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Grand Prix: François Dumontier, la victime

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On a eu le droit hier à l’un des rôles préférés du promoteur du Grand Prix du Canada, François Dumontier, celui de la victime. Le promoteur a en effet lancé à qui voulait bien l’entendre que le méchant Journal de Montréal s’acharnait sur son événement, en lui donnant même l’impression « d’être le pimp numéro 1 à Montréal ». 

Ce n’est pas la première fois que le promoteur adopte cette stratégie victimaire pour se déresponsabiliser et continuer à rester dans ce qu’il sait faire de mieux : l’inaction. D’ailleurs, lors de sa comparution devant la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, il a clairement dit n’avoir aucune part de son budget consacrée à lutter contre l’exploitation sexuelle. 

Pourtant, il sait très bien que son événement est un pôle d’attraction pour la traite des personnes en vue de l’exploitation sexuelle au Canada. Il a même reconnu, lors de la Commission, que des proxénètes « n’hésitent pas à relier malicieusement leur offre de “services” » à son événement.

Face à cette réalité, que fait ce promoteur ? Rien, à part reprocher aux médias de faire leur travail et de mettre l’accent sur une situation inacceptable. Y a-t-il exagération ou acharnement ? Regardons quelques chiffres récents...

Explosion de la demande

Dans l’article de ma collègue Valérie Gonthier publié dans Le Journal d’hier, le policier à la retraite Paul Laurier a procédé à l’identification de l’offre prostitutionnelle en ligne à l’approche de la F1 comme il l’avait fait en 2018. Il a répertorié pas moins de 30 000 annonces actives d’escortes comparativement à quelque 8000 en 2018. Il faut savoir que deux événements internationaux majeurs se tenaient cet été-là au Québec : le Grand Prix de Montréal et le Sommet du G7 à Charlevoix. 

Récapitulons. Un événement en 2022 : 30 000 offres, deux événements en 2018 : 8000 offres. Aujourd’hui, les annonces ne se retrouvent plus uniquement sur des sites spécialisés, mais envahissent aussi les réseaux sociaux, que ce soit Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram et j’en passe. 

Alors, que fait le promoteur pour redorer l’image de son événement ? Le vide sidéral !

Écoutez l'entrevue de Benoît Dutrizac avec Maria Mourani sur QUB Radio:

Propositions d’actions

Soyons donc généreux. 

Voici trois propositions d’actions simples et peu coûteuses que le promoteur pourrait implanter cette année et qui pourraient l’aider à ne pas avoir l’impression « d’être le pimp numéro 1 à Montréal » :   

  1. Afficher sur le site de la F1 et lors des soirées VIP, notamment dans les toilettes, la campagne visant à informer les prostitueurs que l’achat de services sexuels est criminel. Cela ne coûte pas grand-chose.    
  2. Réserver un petit budget pour les victimes d’exploitation sexuelle.    
  3. Adhérer au programme RADAR du SPVM qui invite les hôteliers et les chauffeurs de taxi à dénoncer les cas d’exploitation sexuelle dont ils sont témoins. Une petite séance d’information pourrait même être offerte à tous les employés.       

Contrairement à ce que prétend Tourisme Montréal — qui affirme ne rien pouvoir faire de plus pour contrer l’exploitation sexuelle lors du Grand Prix — la lutte à ce fléau est l’affaire de tous. Il est donc raisonnable de s’attendre à un minimum d’actions de la part d’une organisation qui brasse des millions de dollars et dont les bénéfices pour les contribuables restent encore à prouver.

En attendant, soyons magnanimes, mais pas aveugles. 

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