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Inflation: ça joue du coude pour des repas à 5 dollars

Carrefour St-Eusèbe
Photo Julien Mcevoy Cécilia Lessard constate chaque jour à quel point les gens ont faim. L’organisme qu’elle dirige offre des repas cuisinés et livrés pour 5$ aux aînés en perte d’autonomie.

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L’inflation alimentaire fait exploser la demande pour des repas à 5$ cuisinés et livrés par un organisme qui doit maintenant faire des choix déchirants pour savoir qui nourrir en premier.

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«Il y a un fossé entre les besoins des gens et ce qu’on est capable de fournir», lance Cécilia Lessard, directrice du Carrefour St-Eusèbe, à Montréal. 

La femme dans la quarantaine constate chaque jour que les gens ont faim. L’organisme communautaire qu’elle dirige est consacré aux personnes de 50 ans et plus.  

On y offre entre autres un service de repas sains et équilibrés livrés à domicile aux clients en perte d’autonomie. Avec la soupe et le dessert, le repas coûte 5$, soit moins que son prix de revient.  

«Avec l’inflation, ça nous coûte plus cher à faire, à peu près 5,75$. Mais notre clientèle ne peut pas payer plus. Déjà, souvent, de nombreux aînés n’arrivent pas à nous payer à la fin du mois», explique la directrice.  

Le budget actuel du programme permet d’offrir des repas à 70 personnes. Mais ça pourrait facilement être le double.  

«Notre budget est dépassé, on doit piger dans les dons qu’on reçoit pour nourrir les gens. Je ne sais pas comment on va faire pour continuer», déplore Mme Lessard.  

Carrefour St-Eusèbe
Photo Julien Mcevoy

Son équipe offre aussi un service d’emplettes. Les employés et les bénévoles se rendent à l’épicerie ou passent la commande pour la clientèle aînée.  

«Quand on arrive avec leur épicerie de 25$, on voit bien que ce n’est pas assez. Donc on leur donne des repas gratuits en plus. La demande est partout, le budget explose», ajoute la directrice.     

Cri d’alarme

Le Carrefour St-Eusèbe fait partie de la Table de concertation en sécurité alimentaire, qui regroupe 10 organismes du quartier Centre-Sud, à Montréal.  

La Table a poussé un cri d’alarme à l’endroit de Québec cette semaine: sans le rehaussement de leur financement, ces organismes ne pourront bientôt plus nourrir les personnes dans le besoin. 

«Je pleure souvent, car je dois porter l’odieux de choisir à quelle personne je dois donner de l’aide alimentaire: une aînée isolée et vulnérable ou une personne âgée dont la sous-alimentation l’a menée à avoir des idées suicidaires. On est rendu à ce point», raconte d’ailleurs Cécilia Lessard.  

À quelques rues du Carrefour St-Eusèbe, on retrouve la plus grosse banque alimentaire du quartier, Information alimentaire populaire Centre-Sud, qui nourrit 2200 personnes par année.  

«La demande explose et on vient de perdre la moitié de notre financement. J’ai encore un an de jeu avant de faire des choix, et le premier, ça va être de couper mon propre poste», illustre le directeur, Julien Scott. 

Hausses des demandes à Québec

Dans la région de Québec, bien que les dons en denrées alimentaires aient diminué de façon significative, il est hors de question d’établir des critères d’admissibilité aux dons et encore moins de refuser une demande d’aide.

Chez Moisson-Québec, qui fournit plusieurs banques alimentaires de la région de Québec, on indique qu’il est hors de question de refuser une demande d’aide.

«Oui, il y a une hausse des demandes et une diminution des dons, mais on n’est pas rendu au point de dire qu’on refuse qui que ce soit, à quelconque endroit que ce soit», fait valoir Elizabeth Fortin, coordonnatrice aux communications.

L’organisme indique avoir encore des denrées en réserve, mais admet qu’il aura éventuellement besoin d’aide et, surtout, de dons.

«Je ne vois pas le jour où on va dire: non, on ne peut pas vous aider. On va trouver des solutions pour répondre à toutes les demandes», termine-t-elle.

À La Bouchée Généreuse, «c’est un accueil inconditionnel» qui est réservé à quiconque se présente pour avoir de l’aide.

Pierre Gravel, directeur général, et sa fille Marie-Pierre, assistante-directrice, soulignent que tous ceux qui se présenteront à leur local et qui ont besoin d’aide seront acceptés, peu importe leurs conditions de vie.

Marie-Pierre Gravel, responsable de la Bouchée Généreuse, à Québec, rappelle que, malgré la diminution des dons ces derniers mois, tous ceux qui se présenteront et qui ont besoin d’aide seront acceptés.
Photo Stevens LeBlanc
Marie-Pierre Gravel, responsable de la Bouchée Généreuse, à Québec, rappelle que, malgré la diminution des dons ces derniers mois, tous ceux qui se présenteront et qui ont besoin d’aide seront acceptés.

«Malheureusement, même la classe moyenne, en ce moment, souffre énormément», se désole Mme Gravel.

L’heure est à la solidarité plus que jamais, même s’ils font face à des défis d’approvisionnement.

«On doit travailler deux fois plus pour avoir la même quantité de nourriture [à offrir]», termine-t-elle.

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