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La Caisse «dédouane» les paradis fiscaux

Charles Émond
Photo Chantal Poirier Le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Emond.

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Charles Emond et le reste de la haute direction de la Caisse de dépôt ont récemment trouvé judicieux d’investir 3,1 milliards de dollars pour détenir 22 % du port de Jebel Ali et de sa zone franche, où la fiscalité est nulle pour les entreprises.

En achetant et en conservant des parts dans des sociétés et des filiales d’entreprises enregistrées dans des paradis fiscaux, la Caisse de dépôt et placement du Québec « dédouane » ce type d’investissement.  

DP World est une filiale de Dubaï World, société de participation appartenant au gouvernement de Dubaï. Et Jebel Ali est le 9e port le plus fréquenté du monde, le plus grand port artificiel et le plus grand et de loin le port le plus fréquenté du Moyen-Orient.  

Pourquoi cet investissement de la Caisse aux Émirats arabes unis soulève-t-il la controverse ?    

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard radio :

  • Un, parce que la zone franche de Jebel Ali, c’est l’équivalent d’un paradis fiscal.   
  • Deux, parce que les Émirats arabes unis ont refusé de condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et qu’en plus, le pays a accueilli à bras ouverts des oligarques russes.     

Le refuge des Russes

Voici ce que Andreas Krieg, professeur agrégé à la School of Security Studies du King’s College de Londres, déclarait la semaine dernière dans le magazine Time à propos de Dubaï, déclaration reproduite dans The Globe Mail.  

« Dubaï est l’un des principaux centres d’argent sale au monde, un nœud clé dans les réseaux financiers illicites offrant un refuge financier sûr pour les seigneurs de la guerre, les fraudeurs, les organisations terroristes et les gangsters. Il n’est pas surprenant que les kleptocrates du Kremlin se soient échoués récemment sur les côtes des Émirats. Permettre à Poutine et à son entourage de contourner les sanctions fait des Émirats arabes unis un catalyseur clé des intérêts des élites du pouvoir russe. » 

Interviewé par Le Journal, Franck Jovanovic, professeur d’économie et de finance à l’Université TÉLUQ, dresse lui aussi un sombre portrait des Émirats arabes unis. 

« C’est clairement un paradis fiscal, c’est connu. Aussi, les Émirats arabes unis ont souvent été épinglés pour des questions de blanchiment d’argent et ils ne sont pas transparents. La décision de la Caisse est étonnante, je suis perplexe. » 

Il en est de même pour les porte-paroles en matière de finances des partis d’opposition à l’Assemblée nationale. 

« Ça n’a aucun bon sens. C’est une totale aberration. C’est totalement inacceptable », selon le député péquiste Martin Ouellet. 

Pour sa part, Ruba Ghazal, de Québec solidaire, estime que « c’est gênant qu’une institution publique de cette importance [la Caisse] achète des parts dans une zone franche qui encourage les paradis fiscaux ». 

La Caisse se fout des critiques

Mais à la Caisse, on n’en a que faire de ce genre de dénonciations. 

On se cache derrière la réponse classique, du genre, la Caisse, elle, respecte « les sanctions canadiennes » concernant toutes ses décisions d’investissement et sa transaction avec DP World a été effectuée « après un processus exhaustif et méticuleux ».  

« Notre partenaire, précise la Caisse à la Presse canadienne, nous a assuré qu’il respecte les normes les plus élevées. DP World n’a aucun actif en Russie. » 

La Caisse, elle, détenait des actifs russes pour une valeur de 1,13 milliard $. Elle les a liquidés au début de mars dernier. On n’en attendait quand même pas moins de sa part ! 

Mauvais exemple 

N’en déplaise à son PDG, Charles Emond, la Caisse donne un mauvais exemple lorsqu’elle investit par l’entremise de sociétés enregistrées dans des paradis fiscaux. 

La Caisse aura beau affirmer « qu’elle respecte toutes les lois et s’acquitte de ses obligations fiscales » et qu’elle « s’oppose à toute forme d’évasion fiscale », ce n’est certes pas en détenant elle-même des filiales dans des paradis fiscaux qu’elle va donner l’exemple.  

Aux îles Caïmans, les filiales de la Caisse qui y sont enregistrées sont Apollo Hercules Partners, KKR-CDP Partners, GMAC ASO Fund. On y retrouve également la coentreprise Kiwi Holdco Cayo, dont la Caisse possède 69 % des actions.  

Aux Bermudes, Einn Volant Aircraft Lessing Holding (dont la Caisse détient 90,5 % des actions) est constituée.  

Quant à la coentreprise DP World Caucedo, détenue à hauteur de 45 %, elle est enregistrée aux îles Vierges Britanniques. 

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