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Un assaut contre la démocratie sans conséquences ?

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Photo d'archive La police arrête une manifestante lors de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.

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 La commission sur l’attaque contre le Capitole le 6 janvier 2021 débute ses audiences publiques. Ses défis sont énormes. Ses chances de succès minces.

Ce soir, toutes les chaînes de télévision américaines diffuseront la première séance publique de la commission spéciale de la Chambre des représentants sur ces événements qui auraient pu faire dérailler la démocratie aux États-Unis.

Toutes les chaînes ? Non. Pendant que la commission présentera une distillation de faits recueillis auprès de plus de 1000 témoins assermentés et plus de 125 000 documents, l’organe de propagande de la droite, Fox News, diffusera plutôt des « faits alternatifs » qui renforceront la conviction de leurs auditeurs que les émeutiers du Capitole ne faisaient qu’exprimer paisiblement leur opinion et que les véritables victimes de cet épisode sont Donald Trump et ses partisans.

Bref, ceux qui croient que ces audiences télévisées changeront fondamentalement la donne politique et les perspectives de succès d’un retour de Donald Trump risquent d’être déçus.

Les défis juridiques

Les faits sont clairs. Le 6 janvier 2021, des centaines de manifestants, dont plusieurs étaient armés et violents, ont envahi le Capitole dans l’intention déclarée d’invalider une élection démocratique. Cette attaque était planifiée et explicitement incitée par Donald Trump, qui n’a rien fait pour l’arrêter.

Comme l’a dit le leader républicain du Sénat peu après, Donald Trump était « pratiquement et moralement responsable » des événements violents qui ont coûté la vie à cinq personnes.

C’était une tentative de coup d’État, un complot pour entraver le cours normal des institutions démocratiques. En clair, le gros bon sens nous dit que c’était un crime perpétré au grand jour, mais ce serait un défi énorme de le prouver devant un tribunal hors de tout doute raisonnable.

Il revient au ministère de la Justice de déposer des poursuites criminelles et il l’a fait récemment contre des acteurs mineurs. Les vrais responsables seront toutefois beaucoup plus difficiles à prendre et leur procès sera d’abord politique.

Les défis politiques

C’est à ce tribunal de l’opinion publique que s’adressera d’abord la commission, mais il y a de quoi être pessimiste sur ce front. En effet, les multiples tentatives infructueuses d’écrouer Donald Trump ont endurci le public, qui a été immunisé contre l’indignation par l’accumulation incessante de scandales.

Quand il s’agit des innombrables inconduites de l’ex-président, l’électorat républicain reste enfermé dans la désinformation et les « faits alternatifs » fabriqués par Fox News et Trump lui-même. De surcroît, le cynisme des électeurs centristes les amène à croire que tous les politiciens sont pareils.

Les élus républicains, terrifiés à l’idée de représailles de Trump, réconfortent leurs partisans en relayant cette désinformation et alimentent le cynisme en dénigrant d’avance les conclusions d’une commission accusée de partisanerie.

Pour les démocrates, l’exposition des actions séditieuses et antidémocratiques de l’ex-président républicain devrait être une occasion inespérée de reprendre l’initiative politique. Toutefois, à moins d’une condamnation sans équivoque par un tribunal – ce qui prendrait une éternité – Trump pourrait se présenter en 2024 sans payer le prix politique de ses actions.

On regardera donc attentivement ce soir le plaidoyer des membres de la commission contre les responsables des événements du 6 janvier. Ils ont besoin d’être convaincants. La démocratie américaine en dépend.

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