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Le grand complot du baiser

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Si vous avez un fils de moins de 30 ans, il y a de fortes chances qu’il ait été marqué par la série de films Histoire de jouets (Toy Story) et son astronaute Buzz Lightyear.

Je vous garantis cependant qu’il n’a pas aimé cela plus que mon fils.

Les scènes dans lesquelles Buzz décollait en s’écriant « To infinity and beyond » l’hypnotisaient.

Je craignais qu’il se lance dans le vide du haut des escaliers.

Tollé

Disney vient de sortir un autre film de la série, intitulé Lightyear

On y voit deux femmes s’embrasser très brièvement. 

Aux États-Unis, une certaine droite puritaine est en émoi : Disney ferait la promotion de l’agenda LGBTQ auprès des enfants, autre signe de notre décadence morale.

C’est évidemment très exagéré.

Il est normal que les films reflètent la diversité des sensibilités présentes dans une société, et ce n’est pas comme si Hollywood ne produisait pas quantité de films montrant une conception plus traditionnelle des comportements.

Je ne suis pas trop sûr de voir où est le danger dans le fait de montrer aux enfants que, oui, il existe des gens qui peuvent aimer d’autres gens du même sexe.

Mon agacement tient plutôt à la monumentale hypocrisie d’une industrie hollywoodienne qui se plie en huit pour cocher toutes les bonnes cases de ce qui passe pour du progressisme idéologique, tout en fermant les yeux sur les vies privées monstrueuses de nombre de vedettes du milieu. 

Mais au moins, aux États-Unis et dans le reste de l’Occident, le film n’est pas banni.

Critiquer un film est en effet une chose, l’interdire en est une autre.  

Au moment où j’écris ces lignes, Lightyear est banni dans 14 pays du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est, parmi lesquels l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Égypte, la Malaisie, l’Indonésie et le Liban. 

Ce sont tous des pays dans lesquels les relations intimes entre gens de même sexe, de même que leurs représentations, sont interdites et passibles de lourdes peines.

Ce sont tous des pays dans lesquels l’islam est la religion dominante.

La Chine, cela dit, s’apprêterait aussi à joindre la liste.

Il y a un océan de différence entre nos débats autour d’un film que personne n’est obligé d’approuver ou d’aller voir et le fait qu’un État décide ce que ses citoyens ont le droit de voir ou pas.  

Intérêt

En passant, portons au crédit de Disney d’avoir refusé de se plier aux diktats de ces pays qui exigeaient l’élimination du baiser maudit comme condition pour donner le feu vert au film.

Certes, ce ne fut pas par grandeur d’âme, mais parce que ces marchés, y compris le chinois, sont insignifiants pour Disney et que plier aurait provoqué un tollé dans les marchés lucratifs.

Nos sociétés occidentales ont bien des défauts et sont souvent le théâtre de débats insignifiants, mais ce n’est sûrement pas l’effet du hasard si tant de gens veulent venir y vivre, non ? 

Se pourrait-il qu’elles ne méritent pas un procès permanent ?

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