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Une conseillère particulière pour Bennedict Mathurin

Une conseillère particulière pour Bennedict Mathurin
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Jennifer Mathurin, grande sœur de Bennedict, pourrait difficilement être mieux placée pour guider son jeune frère vers les sommets de la NBA. 

«Ma grande sœur m’a orienté pour que je puisse avoir du succès, elle a fait plusieurs choses pour m’aider à avoir confiance», reconnaît le Québécois qui sera logiquement repêché en première ronde, jeudi, au Barclays Center de Brooklyn.

Âgée de 29 ans, l’ancienne joueuse de basketball révèle d’ailleurs qu’elle quittera officiellement son poste au sein du personnel d’entraîneurs de l’équipe féminine de l’Université Bishop’s pour se joindre à la garde rapprochée de son frère, à titre de conseillère spéciale. Il s’agit là d’une suite logique à l’aube du repêchage de la NBA. Depuis qu’il est tout petit, Benn suit effectivement les traces de Jennifer, sur le terrain comme à l’extérieur.

«On a toujours été super proches, mes frères et moi, malgré une bonne différence d’âge, confie la grande soeur, lors d’une généreuse entrevue téléphonique. On a beaucoup de beaux souvenirs. Je me souviens que mes frères étaient forcés de venir avec moi quand je jouais au basketball et que je m’entraînais avec l’équipe DJ Sports, un club civil dans [le quartier de] la Petite-Bourgogne. Ils étaient tout jeunes et on partait de Montréal-Nord, souvent en transport en commun, pour s’y rendre. Ils n’avaient pas le choix. J’étais leur gardienne.»

Un accident tragique

En faisant référence à ses frères, Jennifer parle évidemment de Bennedict, qui est près de 10 ans plus jeune qu’elle, mais aussi de Dominique, qui était l’enfant du milieu. Ce dernier avait 15 ans quand, le 30 septembre 2014, il a tragiquement perdu la vie dans un accident de vélo.

«Dominique est décédé il y a plus de sept ans et depuis, je profite de chaque jour en pensant à lui, notait le futur joueur de la NBA, la semaine dernière, lors d’une disponibilité offerte aux médias auprès des principaux espoirs. Il est la raison pour laquelle je vais de l'avant, il explique pourquoi je veux être le meilleur dans ce que je fais.»

Poliment, la grande soeur préfère ne pas revenir sur les circonstances de l’accident. Frappé par une voiture, Dominique a subi une grave blessure à la tête, puis il est mort le lendemain. Naturellement, Jennifer aime plutôt se rappeler de ces entraînements dans la Petite-Bourgogne où l’entraîneur laissait les petits frères Mathurin jouer sur le terrain de temps à autre.

«Parfois, je devais aussi amener mes frères au parc quand on allait flâner avec ma "gang" de filles, se souvient par ailleurs Jennifer, en riant. Elles ne comprenaient pas pourquoi ils étaient toujours avec moi.»

Or, la famille Mathurin a été élevée par une mère monoparentale, Elvie Jeune. Bien souvent, celle-ci devait travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Jennifer veillait ainsi sur les frangins.

«Profiter des opportunités»

Sur le plan sportif, Jenn Mathurin aura aussi défriché avant Bennedict. Elle a d’ailleurs joué dans la NCAA, avec l’université d’État de la Caroline du Nord (NC State), pendant quatre saisons, de 2013 à 2017. Elle a ensuite joué au niveau professionnel au Luxembourg, en Finlande et en Australie.

«Depuis Montréal-Nord, je n’avais aucun repère, je ne connaissais aucune fille qui, avant moi, était partie de là pour jouer dans la NCAA, ni en Europe, ni en Australie», dit-elle, à propos de son propre parcours.

À son frère Bennedict, qui a pour sa part évolué pour les Wildcats de l’université de l’Arizona pendant deux saisons, elle offre le même conseil que celui qu’elle aura servi jusqu’à tout récemment aux jeunes joueuses de l’Université Bishop’s.

«Il faut profiter à 100 % des opportunités qu’on a devant nous», dit-elle.

Sur ces paroles, difficile de ne pas tracer un lien avec la mort de Dominique. Profiter du moment, c’est ce que feront Jennier et Bennedict Mathurin, jeudi soir, au repêchage de la NBA.

Repêchage de la NBA : ne pas se comparer aux autres 

Bennedict Mathurin
Photo AFP
Bennedict Mathurin

Dans le contexte du prochain repêchage de la NBA, où les simulations et les débats envahissent les médias et les réseaux sociaux, le Montréalais Bennedict Mathurin aurait tout intérêt à écouter sa sœur et, par conséquent, ne pas lire le présent texte.

«Actuellement, je lui rappelle l’importance de ne pas se comparer aux autres, dit Jennifer Mathurin. Il ne faut pas oublier que chacun trace son propre chemin.»

Assurément, Jabari Smith fils sera sélectionné avant lui, ce jeudi à Brooklyn, lui qui est perçu comme le premier choix potentiel du Magic d’Orlando. Ce sera probablement le cas aussi pour Chet Holmgren, Jaden Ivey, Paolo Banchero et Keegan Murray. Mathurin sera-t-il le premier Canadien sélectionné? La lutte semble chaude entre lui et l’Ontarien Shaedon Sharpe.

«C’est important de bloquer le bruit autour de lui, présentement, mais je le sens concentré, résume sa soeur. Tu ne peux pas perdre de l’énergie là-dessus, c’est quelque chose que tu ne contrôles pas.»

Admettre ses limites

En plus de son propre passé d’athlète, Jennifer Mathurin a profité de son passage à l’université d’État de la Caroline du Nord pour compléter une maîtrise en travail social. Cette formation l’a d’ailleurs bien servie quand elle s’est retrouvée au sein du personnel d’entraîneurs de l’équipe féminine de basketball de l’Université Bishop’s, la saison dernière, mais aussi précédemment au Séminaire Saint-François, dans la grande région de Québec.

«Souvent, dans le sport, on apprend à toujours pousser ses limites, mais c’est aussi important de prendre soin de soi, physiquement et mentalement, puis admettre ses limites», expose globalement Mathurin, servant au passage un avertissement à tous les athlètes qui rêvent d’une grande carrière sportive.

Ça vaut en effet pour tout le monde, pas seulement pour Bennedict.

Dans la chambre verte 

Jabari Smith
AFP
Jabari Smith

Principaux joueurs en lutte avec Bennedict Mathurin (en ordre alphabétique du nom de famille). Ils font partie de ceux qui accompagneront le Québécois dans la «chambre verte» réservée aux meilleurs espoirs durant le repêchage de la NBA, jeudi: 

  • Paolo Banchero (Duke) 
  • Dyson Daniels (Australie) 
  • Johnny Davis (Wisconsin) 
  • Ousmane Dieng (France) 
  • Jalen Duren (Memphis) 
  • AJ Griffin (Duke) 
  • Chet Holmgren (Gonzaga) 
  • Jaden Ivey (Purdue) 
  • Keegan Murray (Iowa) 
  • Shaedon Sharpe (Kentucky) 
  • Jabari Smith fils (Auburn) 
  • Jeremy Sochan (Baylor) 
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