/opinion/columnists
Navigation

Brian Mulroney, l’antithèse de Trudeau père

Coup d'oeil sur cet article

Au Québec, du moins pour les moins jeunes, le fond de l’air est définitivement à la nostalgie.

Du monument à l’ex-premier ministre Jacques Parizeau au lancement controversé de l’Année Lévesque, les plus de 50 ans, dont je suis, se prennent à se rappeler cette grande époque d’une étonnante effervescence sociale, politique et culturelle. 

Devant les plus jeunes générations rendues « ailleurs », il faut bien le dire, on a la triste impression de faire soudainement partie d’une étrange ligue du vieux poêle...  

Pourtant, l’ensemble de l’œuvre, on aura eu l’immense privilège de le vivre à fond : Révolution tranquille, fondation du Parti Québécois, crise d’Octobre, crises et émeutes linguistiques, adoption de la loi 101, espoirs et échecs constitutionnels, référendums, etc.

Du même coup, nous aurons admiré des femmes et des hommes politiques, dont la plupart ne sont plus de ce monde, qui étaient des êtres capables d’une intelligence et d’une élévation exceptionnelles.

Tellement qu’en nos temps sombres de polarisation chronique, de chambres d’écho hargneuses et de complotisme délirant, on n’ose même plus imaginer pouvoir recommencer un jour à rêver aussi grand. 

Le courage de Brian Mulroney

À son tour, la sortie de Brian Mulroney cette semaine est venue rappeler un des chapitres les plus déterminants de ce temps de plus en plus oublié. 

Les médias ont surtout retenu sa remarque attendue envers un Parti conservateur qu’il dit ne plus reconnaître. Pour l’ex-chef du défunt Parti progressiste-conservateur, impossible en effet de se trouver le moindre atome crochu avec l’ultra droite agressive d’un Pierre Poilievre.

Or, avec ses 83 ans bien sonnés, ce qu’il faut savoir de Brian Mulroney est ceci. Premier ministre du Canada de 1984 à 1993, il s’était révélé être l’antithèse même de Pierre Elliott Trudeau. Particulièrement sur la fameuse question qu’on osait encore poser : « What does Québec want ? ».

Son objectif : réparer la fourberie de Trudeau père qui, un an et demi après la défaite du Oui au référendum de 1980, avait doté le Canada d’une nouvelle charte des droits sans l’approbation de l’Assemblée nationale. 

M. Mulroney s’était donc engagé à ramener le Québec dans la « grande famille canadienne » avec « honneur et enthousiasme ». Au prix de faire éclater le Parti Québécois, même René Lévesque succomberait au « beau risque » fédéraliste de M. Mulroney.

La fenêtre s’est refermée

Une fois au pouvoir, c’est avec Robert Bourassa, redevenu premier ministre du Québec en 1985, qu’il négociera son beau risque. On connaît la suite. L’accord du Lac Meech reconnaissant le Québec comme une « société distincte » sera rejeté en juin 1990. 

Cet accord, attaqué aussi de toutes parts par Trudeau père, visait avant tout à reconnaître et accommoder le nationalisme québécois au sein de la fédération. Et non pas, comme l’avait si souvent fait Trudeau père, à le combattre et l’humilier. 

Brian Mulroney était d’une tout autre école – celle de « son » Canada, qu’il croyait prêt à tendre la main au Québec. S’il avait réussi, deux choses sont sûres. 

De une, dès que cette récon-ciliation Québec-Canada aurait fini par renforcer concrètement les pouvoirs du Québec au sein de la fédération, le mouvement souverainiste ne s’en serait jamais remis.  

De deux, depuis Brian Mulroney, tout fédéralisme véritablement renouvelé est devenu impraticable. La « fenêtre », unique, c’est lui qui, avec courage, l’avait ouverte.  

Pour les Québécois et leurs gouvernements, quels qu’ils soient, le problème est qu’après lui, cette fenêtre s’est refermée pour de bon. 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.