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Viol collectif: Hockey Canada mis en échec à Ottawa

La fédération est incapable d’identifier les huit joueurs qui auraient été impliqués

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Criblés de questions devant le comité permanent du patrimoine canadien, les bonzes de Hockey Canada ont dû admettre qu’ils n’avaient jamais été en mesure d’identifier les huit joueurs qui seraient impliqués dans une affaire de viol collectif en 2018 et que les athlètes n’ont pas été tenus de collaborer à l’enquête. Rien pour réduire la grogne à l’endroit de l’organisme.

• À lire aussi: Des fonds publics utilisés pour camoufler un viol collectif?

Autant Scott Smith, président et chef de l’exploitation de Hockey Canada, que Tom Renney, chef de la direction, ont plutôt mal paru durant l’exercice, devant les élus à Ottawa.

Même après de nombreuses questions, plusieurs zones grises existent toujours concernant les événements qui seraient survenus les 18 et 19 juin 2018, dans le cadre d’un gala de la Fondation de Hockey Canada, à London.

Scott Smith, président et chef de l’exploitation, Tom Renney, chef de la direction, et Dave Andrews, président, Fondation Hockey Canada, ont témoigné hier devant des élus à Ottawa.
Photo courtoisie
Scott Smith, président et chef de l’exploitation, Tom Renney, chef de la direction, et Dave Andrews, président, Fondation Hockey Canada, ont témoigné hier devant des élus à Ottawa.

L’enquête indépendante de 26 mois lancée par la fédération sportive n’aura donc pas permis d’identifier les fautifs allégués.

«Ni l’enquête ni la police de London n’ont été capables de confirmer qui étaient les accusés», a lancé Smith, tandis que Renney a rappelé que la plaignante avait accepté une entente à l’amiable et qu’elle n’avait pas participé à l’enquête.

«Nous ne pouvons que respecter ses souhaits», a-t-il fait valoir.

Pas de fonds publics

Toujours selon les deux représentants de Hockey Canada, les fonds publics qui servent à financer l’organisme n’ont en aucun temps été utilisés, ni pour régler l’entente hors cour ni pour les frais judiciaires encourus. 

Smith a du même coup mentionné que Hockey Canada avait fait les choses dans les règles de l’art.

«Il faut prendre un pas de recul avant de sous-entendre que nous avons camouflé l’affaire. La police a été avisée rapidement. Nous avons déclenché une enquête. Nous avons offert du soutien à la jeune dame. 

«Le processus que nous avons emprunté dans cette affaire est commun. Des accords comme celui-là sont communs et ils sont faits pour protéger tous les gens concernés. Ils découlent d’un accord mutuel. Personne n’a été forcé au silence», a-t-il insisté.

Confusion

Même en voulant démontrer sa bonne volonté dans l’affaire, Hockey Canada s’est fait poivrer de questions concernant le fait que les 19 joueurs présents lors des événements qui ont dérapé en 2018 n’ont pas été tenus de répondre à des questions durant l’enquête.

Sur ce point, Renney a affirmé devant le comité que seulement quatre à six hockeyeurs auraient collaboré. Une information que Smith a plus tard contredite en parlant plutôt de 12 à 13 joueurs. 

Un «complice»

Quoi qu’il en soit, il n’en fallait pas plus pour que Hockey Canada soit même identifié comme complice dans ce dossier d’agression sexuelle aux yeux de quelques politiciens, dont Sébastien Lemire, député du Bloc Québécois.

«Je sens à la lumière de vos réponses que vous avez été plus ou moins proactifs. Vous avez fait des enquêtes et des rapports non complets. Vous ne savez pas ce qui s’est produit, mais vous vous êtes dépêchés de payer pour camoufler l’affaire. 

«Il y a une certaine forme de complicité que vous démontrez. J’espère sincèrement que vous n’avez pas mis de pression sur la victime pour pouvoir assurer ce règlement hors cour. Pour moi, vous agissez dans cette histoire-là comme étant John Doe 9», a-t-il pesté en faisant allusion aux huit joueurs non identifiés.

– Avec Guillaume St-Pierre, Bureau parlementaire 

Trop de questions sans réponse  

Aux yeux des élus qui ont questionné les dirigeants de Hockey Canada, la comparution n’aura pas permis d’apporter les éclaircissements attendus.

«Je pense que ça a laissé beaucoup de questions sans réponse», a laissé tomber Peter Julian, du Nouveau Parti démocratique. 

«Je pense que le fait qu’ils n’aient pas obligé les joueurs à participer à l’enquête laisse perplexe une majorité de Canadiens. Si tu fais une enquête, tout le monde doit être obligé de participer», a-t-il déploré après coup en mêlée de presse.

Le président et chef de l’exploitation de Hockey Canada, Scott Smith, a par ailleurs indiqué que la fédération devait composer avec « un ou deux cas » d’agression sexuelle par année, lors des «cinq ou six dernières années». Il y aurait deux enquêtes actuellement en cours et sur lesquelles l’organisme n’a pas voulu fournir de plus amples détails.

«Il faut que cette agression sexuelle soit la dernière, mais il semble que non. Il continue d’y avoir des cas. Ils ont parlé d’une douzaine de cas et de deux enquêtes. Ça me laisse inquiet. Hockey Canada n’a pas pris toutes les mesures nécessaires», a statué M. Julian.

Code de conduite à revoir

Hockey Canada révise actuellement son code de conduite. Il s’agit là d’une autre mesure qui ne semble pas émouvoir les élus du comité.

«Quelle est la valeur d’un code de conduite si vous ne participez pas [à une enquête] quand il y a des allégations horrifiantes d’agression sexuelle?» a questionné M. Julian.

À ce sujet, M. Smith a révélé que dans le futur code de conduite de Hockey Canada, les joueurs pourraient être tenus de collaborer à de telles enquêtes. Il a par ailleurs concédé que l’organisation était «probablement en retard» en ce qui a trait à l’éducation aux joueurs en termes de prévention de tels événements.

Toujours des subventions

Le comité n’a pas statué sur les prochaines étapes à adopter, mais il ne semble pas que de retirer des subventions à Hockey Canada fasse partie de la solution.

«Ils ont fait une erreur, mais on va pénaliser des jeunes joueurs de partout au pays si on ne donne pas des fonds à des institutions nationales comme Hockey Canada ou Soccer Canada. La manière de garantir un environnement sécuritaire pour tout le monde, ce n’est pas de priver une association nationale de fonds», estime Anthony Housefather, député montréalais du Parti libéral du Canada. 

– Avec Guillaume St-Pierre

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