Jean-Yves Thériault.

« C’est la colle dans le groupe », résume Denis Bélanger, celui qui désamorce les situations plus tendues. « Quand il y a de petites frictions, tu as Dominique qui dit : “Ouin, ben là !” », ajoute-t-il.

Retour des spectacles

Avant la pandémie, Voivod pouvait jouer presque 150 spectacles par an.

« Ça m’a énormément manqué. C’est le temps qu’on s’y remette », dit Michel Langevin, fébrile, à quelques jours des tournées prévues au Québec, aux États-Unis, en Europe et peut-être en Amérique du Sud, qui débutaient mercredi dernier à Trois-Rivières. 

À propos de...    

LA CRÉATION DU GROUPE

Au départ, ce sont des chums de polyvalente, puis de cégep, qui ne voulaient juste pas aller travailler dans une usine. En janvier 1983, ne reste que le chanteur à trouver. « On voulait quelqu’un de très théâtral », dit Michel Langevin. Ils ont alors invité Denis Bélanger à chanter... après l’avoir vu dans un match d’impro dans le rôle... d’un ver de terre muet ! Bélanger n’avait jamais chanté de sa vie. Après, ç’a été très vite. « On est passé de Jonquière à New York sans passer par Montréal », dit Denis Bélanger.

Denis Bélanger, chanteur
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire
Denis Bélanger, chanteur

LES SURNOMS

Les fans connaissent Langevin comme « Away », Bélanger comme « Snake » (oui, en l’honneur de l’impro de ver de terre !), Mongrain comme « Chewy » et Dominique comme « Rocky ». « Au début, on se disait : personne va retenir ça, des noms comme Denis Bélanger. Et on était aussi influencés par les surnoms des membres de Venom », dit Michel Langevin.

Michel Langevin, batteur
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire
Michel Langevin, batteur

LA LANGUE

Les membres du groupe originaire de Jonquière peinaient au départ à parler anglais, ce qui ne les a pas empêchés de composer toutes leurs chansons dans cette langue. L’accent prononcé de Denis Bélanger donne encore aujourd’hui une couleur unique à la formation. « 99 % des groupes qu’on écoutait étaient anglophones. Et j’ai toujours trouvé ça très difficile de composer en français », dit Bélanger.


LA SANTÉ MENTALE

Le chanteur a quitté le groupe pendant huit ans en 1994 après une dépression majeure. « J’ai eu des moments tough, se rappelle Denis Bélanger. Il y a eu des décisions difficiles à prendre [entre autres de quitter le groupe]. Mais ça m’est vite revenu comme un 2 x 4 derrière la tête. Ça m’a permis de me rendre compte que j’étais un artiste, que j’avais besoin de créer pour être heureux. »


LES TOURNÉES

Voivod est un groupe de tournée. Il faisait près de 150 spectacles par an avant la pandémie. 

Sexe, drogue et rock’n’roll, tout ça ?

« Quand tu donnes 10 shows en 12 jours, t’as pas intérêt à te coucher trop tard ! » disait Daniel Mongrain dans une autre entrevue.

« Cette tournée va être un bon test. On verra comment le corps réagit. Mais je sens pas le stress de vieillir », confie Michel Langevin, 59 ans.

« Faut pas trop y penser. J’ai mal dans les genoux, mais quand on reste jeune dans la tête, ça passe mieux », ajoute Denis Bélanger, 57 ans.

Une vie amoureuse est même possible pour les membres du groupe. « Avoir une blonde, ça marche, mais il faut faire d’autres choix. Personne dans le groupe n’a d’enfant », dit Dominique Laroche.

Dominique Laroche, bassiste
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire
Dominique Laroche, bassiste

L’ARGENT

Les membres pourraient-ils juste vivre du groupe ? Oui, assurent-ils, mais chacun fait autre chose. Daniel Mongrain est prof au cégep de Joliette, Denis Bélanger travaille dans la construction à Laval, Michel Langevin est graphiste à son compte à Montréal et Dominique Laroche a plusieurs projets musicaux.

« Voivod est notre priorité à tous, mais on a d’autres intérêts aussi », résume Daniel Mongrain.

Daniel Mongrain, guitariste
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire
Daniel Mongrain, guitariste
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