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Sommes-nous métissés?

Pourquoi je ne suis pas une Indienne
Photo courtoisie

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Pourquoi je ne suis pas une Indienne, voici un titre intrigant et qui peut ressembler à une sorte de provocation. Alors que nous sommes nombreux à revendiquer notre part d’« amérindienité » en nous, voici qu’une Abénaquise « assimilée » se questionne sur sa véritable identité.

« Une reconnaissance juridique est-elle suffisante pour conférer une identité culturelle ? se demande-t-elle d’emblée. Autrement dit, peut-on revendiquer l’appartenance à une culture qui nous est étrangère lorsqu’on a été assimilé ? » 

Ce qui est le cas de l’auteure de cet essai, qui avoue très peu connaître la culture des Premières Nations, malgré son métissage à travers son arrière-grand-père qui appartenait à la nation des Abénaquis.

Ne connaissant ni la langue de ses ancêtres ni leurs traditions propres, ce serait mal venu de revendiquer cette identité, croit-elle. Surtout en ces temps troubles où fusent de toutes parts, au beau milieu d’un climat de méfiance, des accusations d’appropriation culturelle et d’usurpateur identitaire. 

Alors qu’elle séjourne pendant un an en Allemagne pour participer à une étude environnementale, l’auteure assiste à une cérémonie de commémoration de la Nuit de Cristal, un « processus de réparation et de pardon [qui] se vit et se partage tout doucement autour de la commémoration d’un événement qui a eu lieu il y a 80 ans, mais dont les traces sont toujours vives ». 

Elle y découvre « l’importance de la mémoire afin de cheminer tout doucement et progressivement vers une réconciliation collective ». 

Un tel processus est déjà entamé ici entre Autochtones et non-Autochtones, souligne Poirier, avec la Commission de vérité et de réconciliation (2015) et la récente Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (2019), « qui ont permis d’entendre des témoignages de ceux et celles qui ont souffert de l’emprise de certaines institutions coloniales et canadiennes ».

Cette commémoration a été l’élément déclencheur d’une vaste réflexion sur l’identité autochtone et l’autochtonie. 

Qui suis-je ?

Pour l’auteure, l’identité métissée n’est pas aussi simple que le laisse entendre la croyance populaire selon laquelle « tous les Québécois sont métissés ». On ne peut pas débarquer un jour au sein d’une communauté et dire : « Coucou, c’est moi ! Je suis l’une des vôtres ». Et cela, même si sa mère a obtenu sa carte officielle de statut d’Indien, ce qui lui permettrait d’obtenir la sienne sans aucun doute. 

Poirier est donc confrontée à un dilemme. « Si je parvenais à prouver que je ne suis pas une imposteure grâce aux différents moyens qui s’offrent à moi (génétiques, généalogiques et légaux), se demande-t-elle, aurais-je quand même la légitimité requise afin de parler de la culture autochtone, ou du moins de parler de la culture abénaquise ? »

Mais il y a plus. Poirier éprouve un profond malaise lorsqu’en avril 2016, la Cour suprême du Canada statue que « les Métis et les Indiens non inscrits sont des “Indiens” au sens de la loi ». Elle se demande avec raison : « Dans le cas où l’on a été assimilé, peut-on revendiquer une identité et l’appartenance à une culture qui nous sont étrangères ? [...] En d’autres mots, qui suis-je ? » Elle déplore avoir été privée de cette riche culture autochtone et n’hésite pas à parler de génocide et d’ethnocide.

Cette reconnaissance a suscité l’apparition des « néo-autochtones », qui se sont découvert une généalogie de Premières Nations, créant un véritable malaise identitaire, car « l’identité n’est pas que biologique et génétique, elle est d’abord une construction sociale. [...] Elle est un processus imbriqué dans un cadre plus large qui se nomme la culture, la société et l’époque dans laquelle nous vivons ». Cela exige temps et patience.

L’auteure déplore notre « amnésie généralisée », car « nous avons oublié ce qui nous lie au monde ». Le colonialisme a contribué à cette amnésie, privilégiant l’extraction et le pillage des ressources naturelles qui auraient dû demeurer dans les entrailles de la terre mère et menaçant la biodiversité. 

Au terme de sa quête identitaire – « un minuscule grain de sable dans ce qui constitue un ensemble très vaste » –, Poirier souhaite « que les membres des Premières Nations poursuivent leurs revendications au nom de leurs droits ancestraux et des traités afin qu’ils continuent à “exister avec les territoires” et ainsi garder les liens avec leurs ancêtres et leur histoire orale ». Si jamais elle revendiquait son identité autochtone, ce serait dans cet unique et noble but.

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La tolérance pervertie

Pourquoi je ne suis pas une Indienne
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La tolérance a foutu le camp, chassée par la cancel culture, la culture du bannissement, « une sorte de police du langage qui, au nom de l’Autre, commande la plus grande prudence dans l’usage de termes pouvant heurter les sensibilités de groupes minoritaires (sexuels, politiques, ethniques, religieux) ». Et cela au nom de la tolérance justement, une tolérance pervertie, qui n’est rien d’autre qu’« un ferment de division et d’exacerbation des tensions ethnoculturelles et religieuses ». 

Un terrain de jeu miné, installé surtout en milieu universitaire, propice à la dénonciation de toute sorte en invoquant la sacro-sainte Charte des droits et libertés. La moindre critique sera qualifiée de racisme et d’ethnocentrisme. On l’aura compris, l’auteur plaide pour « une tolérance éclairée, limitée et négociée reposant sur une compréhension claire de ses objectifs, de ses enjeux et de ses horizons ». 

Une contribution importante à la lutte contre les dogmatismes et « les militantismes intempestifs ».

La lettre comme fiction de soi - De Saint-Denys Garneau épistolier

Pourquoi je ne suis pas une Indienne
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Hector de Saint-Denys Garneau est notre poète national le plus mystérieux. Mort très jeune, à 31 ans, il fuyait les mondanités, préférant vivre « en dehors du monde », dans le manoir familial de Sainte-Catherine-de-Fossambault. Poète d’un seul ouvrage, Regards et jeux dans l’espace, il a consacré de nombreuses heures de sa courte vie à entretenir une correspondance assidue avec amis et proches, des « lettres de chair et de sang », selon l’expression d’Anne Hébert, sa cousine. 

On vient justement de découvrir plus de quatre cents lettres inédites, qui jettent un nouvel éclairage sur le poète solitaire, à la fois peintre et épistolier, tourmenté par la mort et l’idée d’échec et d’imposture. Mais c’est aussi une partie du Québec littéraire de l’époque – les années 1930 – qui est citée au rendez-vous : Claude Hurtubise, André Laurendeau, Jean Le Moyne, Robert Élie, Anne Hébert, etc., d’où son intérêt.

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