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Premières Nations: les problèmes de logement ont frappé le ministre Lafrenière

Il complète sa tournée des 55 communautés autochtones du Québec aujourd’hui

Ian Lafrenière
Photo courtoisie Le ministre Ian Lafrenière a rencontré plusieurs survivants des pensionnats, dont cette aînée de Maliotenam, sur la Côte-Nord.

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La promiscuité et le surpeuplement des logements sont deux enjeux qui ont frappé le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, dans sa tournée des 55 communautés du Québec qui se termine aujourd’hui à Chisasibi, après un an et 30 000 km parcourus.

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Ce qui lui a sauté aux yeux? «Le surpeuplement des logements et tous les enjeux qui en découlent, autant en santé, en éducation qu’en sécurité publique», répond-il sans détour lors d’une longue entrevue avec Le Journal.

Il relate notamment l’histoire de familles entassées (16 personnes) dans une maison ou celle de trois générations à l’étroit dans un bungalow situé sur une réserve.

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

C’est justement pour être témoin de la vie qu’on mène dans les 55 communautés autochtones de la province que Ian Lafrenière a voulu les visiter une à une à partir du moment où il a été nommé à la hâte en octobre 2020, pour remplacer Sylvie D'Amours.

«Maintenant, quand les Autochtones me parlent des problèmes concernant les chemins forestiers, je suis capable de comprendre, parce que je l’ai vécu», glisse-t-il en riant, après avoir parcouru plus de 30 000 km en voiture et pris une demi-douzaine de vols.

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

Mais ses visites auront aussi été l’occasion de discuter des enjeux complexes des 11 nations que compte le Québec, plus faciles à aborder en personne qu’au téléphone.

Des problèmes variés

L’ancien policier évoque la présence du crime organisé sur la Basse-Côte-Nord, les façons d’aider les Autochtones à obtenir une hypothèque ou des assurances, ou encore l’entretien des résidences au Nunavik, dont Québec a la responsabilité.

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

En mai dernier, à la suite d’une visite, le ministre Lafrenière a par exemple annoncé le financement, avec Ottawa, de trois nouveaux postes de police à Uashat mak Mani-Utenam, sur la Côte-Nord, pour lutter contre le crime organisé et le trafic de stupéfiants.

Mais sa tâche est complexifiée par le fait que plusieurs enjeux ne relèvent simplement pas du provincial. 

«La Loi sur les Indiens limite ce que je peux faire. En communauté, c’est majoritairement le fédéral qui est responsable», explique-t-il. 

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

À l’heure des bilans, ce dernier insiste surtout sur l’importance, pour le gouvernement, de prendre le temps de connaître la réalité autochtone en profondeur.

«Des fois, on est rapides, et on se retrouve à imposer un peu nos solutions. Alors qu’il faut développer les choses ensemble et accepter que ça va prendre plus de temps», témoigne l’élu caquiste.

Cette conclusion l’a mené, entre autres, à proposer des consultations cet été au sujet de la sécurisation culturelle dans le système de santé (voir autre texte), au lieu de se dépêcher de trouver une solution toute faite avant la fin de la session parlementaire.

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

Ce n’est pas fini

Alors que sa tournée et son mandat tirent à leur fin, Ian Lafrenière mesure le trajet parcouru depuis sa première visite chez les Algonquins de Kebaowek, en juin dernier.

D’Ivujivik (au nord) à Akwesasne (au sud), de Pakua Shipi (à l’est) à Timiskaming (à l’ouest), le ministre aura réalisé son périple en un peu moins d’un an, surtout pendant les semaines réservées à sa circonscription de Vachon.

Ses deux filles de 12 et 14 ans ont même pris part au voyage quelques semaines l’été dernier.

«C’est un aboutissement et beaucoup d’émotions. Au début, il n’y avait pas de confiance, c’était très difficile. On nous a challengés. Mais aujourd’hui, j’ai développé des liens personnels, bien plus qu’administratifs», affirme le politicien.

«Je ne veux pas dire que j’ai fait un crochet et que j’ai terminé. Je vais continuer les visites», précise toutefois M. Lafrenière, qui ignore s’il gardera le même poste s’il est réélu en octobre.

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

IL Y AURA DES CHANGEMENTS APRÈS JOYCE

Le ministre Ian Lafrenière mettra la table cet été pour un projet de loi sur la sécurisation culturelle, grandement attendu depuis la mort de Joyce Echaquan.

«On va faire les travaux et les consultations dans les prochains mois, comme ça, un prochain gouvernement aura tout ça entre les mains», a annoncé au Journal le ministre responsable des Affaires autochtones.

La sécurisation culturelle, ou l’adaptation du système de santé aux besoins des Premières Nations et des Inuits, a été l’une des solutions proposées après la mort de l’Attikamek Joyce Echaquan sous les insultes racistes de soignantes en 2020.

«On se fera pas de cachettes: [l’idée] part de Joyce. [...] Au lieu de demander aux gens de s’adapter au système, on évalue comment nos façons de faire peuvent s’adapter aux Premières Nations», résume-t-il.

Accommodements

Par exemple, il peut s’agir d’accommoder de grandes familles autochtones dans les hôpitaux, alors que le nombre de visiteurs y est habituellement limité.

«Il faut comprendre que, quand une famille part de Manawan pour aller à l’hôpital à Joliette, ils n’y iront pas tout seuls», illustre le ministre.

Après des discussions avec les Autochtones, ce dernier en est venu à la conclusion qu’un projet de loi à part entière serait préférable à une mention dans la Loi sur la santé et les services sociaux.

«Les mesures sont déjà là, mais ils voudraient que les principes soient enchâssés dans la loi», précise celui qui a souvent été critiqué pour des longueurs dans ce dossier.

À la suite des consultations estivales, un projet de loi pourrait être déposé dans les premiers mois d’un prochain gouvernement, estime l’élu.

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

5 enjeux qui ont marqué le mandat de Ian Lafrenière     

Des barricades pour les originaux

Ian Lafrenière
Photo Jonathan Tremblay

Automne 2020. Des Algonquins inquiets pour la survie de l’orignal érigent des barricades dans la réserve faunique La Vérendrye, dans les Laurentides, pour y exiger un moratoire de cinq ans sur la chasse sportive. 

La tension monte rapidement avec les chasseurs qui, permis de chasse en poche, souhaitent accéder au territoire.

«C’est un dossier que je n’avais pas vu venir!», se souvient Ian Lafrenière, qui venait tout juste d’être nommé. «Pourtant, la chasse est souvent le premier irritant dans les relations autochtones-allochtones, comme c’est l’endroit où il y a la plus grande proximité.»

Après l’intervention d’un négociateur et de plusieurs représentants, les parties se sont finalement mises d’accord sur la suspension de la chasse sportive jusqu’en 2023. 

«Plusieurs personnes avaient gagé sur mon échec, mais on est arrivés à quelque chose là-dedans. Autant les Algonquins que les chasseurs, on veut tous la même chose: qu’il reste des orignaux pour les prochaines générations», souligne le ministre. 


La crise de l’itinérance autochtone

Ian Lafrenière
Photo d'archives, Agence QMI

En tant qu’ancien policier à Montréal pendant 26 ans, Ian Lafrenière était bien au fait des enjeux de l’itinérance autochtone. 

«C’est l’un des premiers dossiers auxquels j’ai voulu m’attaquer», dit-il.

Or, l’urgence d’agir s’est faite encore plus pressante pendant la pandémie, pendant laquelle au moins deux itinérants autochtones sont morts au centre-ville de la métropole.

Pour éviter des drames semblables, le Secrétariat aux affaires autochtones a participé à l’achat d’un bâtiment autour du Square Cabot, qui comportera des logements et des locaux pour des organismes communautaires.

Il a aussi investi dans des wet shelters, des refuges où il est possible de consommer, au centre-ville de Montréal. 

«Est-ce que le problème de l’itinérance autochtone est réglé pour autant? La réponse est non. C’est le projet d’une vie», reconnaît l’élu caquiste. 


Une DPJ autochtone? 

Plusieurs communautés envisagent désormais de prendre en charge elles-mêmes les enfants qui auraient autrement été sous la tutelle de la Direction de la protection de la jeunesse, une idée qui ne convainc pas totalement le ministre Lafrenière. 

Sur le fond, ce dernier reconnaît la logique derrière ce changement de paradigme, qui gagne en popularité. 

«Qui de mieux placé que les Autochtones pour s’occuper de leurs enfants?», demande-t-il de façon rhétorique. 

Or, il craint que chaque communauté ait des règles différentes. 

«Et là, le danger, c’est que ça devienne un outil pour des gens avec de mauvaises intentions. En corrigeant un problème, je ne voudrais pas en créer un autre», dit-il. 

Selon lui, les Autochtones aimeraient surtout que les dossiers de placement des enfants soient gérés avec la communauté. 

Il assure qu’une personne au Secrétariat étudie la question.


À la recherche de 72 enfants

La CAQ a adopté une loi pour aider environ 200 familles autochtones à savoir ce qui était arrivé à leurs enfants qu’elles n’ont plus jamais revus après les avoir confiés au système de santé québécois. 

«Ça me déchire vraiment le cœur de penser qu’une dame qui a accouché dans les années 70 a pu ne jamais avoir d’autres nouvelles de son enfant», témoigne Ian Lafrenière, père de deux filles. 

Six mois après le dépôt de la loi pour faciliter les démarches des familles, 72 dossiers sont en cours d’évaluation, un «tour de force», selon le ministre.

Dans un moment particulièrement émouvant, il raconte avoir été invité par une mère attikamek à assister à distance à la divulgation des informations sur sa fille disparue. 


Les déchirements sur les pensionnats 

Ian Lafrenière
Photo courtoisie

La découverte de centaines de tombes anonymes en Colombie-Britannique et dans le reste du Canada à l’été 2021 a eu des échos jusqu’au Québec. 

«Les cicatrices sont extrêmement profondes ici aussi, ce n’est pas un sujet dont les survivants vont parler facilement», rappelle le ministre Lafrenière, qui en a rencontré plusieurs pendant sa tournée des 55 communautés de la province. 

Depuis ces sombres découvertes, Québec a nommé un facilitateur responsable d’accompagner les communautés et les individus – qui souhaitent de l’aide psychologique, du soutien pour les recherches ou des fouilles historiques.

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