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L’ombre du patriarcat

L’ombre du patriarcat

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Le 29 mai dernier, une femme se promenant dans un parc de la ville de Québec a provoqué une intervention policière du Service de police de la Ville de Québec. La raison? La femme en question se promenait les seins nus. Cinq hommes représentant un État de droit l'encerclent et lui demandent de «se rhabiller». Nous sommes en 2022, au Canada.

Il est malheureux de constater qu’un tel incident n’est pas un cas isolé. En mars dernier, une maman qui allaitait son bébé au Centre Eaton de Montréal s’est fait demander d’arrêter par un agent de sécurité.

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Lors de son élection en 2015, le premier ministre déclarait face à une presse internationale admirative: «Vous savez, nous sommes en 2015», afin de justifier la composition paritaire de son Conseil des ministres. Une belle publicité pour notre pays. Hélas, les faits rapportés plus haut témoignent que nous avons encore du chemin à parcourir en ce qui a trait à la parité.

Aucune loi

Sur le plan juridique, une telle intervention n’a pas de fondement. Aucune loi au Québec n’interdit à une femme de se promener les seins nus en public. Tel est le cas dans tout le pays, puisque le Code criminel ne l’interdit pas non plus et que les tribunaux canadiens ont expressément consacré cette liberté.

Il faut se questionner sur l’excès de zèle de certains policiers québécois qui, même s’ils sont des fonctionnaires de l’État, demeurent des hommes qui peuvent faire des erreurs de jugement et faire preuve d'excès de pouvoir, d’où l’importance de mieux les sensibiliser à ces questions. D’où l’importance, aussi, pour les citoyens, de se renseigner sur leurs droits, comme l’a fait cette jeune femme.

Il est triste de se rappeler que, pendant que la police est occupée à faire sévir la morale bien-pensante, il n’y a jamais eu autant de femmes tuées en 13 ans au Québec qu’en 2021, l’année la plus meurtrière depuis 2008 avec 26 décès. 

Des exemples ailleurs

Il m’est déjà arrivé, lors d’un déplacement à Vancouver, de croiser dans la rue, par un jour de canicule, une femme se promenant les seins nus avec son conjoint. Elle n’a pas été inquiétée par les passants, et certainement pas par la police.

Chez nos voisins américains, vous n’aurez qu’à vous promener dans les rues de New York ou de Miami pour constater combien le phénomène est inoffensif.

Plus loin encore, il est intéressant de constater que certains peuples indigènes font preuve de plus de civilité que les Occidentaux: que ce soit parmi les tribus Hima en Afrique, les tribus Xingu au Brésil ou les tribus Embera au Panama, des femmes vivent au quotidien avec la poitrine à l’air et allaitent leurs petits en public.

Depuis quand les seins des femmes, conçus en vue de la survie de l’espèce humaine, sont-ils devenus de tels objets de répulsion? Si la sexualisation du corps humain est une notion sociale appliquée uniquement à la femme, alors peut-on réellement encore parler d’égalité? Si le droit de se promener torse nu est réservé à l’homme, alors ne devrions-nous pas concéder des droits de suppléance en compensation aux femmes, comme le droit de bénéficier d’un jour de congé mensuel pour cause de menstruations, un autre sujet considéré comme tabou parce qu'il est exclusivement féminin?

Samira Boukrouh, avocate, Montréal

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