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Pourquoi cherche-t-on toujours à élargir l’accès à l’aide médicale à mourir?

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Alors que la pandémie COVID-19, l’invasion de l’Ukraine, les surdoses d’opioïdes et la prolifération des armes à feu ajoutent toujours des morts devancées, ne devrions-nous pas mettre sur pause l’élargissement à l’euthanasie pour de nouvelles conditions non terminales, dont les demandes anticipées pour personnes qui seraient inaptes à le demander dans le futur? 

C’est une bonne décision que prend le gouvernement du Québec de ne plus précipiter en fin de session l’adoption du projet de loi 38 sur l’aide médicale à mourir (AMM). Espérons que dans l’avenir les voix de mise en garde seront entendues de tous et qu’on ne prétendra pas à un accord de tous les concernés.

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Élargir l’accès à l’AMM, c’est comme donner accès aux armes à feu à de plus en plus de gens au nom de la liberté. Espérer que peu s’en servent défie la logique et le bon sens. Les décès par AMM continuent d’augmenter et représentaient déjà 3,1% des décès au Québec en 2020.

On est bien loin de l’idée originale en 2015 pour la décriminalisation de cet acte envers des malades très souffrants et en fin de vie. On est plus loin que ce que recommandait la Cour Suprême dans la cause Carter.

Le droit à la vie

On est bien loin de la pensée à l’origine des chartes des droits et libertés. Il semble que le droit à la vie et la sécurité de la personne devient bafoué et très secondaire à un nouveau droit: demander et recevoir la mort par une réinterprétation de la liberté.

On nous dira: puisque ce sont les personnes elles-mêmes qui le demandent, ce n’est pas de la violence. Pensons-nous vraiment qu’elles n’auront pas subi d’influence indue? 

Que ce soit par 

1– la médiatisation positive de cette nouvelle approche (presque du marketing) 

2– la subjectivité, sans temps d’adaptation, dans l’évaluation de la «qualité» de vie future 

3– le manque d’accès à des soins de santé ou soutien social convenables aux patients et familles 

4– la dévalorisation générale des personnes avec limitations ou moins productives avec des mots comme «fardeau»: mot discriminatoire, qui devrait être restreint comme d’autres mots utilisés de façon dénigrante envers certaines races.

Il est à se demander pourquoi on cherche toujours à élargir l’accès à l’AMM. Comment en sommes-nous arrivés à considérer la mort non plus comme quelque chose à combattre ou accepter à l’heure venue, mais comme quelque chose à rechercher et à provoquer pour de plus en plus de raisons? Ce n’est pas du progrès, mais un retour en arrière en ce qui concerne les droits humains et la protection des plus affaiblis.

«Quand on est mort, on coûte pas cher»

Comme nous l’avons vu de façon flagrante par la pandémie, les personnes âgées en général et ceux plus fragilisés en particulier étaient déjà les grands oubliés, les mal servis et les négligés de notre société québécoise. Comment osons-nous rendre accessible à plusieurs d’entre eux l’injection létale alors que c’est souvent cette dévalorisation que nous avons créée qui les pousse à demander d’avance l’AMM?

À une époque où les considérations économiques risquent de peser fort dans la balance, au revoir la vraie compassion et la vraie liberté, car comme me disait une amie âgée: «Quand on est mort, on coûte pas cher».

Nous avons le devoir de limiter les décès provoqués par injection létale (AMM) au moins autant que nous devons limiter les décès causés par overdose, suicides ou armes à feu.

Travaillons tous à améliorer l’accès aux bons soins et soutien et non à la mort provoquée médicalement. 

Liette Pilon, md

Elle a travaillé en médecine générale 40 ans à Montréal, Brossard et en Afrique.

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