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Cryptomonnaie: un v.-p. de la Caisse a dirigé une société liée au PDG de Celcius

Le bas de laine des Québécois a investi environ 200 M$ dans cette entreprise

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Photo courtoisie Le PDG et fondateur de Celsius, Alex Mashinsky, que l’on voit ici lors d’une allocution, au Portugal, en 2021, a déjà investi dans une firme dirigée par la suite par Thomas Birch, qui est aujourd’hui v.-p. capital de risque et technologies de la Caisse.

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Alors que la firme de cryptomonnaies Celsius Network flirte avec la faillite, on apprend qu’un vice-président de la Caisse de dépôt a déjà dirigé une entreprise dans laquelle le PDG de Celsius, Alex Mashinsky, avait investi.

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Ces derniers jours, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a confirmé au Journal qu’en 2001, M. Mashinsky a été un ange investisseur dans GoodContacts, une firme qui a embauché un an plus tard Thomas Birch pour opérer un redressement.

Cette information, révélée par un blogue, a fait réagir la Caisse.

Pas de conflit d’intérêts

Quand Le Journal a demandé à la Caisse si les liens entre M. Birch, qui occupe depuis 2015 le poste de vice-président, capital de risque et technologies, et le PDG de Celsius avaient été déclarés, l’institution a soutenu que tout a été fait dans les règles.

« Il n’y avait aucun conflit d’intérêt réel ou apparent et le processus d’analyse du dossier a suivi son cours normal », a assuré Kate Monfette, porte-parole de la Caisse, qui a investi près de 200 millions $ dans Celsius.

Elle a ajouté que Thomas Birch et Alex Mashinsky n’ont « jamais travaillé directement ensemble et n’entretiennent pas de relation personnelle ».

« Dans ce cas spécifique, il n’y a aucune ambiguïté », a-t-on insisté.

De plus, la Caisse a fait valoir que le dossier de Celsius a été présenté à un autre membre de son équipe d’investissement par la firme américaine WestCap, et non par Alex Mashinsky lui-même. WestCap a investi dans Celsius en même temps que la Caisse.

« C’est par la suite que M. Birch a été mis au courant du dossier et a su que M. Mashinsky était également impliqué dans l’entreprise », a indiqué la Caisse.

Au Journal, le bas de laine des Québécois a aussi mentionné que les gens qu’il embauche « ont une expérience et des réseaux professionnels étoffés ».

Pour éviter tout conflit d’intérêts, la Caisse dit avoir un code et des pratiques d’éthique « parmi les plus rigoureux des institutions comparables ».

Le Journal n’a pas pu avoir d’entrevue avec Thomas Birch, Alex Mashinsky ou WestCap pour obtenir plus de détails.

Mois mouvementés

Arrestation du chef de la direction financière, investigation de régulateurs américains, victime de vols de bitcoins... Celsius a fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois alors que la valeur des cryptomonnaies s’est effondrée.

Depuis le 12 juin dernier, la firme qui « aide des centaines de milliers de consommateurs dans le monde entier à trouver le chemin de l’indépendance financière » a gelé les retraits de ses 1,7 million de membres.

Le grand patron et fondateur de Celsius, qui s’affiche parfois avec un chandail « Les banques ne sont pas vos amies », avait alors dit travailler sans arrêt pour rétablir la situation. 

Une « cryptobanque » bien moins prudente qu’elle le prétend 

Celsius Network, la « cryptobanque » dans laquelle la Caisse de dépôt a englouti environ 200 millions $, prenait beaucoup plus de risques que ne l’affirmaient publiquement ses dirigeants, a révélé cette semaine le Wall Street Journal (WSJ) en s’appuyant sur des documents distribués à des investisseurs l’an dernier.

Selon ces documents, Celsius détenait pour 19 milliards $ US d’actifs l’été dernier (dont 12 milliards $ US en dépôts de clients) et à peine 1 milliard $ US de capitaux propres (avoir des actionnaires).

Ce ratio actifs/capitaux propres de 19:1 était deux fois plus élevé que la médiane de celui des banques nord-américaines, qui s’élevait alors à environ 9:1, selon des données de FactSet.

Une « structure risquée »

« C’est une structure risquée », a commenté au WSJ Eric Budish, professeur d’économie à l’Université de Chicago, en parlant de Celsius. Il y voit un rapprochement avec la crise financière de 2008.

En août 2021, le fondateur de Celsius, Alex Mashinsky, a déclaré dans une vidéo diffusée sur YouTube qu’en comparaison avec les banques, « nous avons beaucoup moins de risques », et ce même si l’entreprise offrait à ses déposants des rendements pouvant atteindre 18,6 %.

Or, le 12 juin, Celsius a suspendu tous les retraits de ses clients, évoquant des « conditions de marché extrêmes ». La firme n’exclut pas de recourir à la loi américaine sur les faillites.

L’automne dernier, Celsius a recueilli 750 millions $ US dans le cadre d’un financement mené par la Caisse et la firme américaine WestCap. Ces fonds ont possiblement amélioré le ratio actifs/capitaux propres de l’entreprise.

Dans des documents envoyés aux investisseurs au printemps 2021, Celsius projetait qu’en 2023, les dépôts de ses clients allaient atteindre 108 G$ US et que ses profits allaient s’élever à 2,7 milliards $ US, soit six fois plus qu’en 2021.

Selon les documents, Celsius se protégeait moins bien que les banques quand elle prêtait des fonds à ses clients. L’entreprise ne détenait, en moyenne, des garanties que pour la moitié de la valeur de ses prêts. De plus, elle se servait d’une partie de ces garanties pour emprunter elle-même des fonds, ce qui accroissait sa prise de risques.

En outre, d’après le WSJ, de « grandes portions » des actifs de Celsius étaient composées de placements difficiles ou impossibles à vendre rapidement, rendant l’entreprise plus vulnérable à une crise de liquidités.

Rappelons qu’en entrevue au Journal, en février, le PDG de la Caisse, Charles Emond, avait assuré que malgré l’investissement dans Celsius, « on n’est pas dans la cryptomonnaie ». L’entreprise, avait-il dit, « permet de transférer des actifs de manière sécurisée et transparente ». 

-Sylvain Larocque

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