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Soutenons les femmes enceintes migrantes à statut précaire

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AFP

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Agir tôt: deux mots qui résument à eux seuls l’importance cruciale de la grossesse et des premiers mois de vie dans le développement de l’enfant et qui, au Québec, font aujourd’hui l’objet d’une large mobilisation de la société civile.  

Agir tôt, c’est aussi le nom d’une initiative récente en médecine préventive déployée sous la houlette du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, ayant pour objectif de détecter le plus tôt possible les vulnérabilités du développement chez les enfants afin d’intervenir et ainsi prévenir des difficultés encore plus importantes. 

Parmi les autres avancées en la matière, soulignons également les gestes posés en réponse à l’appel de la commissaire Régine Laurent quant à la prévention, au rétablissement des services de première ligne en périnatalité et au renforcement des services communautaires de proximité. 

Saluons enfin l’entrée en vigueur du projet de loi 83 qui permet à tous les enfants, quel que soit le statut migratoire de leurs parents, d’avoir accès à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). 

Manque de suivi 

Si la direction empruntée nous réjouit, il reste toutefois un trou béant dans ce filet de protection: les difficultés d’accès aux suivis de grossesse et l’absence de prise en charge par la RAMQ des frais d’accouchement pour les femmes à statut migratoire précaire. 

Chaque année au Québec, des centaines de femmes deviennent mères sans avoir accès à la protection qu’offre la RAMQ. Parmi celles qui vivent en situation de grande précarité, certaines auront la chance d’avoir un suivi de grossesse ou un accompagnement nutritionnel grâce à des organismes comme Au cœur de l’enfance, Médecins du Monde ou le Dispensaire diététique de Montréal. D’autres vivront leur grossesse sans suivi médical, ou ne consulteront qu’en toute fin de grossesse. 

Ce manque de suivi prénatal a des conséquences sur le développement du fœtus et augmente les risques de naissance prématurée, de bébés ayant un faible poids ou de malformations congénitales. La malnutrition pendant la grossesse est, quant à elle, associée au développement de maladies chroniques et à des retards du développement cognitif de l’enfant. 

Accoucher sans être couverte par la RAMQ, au Québec, c’est aussi vivre avec un stress financier intense. C’est se rendre à l’hôpital avec 1200 $ dans une enveloppe pour payer les frais de péridurale, si jamais la douleur devient insoutenable. C’est conclure une entente de paiement de 20 000 $ ou plus pour les frais d’accouchement, et porter longtemps le poids financier et psychologique de cette dette, alors qu’on vit déjà en situation de vulnérabilité. 

Les 1000 premiers jours 

Durant la grossesse, chaque jour, chaque heure, chaque minute influence la santé future de l’enfant. Le consensus scientifique est solide: la période des 1000 premiers jours de vie, de la grossesse aux deux premières années de la vie de l’enfant, est une période cruciale pour son développement, mais aussi pour sa santé globale tout au long de sa vie. C’est pourquoi nous soutenons les recommandations formulées dans le mémoire publié par Médecins du Monde et appuyées par une coalition formée d’organisations qui demandent que toutes les femmes vivant au Québec aient accès aux soins liés à la grossesse, mais aussi aux autres services essentiels de santé sexuelle et reproductive dont elles ont besoin tout au long de leur vie. 

Si, en tant que société, nous désirons agir tôt et auprès des plus vulnérables, il faut ouvrir toutes grandes les portes du système de santé aux femmes enceintes migrantes à statut précaire. Il faut assurer la prise en charge par la RAMQ des suivis de grossesse et des frais d’accouchement. Il faut favoriser une étroite collaboration entre le réseau de la santé et le milieu communautaire. Il faut offrir à toutes celles qui en ont besoin des services tels que le suivi Olo, dont le premier objectif est de donner aux familles des chances égales de mettre au monde un bébé en santé. 

L’absence de soins pendant la grossesse a des conséquences sur la santé des enfants, ce qui entraîne des frais importants pour le réseau de la santé. L’absence de soins va aussi de pair avec la progression de maladies pourtant évitables, ce qui mène ensuite à des traitements plus lourds et plus coûteux pour la société. La prise en charge par la RAMQ des frais de grossesse et d’accouchement constitue un excellent retour sur l’investissement. Compléter le filet de sécurité est donc dans notre intérêt à tous et toutes! 

Élise Boyer, directrice générale, Fondation Olo

Dre Marie-Laure Durand-Hemery, Association des spécialistes en médecine préventive du Québec

Christine Durocher, directrice générale, Au cœur de l’enfance

Julie Paquette, directrice générale, Dispensaire diététique de Montréal

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